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Full text of "Croître ou disparaître"

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GEORGES DEHERME 



Croître 



ou 



Disparaître 



La Loi de Malthus. — La surpopulation. 

Le Néo-Malthusisme. — La Dépopulation française. — Ses Facteurs. 

Les expédients — La Solution positive. 



Librairie académique PERRJJ^ et C 

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CROITRE OU DISPARAITRE 



Copyright by Perrin and C" 1910. 

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DU MÊME AUTEUR 



L'Afrique occidentale f rançaisa* — Action politique. 
— Action économique. — Action sociale {Ouvrage 
couronné par V Académie française et par la Société 
antiesclavagiste de France). — Un vol. in-8, 528 pages, 

1908 (Bloud, éditeur) 6 fr. » 

La Démocratie vivante. — Un vol. in-8, 402 pages, 

1909 (Bernard Grasset, éditeur) . . . . . 4 fr. 50 

Augfuste Comte et son œuvre : le Positivisme. — 

Un vol. in-16 de 128 pages, avec deux portraits hors 
texte, 1909 (Giard et Brière, éditeurs). . . 2 fr. 50 

La Grise sociale. — Un vol. in-16 de 380 pages, 1910, 
3« édition (Bloud, éditeur) 3 fr. 50 



LA COOPÉRATION DES IDÉES 

Revue bi-mensuelle d'éducation sociale (15« année) 
Abonnement annuel : 4 francs. Bernard Grasset, édi- 
teur, 2 vol. in-8 de 384 pages par an. 



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GEORGES DEHERME 



CROITRE 



ou 



DISPARAITRE 



LA LOI DE MALTHUS. — LA SURPOPULATION 

LE NÉO-MALTHUSISME. — LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 

SES FACTEURS. — LES EXPÉDIENTS 

LA SOLUTION POSITIVE. 



PARIS 

LIBRAIRIE ACADÉMIQUE 

PERRIN ET C'% LIBRAIRES-ÉDITEURS 

35, QUAI DES GRANDS-AUGUSTINS, 35 
Tous droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays. 



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Pour celte élude^ on a mis à conlrihulion 
surtout r ouvrage classique d'Arsène Dumont, 
Dépopulation et Civilisation, et les récentes 
enquêtes de la Revue hebdomadaire, de la 
Réforme sociale et de l'Action nationale. Les 
faits connus ont paru suffisants pour en déga- 
ger un enseignement social. L'auteur ne s'est 
pas proposé autre chose. Nous n avons plus 
à poser les questions, nous avons à les 
résoudre; nous n'avons plus à accumuler des 
matériaux^ nous avons à les ordonner^ à con- 
struire. 

Si la société française menace ruine^ c'est 
que^ après la critique métaphgsique et la 
négation révolutionnaire j le parlementarisme 
Va livrée aux partis qui ne se maintiennent 



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VI AVANT-PROPOS 

quen s' opposant et qui ne triomphent qu'en 
détruisant. 

Le positivisme n'est que pour étayer et 
reconstruire. C'est toujours du point de vue 
social quil examine les questions sociales et 
les résout. C'est sa plus grande originalité^ — 
sa faiblesse aujourd'hui, sa force demain. 
Au-dessus des partis, il les a tous contre lui, 
même ceux qui paraissent s'en réclamer. Il 
na rien délectoral. Et c'est son meilleur 
litre pour les rares esprits qui savent ou qui 
peuvent encore penser. 

Les questions sociales étant très complexes, 
on peut toujours s'en tenir à un simple aspect 
pour avoir raison contre les autres. C'est ce 
que font les journalistes^ les politiciens^ les 
démagogues, tous les hommes de partie et 
d'autant mieux que leur incompétence, leur 
niaiserie ou leur individualisme les rendent 
inaptes à comprendre f ensemble social. 

Durant les trois premiers quarts du siècle 
dernier, les conservateurs recommandaient 
Malthus aux classes ouvrières, et les socia- 
listes n'avaient pas assez d'invectives contre 



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AVANT-PROPOS VII 

cet économiste et sa « théorie sophistique de 
la population », comme disait A. Comte. A 
rheure présente^ les rôles sont renversés^ et 
sans d'autres meilleures raisons que de s'op- 
poser. C'est affaire de partis, et la logique se 
prête à tout. 

Ici, en réalité^ il g a deux questions : la 

SURPOPULATION MONDL\LE et LA DÉPOPULATION 

NATIONALE. Ce sont deux périls qui menacent 
r Humanité. Si le premier est peut-être plus 
grand, le second est certainement plus pres- 
sant. Mais, pour reconnaître les mogens effi- 
caces et qui ne se contrarient point de les 
éviter, il faut la lumière directrice d'une 
grande doctrine organique comme le positi- 
visme. 



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I 



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CROITRE OU DISPARAITRE 



CHAPITRE PREMIER 
LA « LOI » DE MÂLTHUS 



Dans son Essai sur le principe de la popu- 
lation^ dont la première édition parut en 
1798 et la seconde en i8o3, Malthus formula 
la « loi » que, par période de vingt^cinq ans, 
si rien n'y met obstacle, la population croît 
en proportion géométrique (1, 2, 4? ^» 
16, etc.), tandis que les subsistances n'aug- 
mentent qu'en proportion arithmétique (1, 
2, 3, 4i 5, etc.). 

Cela eut un énorme retentissement. Les 
chiffres ont un prestige particulier. On vit la 



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2 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

terre trop petite pour une humanité débor- 
dante. Les économistes en profitèrent pour 
émettre là-dessus leurs plus dures maximes. 
Et sans doute, dès lors, les manufacturiers 
anglais se justifièrent de tuer de fatigue et 
de faim leurs lamentables ouvriers de huit 
ans. 

Plus tard, les socialistes s'indignèrent de 
la fameuse phrase de la première édition : 
« Un homme qui naît dans un monde déjà 
occupé, si sa famille n'a pas les moyens de 
le nourrir ou si la société n'a pas besoin de 
son travail, cet homme n'a pas le moindre 
droit à réclamer une portion quelconque de 
nourriture, et il est réellement de trop sur la 
terre. Au grand banquet de la nature, il n'y a 
point de couvert mis pour lui. La nature lui 
commande de s'en aller et elle ne tardera 
pas à mettre elle-même sa menace à exécu- 
tion. » 

Cette littérature quasi biblique n'exprimait 
point les propres sentiments de Malthus, 
mais ce qu'il croyait une fatalité de la nature. 
C'était un philanthrope. 



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LA « LOI » DE MALTHUS 



Mallhus réveilla un très vieil instinct, et 
c'est peut-être tout le secret d'un tel succès. 
La crainte de la surpopulation est vieille 
comme la misère humaine. 

Au neuvième siècle, en Islande, le code 
des Gragas prescrivait de châtrer les men- 
diants et les vagabonds. 

Dans les peuplades océaniennes, dans 
toute l'ancienne Amérique, chez les Esqui- 
maux (Itaniens), et sans doute chez nos 
propres ancêtres préhistoriques, l'avorte- 
ment et Tinfanticide se pratiquaient couram- 
ment. « Dans Tîle Formose, dit Montes- 
quieu [De V Esprit des lois), la religion ne 
permet pas aux femmes de mettre des enfants 
au monde qu'elles n'aient trente-cinq ans : 
avant cet âge, la prêtresse leur fouille le 
ventre et les fait avorter. » Chez les nègres, 
la circoncision des filles {parfois mortelle), 
l'allaitement prolongé, qui interdit les rap- 
ports sexuels, modèrent la fécondité ; de 
plus, dans certaines tribus, les jumeaux (les 

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4 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

naissances gémellaires sont assez fréquentes) 
et les enfants venus après un certain nombre 
d'accouchements sont immolés. Dans le Thi- 
bet (chez les Koulous, Bhots, etc.), dans 
quelques régions de la Chine et de l'Inde 
(chez les Todas, par exemple), on sacrilie 
encore une partie des nouveau-nés féminins. 
Il en fut de même partout où la polyandrie 
exista. « M. Lagneau a rappelé, nous dit 
M. Zaborowski, qu'elle existait chez les Aga- 
thyrses, au sud de la Scythie, qui, pour ce 
motif, d'après Hérodote, se considéraient 
tous comme des frères ou des cousins. Elle 
existait aussi chez les Liburnes, sur le litto- 
ral adriatique, peuple chez lequel les enfants 
étaient élevés en commun jusqu'à cinq ans, 
et attribués ensuite à ceux auxquels ils res- 
semblaient. En parlant des Bretons insu- 
laires. César dit que, chez eux, les femmes 
sont communes à dix ou douze hommes, 
principalement à des frères, mais aussi à des 
frères et à des fils. Cette institution nous 
apparaîtrait donc comme assez fréquente, 
mais aussi comme passagère et transitoire. 



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LA « LOI » DE MALTHUS 



Et si Tinfanticide en grand est la première 
de ses conditions, on a pu se demander s'il 
n'avait pas été adopté en vue de limiter 
l'accroissement de la population. » 

C'est que le sauvage a toujours l'effroyable 
hantise de la faim. 11 cueille, il pêche, il 
chasse; un peu plus avancé, il ne pratique 
encore qu'une culture rudimentaire. 11 vit sur 
la terre en parasite. 11 consomme ; il ne pro- 
duit pas. Tout nouveau venu n'est pas un 
coopérateur, mais une bouche vorace, enne- 
mie, qui, aux heures de famine, réduira sa 
maigre portion de racines et d'écorces ou 
s'en emparera complètement par la force. Ce 
n'est que l'instinct maternel, plus fort, qui 
a sauvé l'Humanité. Et encore, combien de 
races ont dû s'éteindre ainsi! Les modernes, 
en trois ou quatre siècles, ont vu les Guan- 
ches, les Charmas, les anciens Californiens, 
les Tasmaniens disparaître ; et bientôt, ce 
seront les Polynésiens, les Peaux-Rouges, 
les Fuégiens, les Négritos, les Boschimans, 
les Esquimaux, les Weddas de Ceylan, etc. 
Vraiment, sur la terre, il n'y a pas place pour 

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a CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

les races qui n'ont d'autre idéal que de man- 
ger et paresser. 

Avec la civilisation, il semble que Tobses- 
sion primitive devrait se dissiper. Il n'en est 
rien. 

Pour Aristote et Platon, par exemple, la 
démagogie et les révolutions surgissent des 
agglomérations humaines trop compactes. 
C'est encore, aujourd'hui, l'opinion de 
M. Gustave Le Bon, qui est, comme on le 
sait, un penseur audacieux. 

iVristote invitait l'État à arrêter le dévelop- 
pement de la population en reculant jusqu'à 
trente-sept ans l'âge du mariage pour les 
hommes et en leur interdisant toute pater- 
nité après cinquante-cinq ans. 11 conseillait 
aussi l'avortement et même l'infanticide pour 
les difformes. Et pourtant la Grèce portait 
déjà, dans ses profondeurs, le germe du mal 
qui devait causer sa perte : la a disette 
d'hommes ». Deux siècles après, ce n'était 
plus «lu'une province romaine. Les soldats 
romains, selon Strabon, purent faii'c leur 
camp dans les maisons abandonnées. 



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LA « LOI » DK MALTHUS 



On voit combien le plus grand des philo- 
sophes de l'antiquité se trompait. Quelle 
leçon ! C'est dans la nuit, parmi toutes les 
embûches de la logique, du subjectivisme, 
des passions, de l'ignorance et du mystère, 
que la pensée humaine cherche une direc- 
tion. Il est naturel qu'elle trébuche et s'égare. 
Ervare humanum est. Mais il y a des erreurs 
qui se peuvent redresser d'elles-mêmes et 
d'autres qui sont définitives, il en est qui 
ne retombent que sur celui qui les commet 
et d'autres qui ont de terribles conséquences 
sociales. Ainsi, nous n'avons jamais vu une 
race, une nation, une société périr d^une 
fécondité excessive. L'équilibre se fait natu- 
rellement, soit par la mortalité, soit par 
l'émigration, la colonisation ou la conquête, 
soit encore par une culture, une production 
plus intensives, le progrès industriel, une 
meilleure économie des richesses. En tout 
cas, les individus seuls ont à en souffrir pro- 
visoirement. Mais la stérilité ne se guérit 
pas spontanément, et c'est la société tout 
entière qu'elle anémie et appauvrit. La Grèce 

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8 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

d'Aristote et la Rome de la décadence en sont 
mortes. « Rome ne mourut pas plus de 
l'excès de despotisme que Athènes de l'excès 
de la licence, dit Arsène Dumont. L'une et 
l'autre succombèrent parce que, sous les 
formes gouvernementales les plus dissem- 
blables, un même vice les minait: le manque 
de subordination sentie et voulue de l'unité 
individuelle à Tunité sociale. » 

Le positivisme ne nous confère nullement 
une infaillibilité surhumaine ; mais l'humi- 
lité qu'il nous enseigne et son relativisme 
fondamental nous préservent des erreurs 
sociales irrémédiables et nous disposent, en 
tout cas, à reconnaître les autres et à les 
redresser quand nous les découvrons. 

Enfin, plus près de nous, Buffon s'émut 
aussi des dangers de la puUulation humaine, 
et Voltaire, chez qui on trouve tous les 
sophismes, a écrit :*« Le but principal n'est 
certes point d'avoir du superflu en hommes, 
mais de rendre ce que nous en avons le 
moins malheureux qu'il est possible. » Et si 
le moyen de rendre le plus possible d'hommes 

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LA. « LOI » DE MALTHUS 



de plus en plus heureux est, précisément, 
d'en avoir en superflu?... 



Malthus ayant donné une apparence de 
rigueur scientifique à sa « loi », il devait 
être suivi, acclamé par tous les empiriques, 
les sophistes, les matérialistes, et notam- 
ment par la majeure partie des économistes. 

On renchérit. Stuart Mill, que son adhé- 
sion superficielle à la partie purement intel- 
lectuelle du positivisme ne pouvait guérir 
d'un esprit incurablement faux de féministe, 
alla jusqu'à écrire : « On ne peut guère 
espérer que la moralité fasse des progrès 
tant qu'on ne considérera pas les familles 
nombreuses avec le même mépris que 
l'ivresse ou tout autre excès corporel. » 

Néanmoins, on doit à Malthus d'avoir in- 
directement donnél'impulsion aux recherches 
démographiques et surtout d'avoir mis Dar- 
win, comme celui-ci l'a reconnu, sur la voie 
de la découverte de la concurrence vitale et 

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10 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

de la sélection naturelle. Mais si la « loi » 
de population s'applique assez exactement 
aux végétaux et aux animaux, elle ne saurait 
s'étendre à Thomme, qui produit, qui orga- 
nise sa production. Darwin ne pouvait s'y 
tromper. Ce qu'il y a de vrai dans les obser- 
vations malthusiennes, il le retourne contre 
les conclusions malthusiennes. « Gomme Ta 
fait remarquer M. Galton, nous dit Darwin, 
si les gens prudents évitent le mariage, pen- 
dant que les insouciants se marient, les 
individus inférieurs de la société tendent à 
supplanter les individus supérieurs. Comme 
tous les autres animaux, l'homme est certai- 
nement arrivé à son haut degré de dévelop- 
pement actuel par la lutte pour l'existence, 
qui est la conséquence de sa multiplication 
rapide; et pour arriver plus haut encore, il 
faut qu'il continue à être soumis à une lutte 
rigoureuse. Autrement, il tomberait dans un 
état d'indolence où les mieux doués ne réus- 
siraient pas plus dans le combat pour la vie 
que les moins bien doués. 11 ne faut donc 
employer aucun moyen pour diminuer de 

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LA « LOI » DE MALTHUS U 

beaucoup la proportion naturelle dans laquelle 
s'augmente l'espèce humaine, bien que cette 
augmentation entraîne de nombreuses souf- 
frances. U devrait y avoir concurrence ouverte 
pour tous les hommes, et on devrait faire 
disparaître toutes les lois et toutes les cou- 
tumes qui empêchent les plus capables de 
réussir et d'élever le plus grand nombre 
d'enfants. » 

Darwin était un médiocre sociologue. xMais 
le malthusisme n'a pas mieux résisté à une 
critique basée sur l'observation des faits 
.sociaux et la révélation de leurs rapports. II 
n'en reste plus, maintenant, que la parcelle 
de vérité qu'il contenait réellement et la 
farouche négation sociale et humaine que 
quelques anarchistes ont pu en dégager 
logiquement. 

Le doublement par quart de siècle s'est 
rarement réalisé et il ne s'est jamais répété. 
C'est qu'il n'était dû qu'à des circonstances 
exceptionnelles, l'immigration sur un terri- 
toire neuf, fertile et à peu près désert, 
comme aux États-Unis, le vide fait par une 



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12 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

guerre meurtrière, une épidémie, ou encore 
une poussée industrielle comme celle qui 
marqua la fin du dix-huitième et le début du 
dix-neuvième siècle. « Vers i[\'j^, à Tissue 
de la guerre de Cent ans, écrivait dernière- 
ment M. d'Avenel, quand la France déserte 
ne comptait peut-être pas plus de 4 à 5 mil- 
lions d'âmes, il y eut un essor prolifique 
d'une rapidité inouïe, grâce auquel le chiffre 
des habitants tripla en moins d'un siècle ; 
après quoi il demeura presque sans varia- 
tions jusqu'aux progrès de l'agriculture et à 
la création des prairies artificielles sous 
Louis XV. » Et dans ses Éléments de statis- 
tique humaine^ Achille Guillard notait : « Si 
l'an i8i4inscrit98.ooo décès déplus que i8i3, 
ce vide est rempli en i8i5 et i8i6 par 
i3o.poo naissances de surplus. En i832-35, 
une terrible mortalité, due principalement au 
choléra, enlève 227.000 têtes de plus que 
dans les années précédentes ; les naissances 
de 1 833-36 dépassent de 75.000 celles de 
1829-1832. Enfin, après les disettes de 
1846-47? I^s naissances s'élèvent de 38. 000 

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LA « LOI » DE MALTHUS 13 

en 1848 et encore de 35.ooo en 1849, ^^ 
elles arrivent au chiffre le plus haut depuis 
i835. » 

Le marquis de Mirabeau était donc plus 
près de la vérité queMalthus lorsqu'il disait : 
(c Les hommes se multiplient comme les rats 
dans une grange s'ils ont les moyens de 
subsister... Augmentation de subsistance, 
accroissement de population. » C'est pour- 
quoi Buckle écrit : « Un arpent de terre 
semé avec des pommes de terre peut nourrir 
deux fois autant de personnes que la même 
étendue de terre dans laquelle on sème du 
blé. La conséquence est que, dans un pays 
dont les habitants vivent de pommes déterre, 
la population augmentera, toutes les autres 
conditions étant à peu près égales, deux fois 
aussi vite que dans un pays où ils vivent de 
blé, et c'est effectivement ce qui est arrivé. » 

Guillard s'étant efforcé de montrer que la 
production du blé et des hommes, durant 
une période de soixante ans, avait suivi une 
marche parallèle en s'accroissant ensemble 
de49p. 100, le matérialiste Ch. Letourneau 

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14 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

ajouta : « La relation est si étroite qu'une 
simple variation dans le prix du blé suffit 
pour faire varier en plus ou en moins le 
chiffre de la mortalité, celui des mariages et 
celui des naissances. » 

Le docteur Adophe Bertillon, qui s'est 
inspiré de Guillard, lequel s'inspirait de 
Malthus, a dit aussi : « On peut poser en 
règle que, lorsque le climat est favorable et 
que, dans le chantier du travail, il y a place 
pour tout le monde, la multiplication des 
hommes ne connaît pas de limites. » 

La « loi D de Malthus rectifiée par la « loi » 
de a Téquation générale des subsistances », 
formulée par Guillard et d'après laquelle la 
population moyenne se proportionnerait aux 
subsistances disponibles, serait-elle donc 
plus exacte? Non pas, et on le verra plus 
loin. L'homme civilisé échappe à cette dure 
fatalité économique, et à quelques autres. 
C'est, d'ailleurs, ce qui caractérise la civilisa- 
tion. Désormais, il y a autre chose dansuneso- 
ciété que les besoins physiologiques. Manger 
n'estplusl'uniqueni même leprincipal mobile. 



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L\ « LOI » DE MALTHUS 15 

Mais remarquons d'abord que cette « loi » 
de Guillard et de Bertillon, qui tient compte 
de quelques faits, contredit les conclusions 
malthusiennes. En effet, si la population 
s'accroît naturellement à mesure que les 
subsistances augmentent, il faut admettre 
qu'elle décroît aussi naturellement à mesure 
que les subsistances diminuent. Il y a donc 
équilibre spontané, équation, et la surpopu- 
lation n'est jamais à redouter. Or, pour Mal- 
Ihus, il y a tendance, « chez tous les êtres, à 
accroître leur espèce plus que ne le comporte 
la quantité de nourriture qui est à leur por- 
tée ». Mais si c'est vrai, ce l'est, on l'accor- 
dera, d'autant plus pour les espèces animales, 
et plus encore pour les espèces végétales. 
Comme l'homme ne se nourrit que de ces 
espèces, dont la multiplication est considé- 
rablement plus rapide que la sienne, il fau- 
drait donc renverser l'ordre des deux fameu- 
ses progressions arbitrairement établies par 
Mallhus, et dire : les subsistances, ou plutôt 
les espèces végétales et animales, croissent 
en proportion géométrique (1,2, 4,8, 16, etc.), 



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16 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

tandis que la population n'augmente qu'en 
proportion arithmétique (i, 2, 3, 4» 5, etc.). 
« A cette objection, dit M. Charles Gide, on 
ne peut répondre que ceci : c'est que cette 
puissance virtuelle de multiplication est 
resserréeen fait dans des limites très étroites, 
limitation de la zone habitable, limitation des 
aliments indispensables à cette espèce, lutte 
pour la vie, etc.. Soit! mais alors, si Ton 
fait entrer les obstacles en ligne de compte 
dans la deuxième formule, pourquoi en avoir 
fait abstraction dans la première ? Il semble 
bien qu'il y ait là une certaine inconséquence. 
De deux choses l'une, en effet : ou il s'agit 
d'exprimer des tendances, et dans ce cas la 
tendance à la multiplication indéfinie des 
subsistancesestnonseulementégale mais très 
supérieure à celle des hommes ; — ou il 
s'agit d'exprimer ce qui est et, en ce cas, les 
obstacles à la multiplication des hommes 
ne sont pas moindres que ceux à la multi- 
plication indéfinie des animaux et des végé- 
taux, et pour mieux dire, celle-là est évidem- 
ment en fonction de celle-ci. » 



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LA « LOI » DE MALTHUS 17 

Mais c'eiïtiàun problème économique et non 
biologique, dira-t^n. Soit. Exaiuinons donc 
les faits économiques en dehors des théories. 

En 1789, Lavoifier évaluait ie rendement 
du blé à 7 hectolitres Irois quarts à Thectare. 
Maintenant, il est de 18 hectolitre* un tiers 
(récolte 1909). La progression du rendefuent 
n'est donc qme de pluis de « hectolitres par 
période de d5 ans^ soit un peu plus d'un 
quart, et elle serait Haanifestement trop lente 
si la fMopulation doublait durant le même 
temps. Mai» iî ^mt loin d'en être ainsi. En 
soœme^ de 1820 à 11^09, la population fran- 
çaise ne s'est pas; accrue d'un quart (de 3o à 
39 luiUioiiis), tandjbs que la récolte du blé a 
plus que doujïlé (de Sa millions d'hectolitres 
à i^îo), malgré la « loi » de tUcardo de la 
diminution de la rCiOite. 

Certes, le sW français est particulièrement 
fertile (1 1).. L'Angleterre et l'AUeiiaaagne doivent 

(1) Faute de main-d'œuvre , agricole siiiïlsariLe, le ren- 
dement du blé à Thectare (18) y est pourtant bien infé- 
rieur encore à eelui de TAllemagne (24) et de â" Angle- 
tore <â8). 

2 

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18 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

importer des quantités de plus en plus grandes 
de céréales, alors que les pays exportateurs, 
comme la Russie et les États-Unis, consom- 
ment une part de plus en plus forte de leurs 
récoltes. La dernière hausse sur les blés est 
un avertissement à cet égard. Mais il n y a 
pas que le blé. Depuis cent ans, la population 
de l'Angleterre a triplé, et la nation est pro- 
spère. Il en est de même en Allemagne. 

Aux États-Unis, la moyenne de la richesse 
par habitant, d'après le Census était : en 
i85o de 3o8 dollars; en 1860 de 5i4; en 1870 
de 784; en 1880 de i.o36; en 1900 de 1.227; 
en 1905 de 1.870. La richesse a donc presque 
quintuplé en cinquante ans, alors que la popu- 
lation, malgré l'afflux d'immigration, n'est 
montée que de 28 à 80 millions. En France, 
en 1789, la moyenne de la richesse par habi- 
tant était à peu près de 1.800 francs; elle 
est maintenant de plus de 5. 000 francs. Elle 
a donc presque triplé tandis que la popu- 
lation n'a pas doublé. 

D'après les moyennes annuelles par cinq 
ans des successions et donations, évaluées 

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LA « LOI y) DE MALTHUS 19 



par M. de Foville, et qui étaient de i ,843 mil- 
lions en i825-i83o et de 6.980 millions 
en 1891-1895, après s'être élevée graduel- 
lement, la richesse de la France, diminue 
avec la population. Depuis que celle-ci reste 
stationnaire, et qu'on voit même parfois le 
nombre des décès remporter sur celui des 
naissances, la richesse diminue comme 
l'indique le fléchissement des successions 
et donations : 6.870 millions en 1896-1900; 
6.627 millions en 1900-1906; 6.461 millions 
en 1907; 6.349 millions en 1908. En multi- 
pliant par 34 l'annuité successorale, on voit 
que la richesse de la France s'élevait à 
235 milliards en 1891-1895 et qu'elle n'est 
plus que de 2i5 milliards. En quinze ans, il 
y a donc eu une déperdition de 20 milliards. 

En Allemagne, au contraire, avec la popu- 
lation croissante, la richesse nationale a 
passé de 289 milliards en 1899 à plus de 
3oo milliards en 1908, soit une augmenta- 
tion moyenne continue de 3,75 p. 100 par an. 

Carey avait donc quelque raison de soutenir 
que la productivité proportionnelle s'accroît 

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•âO CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

avec îa population. « L'efficacité croissante 
du travail, a dit aussi Henry George, fait de 
i^état progressif un état de production s'ac- 
croissant continuellement par tête, et les 
pays où la population est la plus dense, 
toutes les autres choses étant égales, sont 
toujours les pays les plus riches. » 

Et ils ne sont pas seulement les plus riches , 
mais aussi les plus élevés dans l'ordre 
humain. Adolphe Cosle a bien établi que le 
progrès social est en rapport avec la densité 
de la population soumise à une discipline 
commune. 



Avec leur grossier empirisme, leur sim- 
plisme jobard, Malthus et ses disciples, même 
ceux qui ont tenté de rectifier ses formules, 
se sont lourdement trompés, sinon dans 
toutes leurs prémisses, du moins dans toutes 
leurs déductions. !1 en sera nécessairement 
ainsi chaque fois que des spécialistes outre- 
cuidants teïlteront de trancher du supérieur 
par l'inférieur. Là où il se fait un pain, il ite 



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LA « LOI » DE MALTHUS 21 

naît pas toujours un homme, mais parfois il 
surgit un besoin nouveau, et là où il naît un 
homme^il se fait souvent deux pains, — avec 
du beurre pour mettre dessus. 

Bien des facteurs interviennent, entre 
autres ceux qui ne se décèlent point par des 
chiffres, et leur action énergique, quoique 
subtile, produit des résultats très différents 
de ceux qu'on avait annoncés avec une si 
présomptueuse assurance. 

Ainsi, Malthus devait croire avec Arthur 
Young que le bien-être, la division de la pro- 
priété surexciteraient au delà de tout ce qu'on 
peut imaginer la pullulation des Français, 
Or, c'est le contraire qui s'est produit. Et 
c'est général. En Allemagne, le taux de la 
natalité a baissé continûment de 4o,5p. looo 
en 1871-1875 à 34 en igoS, chiffre le plus bas 
du siècle pour ce pays. Cependant, nous dit 
M. Alfred Dorff, « la situation économique 
s'est rapidement relevée depuis la crise de 
1900, l'émigration est inférieure à l'immigra- 
tion, la population s accroît dans les classes 
d'âge de i5 à 4oans, les mariages sont plus 



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22 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

nombreux dans ces classes d'âge ». Et il 
ajoute : « Toutes ces circonstances devraient 
naturellement avoir pour résultat une aug- 
mentation de la natalité. » Oui, mais c'est 
du socialement que cela dépend, et le social 
n'est pas le naturel. 

Si la densité de la population détermine, 
dans une certaine mesure, Tintensité de la 
production des subsistances, l'inverse ne se 
vérifie point, au contraire. 

Il est évident que, de tous temps, les 
familles aristocratiques n'ont point manqué 
d'aliments et qu'elles ont eu aussi, toujours, 
le plus vif désir de se perpétuer par une 
nombreuse postérité. Elles devraient donc 
avoir envahi le monde. Or, elles dégénèrent 
et s'éteignent. 

Malgré Malthus, les petits propriétaires 
sont peu prolifiques. Quant aux riches, — et 
ce n'est point toujours voulu, — ils ont beau- 
coup moins d'enfants que les pauvres. C'est 
pourtant chez ceux-ci seulement qu'il y a pé- 
nurie. A Berlin, l'état-civil enregistre 167 en- 
fants pour 1.000 ménages pauvres, contre 47 



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LA « LOI » DE MALTHUS 23 

pour 1.000 ménages riches; à Londres, 147 
contre 63 ; à Vienne, 200 contre 71 ; à Leipzig, 
241 contre 68 ; à Paris, 108 contre 34. 

Ce fait a souvent été relevé par les véritables 
observateurs qui n'avaient point de principes 
préconçus à soutenir. Diderot y a fait allu- 
sion et en a donné une explication superfi- 
cielle, notamment dans Jacques le fataliste : 
a Un enfant de plus n'est rien pour eux, c'est 
la charité qui les nourrit. Et puis, c'est le 
seul plaisir qui ne coûte rien ; on se console 
pendant la nuit, sans frais, des calamités du 
jour. » Dans sa médiocre comédie Est-il bon, 
est-il méchant ? il y revient : à sa maîtresse 
Mme de Chépy, qui lui dit avec humeur 
qu'en effet u c'est fort pressé de faire un 
gueux de plus comme si l'on en manquait », 
le valet Picard répond en aparté : « Si l'on 
nous ôte la douceur de caresser nos femmes, 
qu'est-ce qui nous consolera de la dureté de 
nos maîtres ? » 

Proudhon, qui fut un vigoureux adversaire 
du malthusisme, a écrit: «Ainsi encore, les 
économistes ont relevé la fécondité singulière 



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24 CROÎTRE QU DISPARAÎTRE 

de la classe indigente, et un homme d'un vaste 
savoir, M. Auguste Comte, a même signalé 
ce phénomène comme une des lois les plus 
remarquables de l'économie politique. On 
n'avait garde de remarquer en même temps 
que l'indigence est de sa nature peu travail- 
leuse, et que le pauvre, soumis à un labeur 
mécanique, sans aucune dépense intellec- 
tuelle, conserve toujours, si chétive que soit 
sa subsistance, plus de force qu'il ne lui en 
faut pour assurer sa déplorable postérité. » 

Gh. Fourier, Carey, Roscher, Doubleday, 
G. Delaunay, etc., attribuent raflfôiblii^se- 
ment des faculté» génésiques chez les civi- 
lisés, et surtout dans les classes aisées et 
riches, à la suralimentation. 

Après Proudhon, Herbert Spencer a bien 
vu que l'activité cérébrale nuit à l'activité 
génésique. « Si noua ramenons sous le 
titre d'individuation, dit-il, tous les proces- 
sus qui complètent et soutiennent la vie de 
l'individu et sous le titre de genèse ceux 
qui aident à la formation et au développe- 
ment de nouveaux individus, nous nous 



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LA « LOI )» DE MALTHVS 



apercevons que l'individualion et la genèse 
sont nécessairement en antagonisme. Tout 
progrès qui élève d'un degré révolution indi- 
viduelle a pour conséquence d'abaisser d'un 
degré la multiplication de l'espèce, et vice 
versa. » C'est aussi l'opinion de Patrick 
Geddes, Ch. Gide, de Nitti. ce La vrai règle, 
dit de Nitti, est celle que Doubleday a en- 
trevue, que Darwin a perfectionnée et que 
Spencer a formulée, à savoir que la genèse 
est en raison inverse de Tindividuation. De 
même que l'homme, étant l'être dont l'indi- 
vidualité est la plus forte, est le moins fé- 
cond, ainsi les sociétés qui atteignent le 
développement le plus élevé sont les moins 
fécondes, tout cela d'une manière spontanée, 
en vertu de causes à la fois biologiques et 
psychologiques, mais non volontaires. » 

Il conviendrait de citer ici la « capillarité 
sociale > d'Arsène Dumont, c'est-à-dire le 
désir de s'élever, de conquérir toujours plus 
de bien-être, d'être plus que ce qu'on est. 
autre que ce qu'on est, ce que M. Jules de 
Gaultier nomme le « bovarysme ». Mais c'est 



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26 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

là, déjà, sous Taspect envisagé par Arsène 
Dumont, une désolidarisation, une décom- 
position, un phénomène morbide sur lequel 
il y aura lieu de revenir en traitant de la 
dépopulation nationale. 



Est-ce à dire que tout soit absurde et à 
rejeter dans le malthusisme ? Non pas. Pour 
faible qu'elle soit au regard d'énormes 
erreurs, il y a, là aussi, une part de vérité. 
On ne la méconnaîtra point. 

Sans avoir la superstition des lois écono- 
miques, et de la a loi » pessimiste de Ricardo 
en particulier, on peut prévoir que, lorsqu'il 
faudra ensemencer le sable du Sahara, le 
rendement de la terre cessera d'être propor- 
tionnel et tendra à baisser, quel que soit 
d'ailleurs le perfectionnement des machines, 
des engrais et des procédés agricoles. « Le 
rendement de toute terre doit avoir une 
limite physique^ dit Charles Gide, à raison 
de la limitation des éléments qu'elle contient 
— et bien avant celle-là, une limite écono- 



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LA « LOI » DE MALTHUS 27 

mique^ à raison des frais croissants qu'exige 
une utilisation quelconque quand on veut la 
pousser à ses dernières limites. » 

S'il est inexact que la population s'élève 
toujours jusqu'à la limite extrême que permet 
la quantité de subsistances produites, et 
encore plus faux qu'elle ait tendance à 
dépasser cette limite, il va sans dire que la 
population ne peut, sans troubles graves, 
s'accroître trop rapidement. 

Si, depuis quelque temps, la France reste 
stationnaire, les autres États, malgré un 
fléchissement général dans le taux de la nata- 
lité, élèvent absolument — et trop — les 
chiffres de leurs populations. D'autant plus 
que les mêmes causes sociales qui affaiblis- 
sent le taux de la natalité, abaissent la mor- 
talité, multiplient les besoins et suscitent la 
désertion des campagnes. 

En France, le taux de la mortalité était 
de 26,2 en 1806-1810, de 28,1 en i85o-i854 
et de 19,7 en 1908-1907. Et, comme le dit 
M. É. Levasseur, à qui ces chiffres sont 
empruntés, « la mortalité a baissé plus 



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28 CRQÎTRE OU BISPARAÎTRE 

encore dans plusieurs États : en Grande- 
Bretagne et Irlande, de 21, 3 (1871-1880) à 
i5,8 (1906) ; dans l'Empire allemand, de 27,1 
à 18,2; en Autriche-Hongrie, de 35,6 à 
23,8 ; en Italie, de 3o à 21 ,2. Les pays Scan- 
dinaves, les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse 
sont aujourd'hui entre 16,9 et i3,5. » 

D'autre part, en Allemagne, les personnes 
actives et leurs familles étaient réparties ainsi , 
en 1882 : 19 millions pour l'agriculture, 
20 millions pour l'industrie, le commerce et 
les transports. Et en 1907, il y en avait seu- 
lement 17 millions pour l'agriculture et 
34 millions pour l'industrie, le commerce et 
les transports. Cette évolution inquiétante 
est générale, et peut-être a-t-elle été plus 
marquée en Angleterre. 

Depuis vingt-cinq ans, la consommation 
du pain se serait accrue de 20 p. 100 en 
France, de 5o p. 100 en Belgique et de loo 
p. 100 dans les pays Scandinaves. En 1871, 
on évaluait à 371 millions le nombre de con- 
sommateurs de pain sur le globe ; en 1898, 
il était de 5iG millions. 



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LA « LOI » DE MALTHUS 29 

C'est ce qu'on retiendra du malthusismc. 
Plus encore par l'exigence et la complication 
croissantes des besoins nouveaux, la déser- 
tion des campagnes et l'abandon des travaux 
agricoles que par l'augmentation de la popu- 
lation, surtout dans le chaos présent, il y a 
lieu de redouter un déséquilibre entre les be- 
soins des hommes et les ressources de la 
terre. Voilà le problème mondial. Quelque 
jour il se posera brutalement. S'il est éludé 
par la guerre, eeae sera que pour un temps. 
Ni le ralionnement forcé, ni les privations 
volontaires -ne sonl possibles pour l'Huma- 
nité tout entière. Les Japonais qui cx)m- 
menoent à manger tîu pain ne se remettront 
pas au riz, et ils ont de quoi répondre si on 
voulait les y contraindre. 

il n'y a qu'une issue : régler le développe- 
ment -de la population mondiale sur celui de 
la produetioTi, de manière à éviter la famine 
sans paralyser le progrès et surtout sans-que 
cette économie nécessaire se fasse au -détri- 
Hîentdes meilleurs. Mais eommenl? 



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CHAPITRE II 
LA SURPOPULATION 



Les obstacles à la surpopulation sont pré- 
ventifs et répressifs : i® le vice, la contrainte 
et la restriction prudente ; 2^* la guerre, la 
famine, la misère et toutes ses conséquences. 

Pasteur protestant, Malthus était naturel- 
lement philanthrope et moraliste. Par moral 
restraint, il n'entend point Tabstention des 
rapports sexuels dans le mariage, encore 
moins la fraude ; mais c Tabstinence du ma- 
riage, jointe à la chasteté », pour tous ceux 
qui ne peuvent, par leur travail, subvenir 
aux besoins d'une famille. 

D'ailleurs, il n'a point recours à la coerci- 
tion légale. Il n'attend rien que de lapersua- 



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LA SURPOPULATION 31 



sion et de la pression morale d'une opinion 
publique éclairée. 

Il ne saurait dissimuler, toutefois, qu'il 
estime la fraude conjugale et même la dé- 
bauche stérile moins funestes que l'excès de 
fécondité imprévoyante. Il ne voit pas assez 
que si la surpopulation des misérables est un 
terrain trop propice pour la maladie, le vice 
et le crime, cela se peut contenir dans les 
bas-fonds, tandis que le prudenlial restraint 
démoralise et contamine toutes les classes 
sociales. 

Les disciples furent plus hardis. Stuart 
Mill proposa que, par loi, le mariage fût pro- 
hibé pour lés indigents. On alla jusqu'à pré- 
coniser Tavortement et la castration des 
pauvres. Cette assurance, à propos de for- 
mules contestables et qui ne sont jamais que 
provisoires, caractérise bien notre anarchie 
spirituelle. Depuis que nous ne supportons 
plus que Dieu, un prêtre, un prince ou des 
principes nous astreignent à quelque méthode 
qui nous guide, à quelque devoir qui nous 
dépasse, à l'abnégation ou au dévoûment qui 

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S2 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

sont le ciment des sociétés, nous sommes 
toujours prêts à sacrifier à n'importe quel 
sophisme, plus ou moins captieux, à n'im- 
porte quelle formule, plus ou moins scienti- 
fique, non pas nos aises, certes, mais l'effort 
des siècles, l'héritage sacré des morts, et 
rondre. 

Les économistes ont donné le branle. Leur 
sèche métaphysique futautrementpernicieuse 
que les plus absurdes utopies socialistes. A 
la bourgeoisie, ils présentèrent Toeuvre de 
Malthus comme la réfutation décisive du com- 
munisme. Et la bour^»fK)isie, que Tégoïsme 
égare parfois, se proclama malthusienne. En 
i833, un préfet de rAllier, par circulaire, 
signalait « la limitation du nombre des en- 
fants comme le meilleur moyen 4'augmenter 
le bien-être ». Thiers, qu'on est toujours sur 
de retrouver loi^qu^'il y a une sottise à faire 
ou h énoncer, ^vanta « les sages popula- 
tions de la N-ormandie w, et d'autnes les 
félicitèrent. La ville de Versailies, en i65^, 
alloua même une prime de i .000 francs po>ajr 
encdurager la stérilité volontaire des pauvnes>« 

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LA SURPOPULATION 33 

Malthus n'allait pas si loin. Pour que la 
population double en vingt-cinq ans, il faut 
que chaque ménage ait six enfants. Au des- 
sous de trois, on le sait, la population reste 
stationnaire. C'est la situation démogra- 
phique présente de la France, et si Malthus 
avait pu la prévoir, il Teût considérée comme 
un mal plus grand que celui qu'il dénonçait, 
parce que plus difficile à guérir. 

Le paupérisme l'affligeait, et il n'ignorait 
point que « les lois créent les pauvres qu'elles 
assistent ». Cela ne l'empêcha point, d'ail- 
leurs, de participer à l'organisation de l'As- 
sistance publique en Angleterre. Ses inten- 
tions étaient donc excellentes, quoi qu'en 
aient pensé les anciens socialistes, et il ma- 
nifestait plus de bon sensdans sesactes que 
dans ses écrits. Mais il semble qu'il ait voulu 
le bien parce que cela faisait partie de son 
ministère, non par amour vraiment. C'était 
sans grâce et sans intelligence. Au demeu- 
rant, il a fait plus de mal que de bien. 

C'est aux pauvres, et pour améliorer leur 
sort, qu'il adressait ses conseils. Il est 

3 

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34 CROÎTRE OO DISPARAÎTRE 

évident que, dans une grande ville, l'ouvrier 
qui gagne trois francs par jour pourra vivre 
seul avec ce maigre budget, qu'il sera gêné 
s'il se marie, que les époux devront se priver 
s'ils ont un ou deux enfants, et que tous 
mourront de faim si la famille s'augmente 
encore et si l'on ne vient pas à leur secours. 
Voilà ce qu'on voit, d'abord. Mais il y a ce 
qu'on ne voit pas aussi facilement : l'en- 
semble social et l'entre-croisement des soli- 
darités, la complexité des phénomènes et 
l'infinie répercussion des actes sociaux. 



Dernièrement, M. Charles Gide écrivait 
encore : « En somme, si nous cherchons à 
déterminer a priori le régime démographique 
désirable pour la France, nous pouvons dire 
qu'un nombre d'enfants de deux dans les 
familles ouvrières, de quatre au moins dans 
les familles bourgeoises, satisferait à tous 
les desiderata. L'accroissement de la popu- 
lation serait de 3 à 4oo«ooo par an, portant 



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LA SURPOPULATION 85 

presque entièrement sur les classes aisées. 
Il en résulterait, d'une part, un accroisse- 
ment du taux des salaires par suite de la 
rareté relative de la main-d'œuvre ; — d'autre 
part, une division croissante des fortunes 
acquises — et par suite une tendance à l'éga- 
lisation. La question sociale prendrait donc 
un caractère de moins en moins aigu et le 
risque d'une révolution sociale serait réduit 
au minimum. » 

Il y aura lieu, plus loin, d'examiner les 
« moyens » — et leurs conséquences — qui 
peuvent être employés afin que les ménages 
ouvriers n'aient pas plus de deux enfants. 
On ne considérera, d'abord, que les résultats 
sociaux que peut avoir le régime démogra- 
phique préconisé par Malthus, le plus mo- 
déré des malthusiens, et souhaité par 
M. Charles Gide. 

Naturellement, sans qu'il soit besoin de 
faire intervenir des pratiques spéciales, les 
pauvres sont plus prolifiques que les riches. 
C'est un fait. Quoi qu'on fasse ou dise, on 
ne le modifiera seulement que dans son 

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36 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

intensité et sa vitesse. Toujours les pauvres 
seront plus prolifiques que les riches. S'il 
peut dépendre des pauvres — et heureuse- 
ment cette volonté ne se peut généraliser — 
de n'avoir pas ou d'avoir peu d'enfants, il ne 
dépend point de la volonté des riches d'en 
avoir et surtout d'en avoir beaucoup. 

Et c'est pour le mieux. Ici, la fatalité est 
aussi bienfaisante que l'arbitraire des réfor- 
mateurs serait désastreux. Le plus souvent, 
il en va ainsi. 

Puisqu'il s'agit d'améliorer le sort des 
prolétaires, on se demande en quoi la mul- 
tiplication des bourgeois, c'est-à-dire des 
rentiers, des fonctionnaires, des avocats, des 
médecins, des professeurs, des littérateurs 
et des artistes, y contribuera. Déjà ils sont 
beaucoup trop. Etce n'est pas avec l'absurde 
formation universitaire qu'on peut espérer 
voir la bourgeoisie diriger ses fils vers les 
carrières utiles : agricoles, commerciales et 
industrielles. Pour un bachelier, produire, 
c'est déroger. C'^st pourquoi les professions 
libérales sont plus qu'encombrées, et pour- 

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LA SURPOPULATION 37 

quoi le fonctionnarisme nous ruine. Tout ce 
parasitisme vit et ne peut que vivre sur 
le travail. Il est d'autant plus épuisant que 
notre législation testamentaire pulvérise la 
propriété, disperse les capitaux, et par là 
entrave la grande production. La « tendance 
à l'égalisation », si inconsidérément favori- 
sée, n'est jamais qu'une tendance à l'univer- 
selle misère de Tinertie. On n'égalise pas 
par en haut, mais par en bas, parce que tous 
peuvent le moins, facilement, immédiate- 
ment, et descendre; mais non pas le plus, et 
monter au plus haut. 

Une classe bourgeoise de plus en plus 
nombreuse — et donc dans une situation de 
fortune médiocre — et une classe ouvrière 
ne s'augmentant point, cela peut-il du moins 
provoquer « un accroissement du taux des 
salaires par suite de la rareté relative de la 
main-d'œuvre »? Je ne le crois pas. Les pro- 
duits renchérissant, la demande sera moins 
pressante. En tout cas, si les salaires s'élèvent 
vraiment, ce ne sera que nominalement et 
provisoirement. Le pouvoir d'achat du sa- 

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38 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

laire restera le même par rapport à la produc- 
tion. Mais les producteurs étant relativement 
moins nombreux, il faut admettre que la 
production sera moindre. Ce n'est pas seu- 
lement l'offre et la demande qui déterminent 
le taux des salaires, c'est aussi, surtout, la 
productivité du travail. Or un parasitisme 
petit bourgeois très développé et un capi- 
tal très dispersé sont de fort mauvaises con- 
ditions pour une production intensive. 

M, Charles Gide répondra sans doute que 
les petits capitaux s'associent et participent 
aux grandes entreprises. L'association a de 
solides vertus : elle n'a pas celle du miracle. 
L'association peut organiser les forces, leur 
donner toute efficacité, elle ne peut créer 
ces forces. Ainsi, une poussière de capitaux 
n'est pas une force de production. Chaque 
parcelle n'est qu'un titre à consommer, et il 
y a plus de prodigues, de jouisseurs, que 
d'avares et d'ascètes. L'égalisation des for- 
tunes, c'est-à-dire la propriété morcelée, les 
capitaux émiettés poussent à consommer 
toujours plus, cependant qu'ils paralysent la 

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LA SURPOPULATION 39 

production toujours plus. Cest le rêve 
des ventres. C'est le découragement des 
bras. 

Les tout petits capitalistes sont à la fois 
timides et ignorants. Quand ils ne placent 
pas leur argent sur l'État, ils le confient stu- 
pidement aux aigrefins. Les plus intelligents 
ne le hasardent que dans les entreprises qui 
ont déjà réussi, les grandes mines, les che- 
mins de fer, etc. Seuls, les gros capitaux 
peuvent s'associer utilement ; seuls, ils ont 
l'initiative, l'audace, la compétence et l'intel- 
ligence qui conviennent à une sage adminis- 
tration de la richesse sociale ; seuls, ils sti- 
mulent vraiment la production. 

Pour une production de plus en plus 
intense, il faut un machinisme perfectionné, 
cher, une extrême division du travail, un 
commerce audacieux, un crédit large, sûr, 
des moyens de transports rapides et sillon- 
nant le pays en tous sens, — toutes condi- 
tions qui ne se peuvent réaliser pleinement 
qu'avec un patriciat très restreint, mais 
puissant, le minimum de parasitisme petit 

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40 CROÎTRE OU DISPARAITRE 

bourgeois, et un prolétariat très nombreux, 
mais organisé. 

M. Charles Gide finit par le reconnaître, 
d'ailleurs, avec sa netteté habituelle: « Nous 
sommes convaincu, dit-il, que le ralentisse- 
ment dans l'essor économique de la France, 
qui se laisse de plus en plus distancer par 
les autres pays, est lié au ralentissement du 
mouvement de la population. » 

J.-B. Say avait montré déjà que « l'homme 
est un débouché pour l'homme ». 



L'extension du commerce extérieur (impor- 
tation et exportation) est en rapport direct 
avec le mouvement de la population. 

De la période de 1871-1875 à la période 
de 1901-1904, la statistique Jules Jacob nous 
montre la progression de la population et 
du commerce pour les nations suivantes : 
France, 7 et 22 p. 100; Italie, 21 et 
28 p. 100 ; Autriche-Hongrie, 26 et 87 
p. 100 ; Grande-Bretagne, 3o et 36 p. 100 ; 

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LA SURPOPULATIOPf 41 

Allemagne, 38 et 81 p. 100; Belgique, ^i et 
88 p. 100 ; Pays-Bas, 5o et 269 p. 100. Nous 
voyons donc raclivilé économique de l'Alle- 
magne, par exemple, s'accroître avec sa 
population, et celle de la France se ralentir 
avec sa natalité. « Plus il y a d'hommes 
dans un État, dit Montesquieu, plus le com- 
merce y fleurit; plus le commerce y fleurit, 
plus le nombre des hommes y augmente : 
ces deux choses s'entr'aident et se favori- 
sent nécessairement. » 

Mais il s'agit de la surpopulation mondiale. 
Actuellement, un Français n'a qu'à s'en 
tenir au point de vue national, — et c'est le 
plus sûr moyen de servir THumanité. 

Auguste Comte disait que l'homme produit 
plus qu'il ne consomme. Proudhon pensait 
que la production s'accroît plus vite que la 
population. Pour lui, c'est la désorganisa- 
tion du travail qui suscite le paupérisme. Il 
demandait comment, dans le même laps de 
temps où la richesse nationale avait quin- 
tuplé, alors que la population ne s'était ac- 
crue que de 5o p. 100, il se faisait qu'il y 



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42 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

eût encore des meurl-de-faim. « Que ron 
me réponde, s'écriait*il, avant de s'inquié- 
ter de la postérité, et de chercher quel 
nombre d'habitants pourra tenir sur le 
globe !» 

De môme, Arsène Dumont écrivait : c Ce 
qu'il faudrait se demander, au contraire, 
c'est bien plutôt si la petite Europe pourra 
jamais, sans s'épuiser, parvenir à aHmenter 
un courant d'émigration suffisant pour impo- 
ser son génie à des populations quatre fois 
plus nombreuses. En tout cas, la France se 
trouve dès à présent, par le seul fait de sa 
faible natalité, incapable d'aucune action 
durable sur les nations barbares. Les cités 
grecques souffrirent, les unes de l'oligan- 
thropie comme la France, les autres de 
l'excès de population qui les força à fonder 
des colonies. Qu'on se demande lequel de 
ces deux maux a été le plus préjudiciable à la 
civilisation grecque et au progrès de l'huma- 
nité. Si l'oliganthropie eût été générale, 
l'hellénisme eût été un phénomène sans con- 
séquence, comme une fleur double qui meurt 



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LA SURPOPULATION 43 

sans graine. Grâce à ses colonies, dispersées 
dans tout le bassin de la Méditerranée, il 
s'est répandu sur notre Occident comme un 
ferment incomparable d'activité cérébrale ; 
en ce qu'il avait de meilleur, il est devenu 
indestructible. > 



Il n'en reste pas moins que, si la popula- 
tion ne double point tous les vingt-cinq ans, 
ni tous les siècles, si même son développe- 
ment se ralentit de plus en plus, alors que 
les progrès industriels s^accélèrent, il doit 
arriver un moment où la production ne 
pourra plus progresser, parce que tout notre 
globe terraqué sera occupé et exploité, alors 
que la population continuera à s'accroître, 
si lentement que ce soit. 

Mais chaque génération a sa tâche. Ce 
n'est pas la nôtre, certes, et surtout pour 
des Français, d'obvier aux maux lointains, 
et peut-être imaginaires, de la surpopulation 
mondiale. Nous connaissons les races et les 

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44 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

civilisations qui ont disparu par disette 
d'hommes, nous n'en savons pas qui aient 
péri par pléthore. 

Non seulement les nations, mais encore 
les peuples continentaux sont des vases com- 
municants. Avec les échanges, la circula- 
tion, les facilités et les moyens de transports 
rapides, le trop-plein des uns se déverse 
presque aussitôt sur les autres. Et là est le 
danger immédiat, réel, pour la France, 
comme pour toute la civilisation occidentale, 
— et non pas seulement de la dépopulation 
absolue, mais d'un ralentissement trop pro- 
noncé de la natalité. 

Malgré son ordinaire perspicacité, Arsène 
Dumont écrivait, il y a vingt ans : « Désor- 
mais, aucun peuple n'est capable de soutenir 
la lutte contre les nations européennes. «Port- 
Arthur, Moukden, Tsousima proclament le 
contraire. 

Lorsque l'Humanité sera organisée, et 
cela ne sera que dans plusieurs siècles, on 
pourra songer au danger de la surpopula- 
tion mondiale. Jusque-là, c'est celui de la 



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1.x SURPOPULATION 45 

dépopulation nationale, voire occidentale, 
que nous avons à redouter. 






Au reste, la tâche de nos arrière-neveux 
sera plus facile que la nôtre, et ils seront 
mieux préparés à Taccomplir. On peut l'indi- 
quer en passant, ne serait-ce que pour 
mettre en lumière l'aptitude du positivisme 
à tout ordonner. 

Ici, Proudhon a rejoint Comte. Ses vues 
sont positives. Elles valent d'être rappe- 
lées. 

Pour Proudhon, tout accroissement de 
production exige un surcroît de travail. Les 
machines ne font que déplacer le travail, en 
réalité elles l'augmentent. Par exemple, elles 
le transfèrent parfois des muscles au cerveau. 
S'instruire, consommer avec plus de délica- 
tesse, tous les actes de sociabilité provoquent 
une dépense considérable d'énergie. Or il y a 
antagonisme entre le travail et l'amour phy- 
sique. La faculté industrielle ne s'exerce 

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4C CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

qu'aux dépens de la faculté prolifique. La 
chasteté est compagne du travail, de l'art, 
de toute activité sociale. 

Normalement, l'amour physique s'éteint 
dans le mariage. L'époux doit arriver à aimer 
sa femme comme l'ouvrier à aimer son tra- 
vail, d'un amour spirituel. Avec Auguste 
Comte, Proudhon estime que la chasteté est 
l'idéal de l'amour. « A mesure que le travail 
augmente, dit-il, l'art surgissant toujours du 
métier, le travail perd ce qu'il avait de répu- 
gnant et de pénible; de même, Tamour, à 
mesure qu'il se fortifie, perd ses formes 
impudiques et obscènes. > 

Ainsi, la période de fécondité ne s'étend 
pas au delà de dix à quinze années. « &ix ans 
de pratiques conjugales doivent suffire pour 
rebuter un homme, dit Proudhon, à moins 
que son intelligence ne décline ou que son 
cœur se déprave. » Si la jeunesse et la beauté 
font l'étreinte conjugale gracieuse et chaste, 
passé quarante ans, ce n'est plus que vilain 
et grotesque. Le respect dû aux enfants 
invite aussi les parents à s'abstenir. D'après 

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LA SURPOPULATION 47 

Proudhon, le mariage ayant lieu, pour 
rhomme, à vingt-huit ans, pour la femme, 5 
vingt et un, la durée de Tallaitement étant de 
quinze à dix-huit mois, le nombre des enfants 
ne peut dépasser cinq par ménage. A ce 
compte, la population ne s'accroîtra que 
d'un dixième par trente ans et ne doublera 
qu'en trois siècles. Au surplus, l'activité 
productrice s'accroissant, la période de fécon- 
dité se restreindra. Puis, les célibataires 
deviendront plus nombreux. Tous les indivi- 
dus ne sont pas propres au mariage. 

Proudhon a prévu une meilleure économie 
des produit^ de la terre, et non point par les 
privations, mais par l'extension du bien-être. 
Il considère un certain luxe comme une 
manière d'épargne. Par la diversité et le raf- 
iinement des besoins, on évitera les gaspil- 
lages et conséquemment les famines. « C'est 
parce que le prolétaire ne consomme pas 
assez, dit-il, qu'il mange trop. » 

On le voit, Proudhon est là bien près du 
positivisme. Mais s'il reconnaît que le pro- 
blème est moral et non physique, il est encore 

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48 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

trop an-archiste pour convenir qu'il ne peut 
y avoir de fonction sans organe, et que pour 
régler la population il faut un pouvoir. Même 
s'il ne s'illusionne pas trop sur la moralisa- 
tion spontanée qui harmonise et équilibre, il 
ne saurait lui attribuer qu'une efficacité, celle 
de modérer la prolification. 

Le positivisme est plus complet. Le pou- 
voir spirituel qu'il institue réglera la popu- 
lation, d'abord nationalement,puis occidenta- 
lement, enfin universellement. Et régler, c'est 
aussi bien pousser que retenir. Ainsi, le pou- 
voir spirituel « réglera moralement le mariage 
sans l'entraver politiquement ». Il tiendra 
compte, d'abord, de l'équilibre naturel, il 
l'aidera à s'affermir, puis il le perfectionnera. 

Le malthusisme déprave. Il détraque. « A 
partir de trente ans, le premier accouche- 
ment est presque toujours difficile, et parfois 
terrible, nous dit un praticien, le docteur 
Burlureaux, tandis que les accouchemenls 
accidentés sont tout à fait exceptionnels chez 
les jeunes mères d'environ vingt ans. > En 
tout cas, on ne saurait contester qu'il enraye 



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LA SURPOPULATION 49 

la sélection, qu'il la fausse et la fait jouer 
à rebours, en provoquant, par la stérilité 
volontaire, Téxtinction des individus et des 
races les plus élevés au profit des individus 
et des races inférieurs. 

Auguste Comte ne pouvait donc être plus 
indulgent que Proudhon pour cette « immo- 
rale aberration » qu'est « la doctrine sophis- 
tique de Malthus ». Au reste, il s'est peu 
occupé de la question de la population, qui 
ne se posait pas, alors, dans les mêmes 
termes qu'aujourd'hui. Le péril national de 
l'oliganthropie restait lointain et obscur, et 
Malthus avait attiré l'attention de l'autre 
côté. Voici, pourtant, ce qu'en dit Comte : 
« Les espèces animales deviennent, en géné- 
ral, d'autant moins fécondes qu'elles occu- 
pent un rang plus élevé dans la grande hié- 
rarchie biologique. C'est pourquoi notre race 
serait la moins abondante de toutes, si sa 
providence artificielle n'avait toujours com- 
pensé de plus en plus son infériorité natu-"" 
relie. Malgré sa stérilité comparative, la plu- 
ralité des enfants y constitue pourtant une 



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50 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

condition évidente de sa perpétuité et de son 
accroissement. Puisque l'existence s'y pro- 
longe ordinairement jusqu'au double de Tâge 
où commencent moyennement les féconda- 
tions utiles, il faut que chaque couple normal 
y produise au moins un enfant de chaque sexe. 
Mais, outre que ce nombre rendrait la popu- 
lation humaine seulement stationnaire, il ne 
suffirait pas même pour y compenser une 
fréquente stérilité et la mortalité antérieure 
au développement. On est ainsi conduit à 
faire provenir de chaque mariage humain 
trois enfants dont le sexe diffère, suivant 
l'usage statistique de compter cinq têtes par 
ménage. Ce nombre suffit, surtout dans 
Tordre moderne, pour que notre population 
se maintienne et même s'accroisse lentement, 
comme l'indique une judicieuse observation, 
qui rectifie les dangereuses aberrations d'une 
fameuse école économique. » 

A. Comte spiritualise le mariage. Le but 
du mariage n'est point la procréation, c'est 
le perfectionnement réciproque des époux, 
l'homme par le cerveau, la femme par le 

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LA SURPOPULATION 61 

cœur. L'union chaste devient l'idéal. Peu à 
peu, après des siècles de promiscuité et de 
bestialité, l'homme est parvenu à aimer pure- 
ment la mère, la fille, la sœ.ur. De même, il 
en viendra à aimer purement l'épouse. Cet 
idéal, il va sans dire, on s'en approchera tou- 
jours, sans l'atteindre jamais. Grâce à son 
relativisme, il ne restreint donc point la fécon- 
dité possible. Il n'engage à la chasteté, 
comme le catholicisme, que ce qui doit être 
chaste, — soit pour le perfectionnement phy- 
sique de la race, en évitant ainsi la transmis- 
sion des tares, des maladies et des infirmités 
héréditaires, soit pour le perfectionnement 
moral, en faisant surgir, comme exemples à 
approcher, les types de pureté, de sainteté 
et de grandeur. Mais le positivisme est plus 
humain que tout théologisme, en ne privant 
personne, même les stériles, des douceurs 
du mariage, des joies de la paternité et du 
bonheur réconfortant de la famille, par l'in- 
stitution dumariagechaste etlagénéralisation 
de Tadoption. Ainsi « sera dignement réglée 
la procréation humaine »• 



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52 CROITRE OU DISPARAÎTRE 

c< Beaucoup de maladies se transmettent, 
et même s'aggravent, par l'hérédité, dit 
A. Comte; en sorte que des milliers d'enfants 
naissent chétifs pour mourir bientôt, sans 
que leur existence ait jamais cessé d'être un 
fardeau. Dans la civilisation moderne, où 
toutes les naissances sont également pro- 
tégées, ces tristes résultats se multiplient 
davantage que chez les Anciens, qui détrui- 
saient la plupart des rejetons débiles. En 
scrutant assez cette grande question, on trou- 
verait peut-être que le quart des populations 
occidentales devrait sagement s'abstenir de 
toute procréation, pour concentrer une telle 
fonction chez les couples convenablement 
disposés. Quand on soignera la propagation 
de notre espèce autant que celle des princi- 
pales races domestiques, on reconnaîtra la 
nécessité de la régler aussi. Mais cela ne 
peut résulter que de la libre institution des 
mariages chastes d'après la théorie positive 
de l'union conjugale, où les relations sexuelles 
ne sont pas directement nécessaires. Car l'in- 
terdiction légale du mariage, souvent invo- 

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LA SURPOPULATION 53 

quée par les médecins contre les maladies 
héréditaires, offrirait un remède non moins 
odieux qu'illusoire. L'influence privée et 
publique de la religion positive peut seule 
produire, à cet égard, des résolutions qui 
manquent autant d'efficacité que de dignité 
quand elles ne sont pas pleinement volon- 
taires. Dans ces unions exceptionnelles, la 
vraie nature du mariage deviendra mieux 
appréciable, lorsque les deux âmes seront 
bien organisées. Un usage étendu de l'adop- 
tion y permettra même l'essor des autres 
affections de famille, en soulageant d'ailleurs 
les couples spécialement voués à la propa- 
gation. » 

Si le Maître avait envisagé la question de 
la dépopulation, il l'eût résolue de même. 
Sous un aspect ou sous l'autre, la solution 
du problème de la population est dans l'ordre, 
— et celle de tout problème social. Le catho- 
licisme et le positivisme sont les deux seules 
doctrines complètes et universelles, et donc 
les seules qui peuvent mettre fin à Tépou- 
vantable anarchie intellectuelle, morale et 



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54 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

sociale, dont la question de la population 
et les opinions violemment contradictoires 
qu'elle suggère ne sont qu'un cas, une mani* 
festation. Tout remède empirique, tout trai- 
tement spécial, toute idéologie, — surtout 
le malthusisme qui ne s'adresse qu'aux inté- 
rêts particuliers, aux passions personnelles, 
— ne feront qu'aggraver cette anarchie, 
démoraliser, troubler, dissoudre, et donc 
dérégler plus encore. 

En examinant le néo-malthusisme, on 
poursuivra cette démonstration. 



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CHAPITRE III 
LE NÉO-MALTHUSISME 



Les économistes s'en tenaient à la t science, 
et à de vagues exhortations à la prévoyance. 

Le néo-mal thusisme fit mieux et plus. Il 
ne s'embarrassa point de préjugés ni de scru- 
pules. Il fut logique, sentimental et prati- 
que. Logique, brutalement, il obtint l'adhé- 
sion des esprits qu'aucune réalité sociale ne 
discipline plus et qui suivent tous les mots 
qui passent. Sentimental, il invoqua le pau- 
périsme, ses hontes et ses douleurs. Enfin, 
pratique, cyniquement, il fournit à Tégotisme 
individualiste, au vice, avec des justifications, 
les moyens de les satisfaire. 

Comment n'eût-il pas été entendu à une 



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66 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

époque où plus rien n'éclaire, ne guide, ne 
relie et ne rallie? 

Cette propagande systématique dans le 
peuple fut inaugurée, il y a près d'un 
siècle, par le socialiste irlandais William 
Thompson, disciple de J. Bentham et d'Owen. 
Elle fut continuée par le conseiller aulique 
allemand Weinhold, un philosophe chartiste 
masqué du pseudonyme de Marcus, etc. 

Annie Besant, d'abord socialiste, présen- 
tement théosophe, et le docteur Drysdale, 
récemment décédé, fondèrent, en 1877, la 
Mallhusian League anglaise. 

En Hollande, lâNiemv-Malthusianish Bond 
s'est formée en 1884. Son président, M. Sa- 
muel Van Houten, auteur du Principe de 
causalité dans la science sociale ^ étant deve- 
nu ministre de l'Intérieur, cette ligue fut 
reconnue d'utilité publique en 1895. Jus- 
qu'en ces derniers temps, le grand journal 
libéral De Nieuwe Rollerdamsche Courant 
était favorable à cette propagande. Toute- 
fois, le parti antirévolutionnaire réclame 
rintervention légale pour enrayer l'action 



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l.E NEO-MALTHUSISME 57 

de la ligue. Il faut noter aussi que, parmi les 
principales nations européennes, les Pays- 
Bas ont le plus fort excédent de naissances 
sur les décès, soit i5,5pour i ,000 habitants 
tandis que la France a le plus faible, pas 
même 1. 

En 1872, M. Hausmeister, de Stuttgart, 
essaya de provoquer un mouvement analo- 
gue en Allemagne, mais sans succès. Les 
conférences néo-malthusiennes de Mme Min- 
na Kub viennent d'être interdites, parce que 
contraires aux mœurs. En Suisse, la tenta- 
tive d^un député socialiste, M. Valentin 
Grandjean, échoua également. 

En France, l'ancien directeur de l'Orphe- 
linat Prévost, de Cempuis, M. Paul Robin, 
fonda, en 1896, la Ligue de la Régénération 
humaine. 

Sans doute, cette ligue n'eut jamais qu'un 
nombre très restreint d'adhérents ; mais les 
pratiquants étaient légion. Les formulaires et 
lespessaires s'enlevèrent. Autrefois, la guerre 
nourrissait la guerre par les prises : désor- 
mais, la propagande malthusienne nourrira 

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68 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

la propagande anarchiste par ce trafic spé- 
cial. 

Les « apôtres » surgissent, les journaux, 
les brochures se multiplient (i). On l'entend 

(1). Une de ces brochures, La loi de Mallhus, par 
M. G. Hardy, offre un bel exemple des divagations aux- 
quelles l'ignorance de la méthode positive, en matières 
sociales surtout, peut entraîner une intelligence qui 
paraît ouverte, exercée et généreuse. 

L'auteur s'explique la société par l'individu et l'indi- 
vidu par deux fonctions physiologiques : celle de l'es- 
tomac et celle du sexe. Et tout le sophisme malthu- 
sien est là. Mais, depuis Malthus, la pensée positive 
s'est affirmée. M. G. Hardy ne paraît point se douter 
de ce qui en est définitivement acquis : à savoir qu'il 
y a une hiérarchie des sciences, que le supérieur ne 
saurait être ramené à l'inférieur, que l'individu humain, 
par exemple, est irréductible à ses fonctions physio- 
logiques, et la société à Tindividu. Sans le malthu- 
sisme, assure-t-il, «aucun sujet social, actuel ou futur, 
ne peut être envisagé sérieusement et utilement ». 
C'est, ajoute-t-il plus loin, « Tunique moyen d'éteindre 
la misère, de rendre les guerres impossibles, d'abolir 
la prostitution ». Il en est d'autres pour qui c'est la 
réforme de l'orthographe, l'espéranto, l'exécration de 
toute boisson fermentée, le végétarisme, le kneip- 
pisme, etc. Notre anarchie intellectuelle aboutit à 
une véritable folie générale. Les esprits ne reviendront 
à la raison qu'avec Tordre. 

Voici, d'après M. G. Hardy, l'idéal d'un néo-malthu- 



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LE NEO-MALTHUSISME 59 

bien, chacun de ces petits centres de propa- 
gande est une boutique où se débitent, avec 
les recettes d' « hygiène », les ustensiles et 
les produits « anticonceptionnels >. Et, si 
étrange que cela puisse paraître, la plupart 

sien. Et il ne peut être que cela. « Supposons, dit-il, 
qu'en France s'établisse le régime le plus beau qu'on 
puisse imaginer : le communisme... Toutes les misè- 
res ont disparu. Plus d'autorité vexatoire. Le travail 
modéré a remplacé le travail exténuant... Il est évi- 
dent que le commerce des sexes s'établit en toute 
liberté. Les unions sont nombreuses et précoces. 
Peu importe le nombre d'enfants qu'une femme aura; 
peu importe à qui ces enfants appartiendront : la com- 
munauté se charge de les élever...» Le seul régime 
qui justifierait le néo-malthusisme est le seul qui le 
nécessiterait. En effet, si l'humanité pouvait retourner 
à cet état primitif, et si la dégénérescence provoquée 
par l'abus et la précocité des rapprochements sexuels, 
l'abrutissement delà paresse et de l'irresponsabilité, la 
propagation dos maladies nerveuses et vénériennes ne 
suffisaient point à rétablir le régime démographique 
des sauvages, — soit un à dix habitants au maximum 
par kilomètre carré, — il faudrait y pourvoir par la 
prophylaxie anticonceptionnelle, à laquelle, désormais, 
aucun sentiment social ne s'opposerait plus. 

Là-dessus, M. G. Hardy a donc gain de cause. Mais 
la sauvagerie primitive « n'éteint pas la misère, ne 
rend pas les guerres impossibles, n'abolit pas la pro- 
stitution », comme il croit : elle les universalise. 



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60 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

de ces mercantis sont des convaincus, voire 
des fanatiques, dont le désintéressement 
personnel et l'abnégation sont certains. 
L'aberration n'en est que plus redoutable. 

Ce sont les anarchistes qui répondirent 
les premiers à l'appel de Paul Robin. L'an- 
cien économisme ploutocratique voyait dans 
le malthusisme un moyen de conservation; 
avec de meilleures raisons, les anarchistes 
le considérèrent, dès lors, comme un puissant 
ferment de dissolution sociale. 

Puis, le néo-malthusisme pénétra dans 
les syndicats, entre l'antipatriotisme et le 
sabotage. 

Dans les Bourses du travail, on prêche 
aux femmes la « grève des ventres »; beau- 
coup de journaux corporatifs publient les 
articles, les réclames, les adresses de sages- 
femmes et de médecins malthusiens. Les 
ateliers, et surtout ceux des femmes, sont 
visités, on y distribue des prospectus, on 
y fait des « causeries >. Mme Leroy-AUais 
nous a donné de curieux renseignements à 
ce sujet. € On fait, dit-elle, aux ouvrières et 



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LE NÉO-5IALTHU9ISME 61 

à Tatelier même, des conférences socialistes, 
anticléricales, féministes, voire pacifistes. » 

On reconnaît à ce signe d'où viennent ces 
furieuses attaques contre la société française. 
M. Paul Robin est franc-maçon. C'est dans 
les Loges qu'il a trouvé ses plus solides 
appuis. C'est dans les Loges que la propa- 
gande se prépare et s'éprouve. On y fait des 
conférences sur a le droit à l'avortement », 
on y réclame la suppression de l'article 817 
du Code pénal qui vise la répression de 
ce crime. 

Voyant la franc-maçonnerie dans l'affaire, 
les anarchistes qui sont souvent des hommes 
d'ardente bonne volonté, mais mal instruits 
des choses sociales, les syndicalistes et tous 
les prolétaires devraient se méfier. Mais qui 
les avertit?... 



Le néo-malthusisme est bien plus un effet 
qu'une cause. Comme toujours, la théorie 
spécieuse n'est intervenue que pour excuser 

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62 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

d'abord, légitimer ensuite la pratique occulte. 
Au lieu de corriger les instincts nocifs, la 
raison débridée les sert. Ainsi, nous voyons 
encore qu'une grande doctrine directrice 
comme le catholicisme ou le positivisme, 
dont le§ dogmes échappent à la critique sub- 
jective, est aussi nécessaire à la santé céré- 
brale quà Tordre social. En 1866, Louis 
Veuillot écrivait : « Le genre humain est 
doué d'une sorte de goût à tuer les enfants. 
Ce phénomène s'observe sous toutes les 
latitudes, dans toutes les civilisations et 
dans toutes les barbaries. Pour une raison, 
pour une autre, pour conserver la vigueur 
de l'espèce, pour honorer les dieux, pour 
engraisser les manitous, pour remplacer le 
droit d'aînesse, pour épargner les frais et les 
fatigues de l'éducation, à Athènes à Sparte, 
à Carthage, à Rome à Pékin, à Otahiti, à 
Londres, à Paris et dans les environs, on tue 
les enfants, ou on les empêche de naître. Il 
n'y a guère que le christianisme qui com- 
batte efficacement cette singulière coutume, 
et là où le christianisme baisse, la coutume 



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LE NÉO-MALTIIUSISME 63 

vaincue par lui reprend son meurtrier em- 
pire... Quand il n*y aura plus de christia- 
nisme, comment le progrès fera-t-il pour con- 
server des hommes? » 

Le néo-malthusisme n'a pu prendre, en 
France du moins, que lorsque les notions 
essentielles et les institutions fondamentales 
de Famille, Patrie, État, Société étaient déjà 
obscurcies par la métaphysique individua- 
liste et ébranlées par les secousses révolu- 
tionnaires. Ce n'est qu'une manifestation con- 
tingente de la folie occidentale,. 

Mais cette manifestation particulière d'un 
mal profond est des plus pernicieuses. 
M. Lucien March,par exemple, nous apprend 
que, dans la Nouvelle-Galles du Sud, la baisse 
de la fécondité a commencé vers 1875, et ce 
point de départ coïncide « avec l'introduc- 
tion des procédés variés, grâce auxquels les 
époux prévoyants règlent l'issue dés effusions 
conjugales, ou, ce qui est plus grave, en 
anéantissent les conséquences. » 

Le caractère morbide du néo-malthusisme 
se marque nettement par le succès excep- 

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64 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

tionnel qu'il obtient en France, où la folie 
occidentale atteint son paroxisme. La plu- 
part des étrangers, comme Lombroso, Gum- 
plowicz, Bjœrnstjerne Bjœrson, qui noué féli- 
citent de notre stérilité, l'attribuent à notre 
avance de civilisation. Cela s'entend. Nous* 
préférons n'être pas si « avancés », et vivre. 
Lenéo-malthusisme, en France, n'a même 
pas l'apparence d'un prétexte à invoquer. 
En 1890, 1891, 1892, 1895, 1900 et 1907, il 
y a eu plus de décès que de naissances, et 
dans les six premiers mois de 1909, il y a 
eu 28.203 décès de plus que de naissances. Il 
y a mieux. C'est précisément dans les dé- 
partements où depuis un quart de siècle au 
moins il n'y a jamais eu un excédent de nais- 
sances, où l'excédent de décès, au contraire, 
grossit chaque année, que la propagande mal- 
Ihusienne est plus active et mieux accueillie. 






Dans le corps social on ne localise point 
un mal. Tout se tient. Quand un sentiment 



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LE NÉO-MALTHUSISME 65 

S altéré, il affecte non seulement le cœur tout 
entier, mais encore le cerveau. C'est dire 
aussi qu'il trouble Tactivité. 

L'individualisme, sous quelque aspect que 
ce soit, est morbide, sinon d'abord dans son 
inspiration, du moins dans ses manifesta- 
tions, et surtout dans ses conséquences. Se 
limiter à soi, c'est se nier, car on n'affirme 
que ce qui dure. Se refuser à se continuer 
par ses enfants, c'est déjà un suicide. C'est 
même un meurtre : celui des ascendants qui 
vous ont transmis le devoir de les perpétuer. 
On verra, d'ailleurs, que le suicide, le crime 
et quelques autres indices fâcheux accompa- 
gnent la diffusion des pratiques néo-malthu- 
siennes. 

L'être social se veut survivre dans ses en- 
fants comme dans ses œuvres. Il le doit, car 
il continue ainsi ses ancêtres, sa race. , 

Mais « devoir » est un mot qui ne s'en- 
tend plus. Je me garderai d'en abuser. 

De par leur nature, les femmes qui ne 
veulent point d'enfants sont des détraquées ; 
celles qui ne le peuvent, des infirmes. 

5 

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66 CBOÎTRE OU DISPARAÎTRE 

Les économistes qui conseillaient hypo- 
critement la « prévoyance » aux pauvres ne 
prévoyaient pas ceci. Un des maîtres de la 
gynécologie, le docteur Pinard, déclare : 
« Sur cent femmes qui ont à l'heure actuelle 
le ventre ouvert parce qu'elles ont des 
fibromes, il y en a quatre-vingt-quinze à qui 
il a fallu l'ouvrir parce qu'elles n'avaient pas 
voulu avoir plus d'un ou deux enfants. » Le 
même praticien ajoute : « La femme ne 
trouve la plénitude de sa santé qu'à son troi- 
sième enfant. » Et le docteur Burlureaux 
approuve, en faisant observer que tous les 
médecins compétents sont pleinement d'ac- 
cord là-dessus. Hippocrate et Gallien disent 
« oui » ensemble, — pour une fois. Le pro- 
fesseur Desplats, de Lille, avec une extrême 
prudence scientifique, avance que ^ les gyné- 
cologues découvriront un jour que la gros- 
sesse est le meilleur moyen d'éviter un grand 
nombre d'affections féminines et de les gué- 
rir ». Depuis longtemps on a remarqué que 
beaucoup de femmes ne sont en parfaite 
santé que durant la gestation et l'allaitement. 



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LE NÉO-MALTHUSI8ME 67 

L'activité des organes de la mère semble in- 
dispensable à une saine économie physiolo- 
gique de la femme. 

Les avortements surtout sont dangereux, 
et mortellement dans 66 cas sur loo. Hormis 
dans les cas d'embryonexie thérapeutique, 
Tavortement est bien un crime. Cette indus- 
trie s'exerce pourtant en grand, et ouverte- 
ment. 

Presque tous les grands journaux popu- 
laires publient des annonces significatives 
de sages-femmes, — ce qui n'empêche point 
ces journaux de s'alarmer en première page 
du péril national de la dépopulation. 

MM. Garraud et Lacassagne, professeurs 
à la Faculté de Lyon, estiment qu'il se com- 
met à Lyon plus d'avortements volontaires 
qu'il n'y a de naissances. M. Doléris, accou- 
cheur à l'hôpital Boucipaut, constate que, 
depuis sept ans, à Paris, le nombre des avor- 
tements a plus que triplé. Aux hôpitaux 
Saint-Antoine et Tenon, de 1898 à 1904, le 
docteur Boissard constate de même que les 
avortements ont triplé. Il ajoute : « Je suis 



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68 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

sûr que, depuis, cette progression est allée 
encore en augmentant. » Aucune statistiqu^e 
précise n'est possible ; mais on voit que le 
mal gagne effroyablement. « La chose est 
tellement grave, dit Mme Leroy-AUais, qu'il 
est question de fonder, dans les hôpitaux, un 
service spécial pour les avortements, attendu 
que les gynécologues ne veulent plus des 
avortées dans leur service, ni les médecins, 
parce qu'elles infectent leurs malades. Les 
gynécologues vous le confirmeront. Il y a un 
médecin qui disait : « La morale je m'en 
« moque ; mais ce que je sais, c'est qu'on 
« tue les femmes. Voilà ce qu'on devrait 
« faire connaître. Il faudrait publier des 
« petites brochures dans lesquelles on indi- 
ce querait certains dangers. Nous, nous avons 
« un langage trop scientifique. » Beaucoup 
de femmes sont prises par la peur. En leur 
disant: « Si vous faites cela, dans trois mois 
« vous sierez obligée d'aller à l'hôpital », 
on peut les toucher. Ce n'est pas noble, 
mais il faut les prendre comme on peut. » 
Les néo-malthusiens réclament, par la sup- 

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LE NEO-MALTIIUSISME 69 

pression de l'article 817 du Code pénal^ le 
« droit » à Tavortement. Là encore, on voit 
à quelles insanités aboutit la notion méta- 
physique de « droit ». 

La plus importante motion du dernier 
Congrès d'obstétrique concerne le nouveau 
« droit » que la franc-maçonnerie veut nous 
octroyer. Cette motion vaut d'être reproduite 
ici : 

« Vu les statistiques impressionnantes 
publiées en France et à l'étranger sur la fré- 
quence croissante de l'avortement, les en- 
quêtes nombreuses et précises poursuivies 
par de nombreux gynécologues et corrobo- 
rées par l'observation clinique des signes 
spéciaux et l'aveu facilement obtenu d'un 
certain nombre de malades, 

« La Société obstétricale de France, réunie 
en congrès international, considérant qu'elle 
n'a pas qualité pour prendre position au 
regard des dispositions édictées par le Code 
pénal français contre « l'avortement crimi- 
nellement provoqué » ; 

tt Qu'elle n'a pas davantage à se prononcer 

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70 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

sur cette question aux points de vue social, 
moral ou religieux ; 

« Mais que, néanmoins, elle ne saurait se 
dérober au devoir de faire entendre un cri 
d'alarme et un avertissement salutaire, 

« Adopte les conclusions suivantes : 

« Dans Tavortement criminellement pro- 
voqué, tel qu'il est observé, un fait est incon- 
testable : la grande fréquence et l'extrême 
gravité des accidents consécutifs aux pra- 
tiques coupables, quelles que soient les pré- 
cautions apportées à l'acte criminel et la tech- 
nique employée. 

« Les statistiques établissent que : 

« 1^ Dans la grande majorité des cas, de 
longues et sérieuses maladies locales s'en- 
suivent : 

<r 2** Dans les deux tiers des cas environ, 
des affections très graves mettent la vie en 
péril et occasionnent une incapacité de travail 
allant de plusieurs mois à plusieurs années, 
et une incapacité fonctionnelle définitive : les 
survivantes restent infirmes ; 

« 3^ Dans 6 p. loo des cas, enfin, la mort, 

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LE NÉO-M\LTHUSISME 71 

qui respecte les accouchées normales à 
terme, suit immédiatement ou à bref délai 
les pratiques abortives. 

« Désireuse, en outre, d'apporter sa con- 
tribution à la préservation sociale contre un 
fléau qui, d'après les plus récentes statisti- 
ques des Maternités des grandes villes, 
détruit prématurément le tiers environ des 
produits de la conception, la Société obsté- 
tricale de France décide la constitution d'un 
comité international permanent, en vue de 
rechercher et d'étudier les mesures prophy- 
lactiques à proposer aux pouvoirs publics. » 



Les innombrables théories sophistiques 
que notre indescriptible anarchie fait éclore 
ont pour fin réelle de justifier les pires in- 
stincts, en brisant tous les obstacles que des 
siècles de civilisation avaient accumulés pour 
les contenir. 

Etant de la « libre pensée » comme de la 
« libre morale », c'est-à-dire n'admettant 

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72 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

aucune règle, ces théories sont insidieuses et 
souples. Ainsi, le néo-malthusisme est gros- 
sier avec les uns, subtil avec les autres. 
Après avoir promis aux uns des luxures sans 
frein et sans conséquences, il prêche aux 
autres la « génération consciente » pour la 
beauté de la race et la prospérité sociale. Cela 
est pour la masse, ceci pour les « intellec- 
tuels », qui ne s'aperçoivent même pas de la 
contradiction. 

M. Salomon Reinach, membre de l'Insti- 
tut et l'un des rois de notre République, écrit 
au journal néo-malthusien. Génération con- 
sciente: « La propagande néo-malthusienne 
a pour but de substituer la réflexion à l'in- 
stinct, la prévoyance à l'insouciance, Yhomo 
sapiens à la brute. Ceux qui Taccusent de 
favoriser le vice, de prêcher l'avortement, 
sont des ignorants, ou altèrent sciemment 
la vérité. On peut condamner Paul Robin ; 
mais sa condamnation sera inscrite sur la 
statue que lui réserve l'avenir. » 

Mais de ces « intellectuels », il n'en est 
pas de plus candide que M. Brieux. Écoutons- 



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LE NÉO-MALTHUSISME 73 

le répondre, dans le Malin^ à une enquête de 
V Action nationale : « 11 faut conseiller aux 
Français atteints de pauvreté matérielle ou 
physique de ne pas faire d'enfants. L'homme 
qui procrée sans réflexion, qui ajoute un 
convive autour d'une table déjà insuffisante, 
l'homme qui perpétue ses tares physiques 
dans un être nouveau, cet homme-là est une 
brute ou un criminel. Par contre, il faut con- 
seiller la famille nombreuse à ceux qui sont 
bien portants et aisés. Et d'ailleurs, il ne 
faut pas oublier que jamais la supériorité 
du nombre n'a impliqué la suprématie d'un 
pays. Toutes les belles actions humaines 
ont été accomplies par de petits peuples. » 
Ne demandons pas à M. Brieux quelles 
sont « les belles actions humaines » accom- 
plies par les Républiques de Saint-Marin, 
du Val d'Andorre et la Principauté de Mo- 
naco ; ne lui rappelons point celles de son 
pays, quand la France étaitla première nation 
du monde; ne lui montrons point, après 
Adolphe Coste, que la civilisation dans sa 
plus haute acception, toutes choses égales, 

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74 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

est en rapport avec le chiffre de la popula- 
tion nationale et que, contrairement à sa 
téméraire assertion, la supériorité du nom- 
bre allemand, présentement, implique la 
suprématie du pays allemand, — comme 
M. Delcassé l'éprouva naguère. 

Kt il convient de le répéter, pour M. Brieux 
et quelques autres « intellectuels » : pousser 
à Textension de la classe aisée, par consé- 
quent à multiplier les rentiers, les médecins, 
les avocats, les littérateurs, les artistes, les 
fonctionnaires, et donc les parasites et les 
plus exigeants consommateurs, en conseil- 
lant la stérilité à la classe pauvre, autrement 
dire, diminuer d'autre part le nombre des 
producteurs, — c'est aggraver le paupé- 
risme, c'est-à-dire l'insuffisance de la pro- 
duction par rapport à la consommation. 

On répliquera, sans doute, que ceux qui 
exercent des professions libérales, les fonc- 
tionnaires et les artistes ne sont pas des 
parasites. Ils sont, à tout le moins, de vora- 
ces consommateurs : au « banquet de la 
vie», un auteur dramatique comme M. Brieux 

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LE NÉO-MALTHUeiSMK 75 

tient la place de quinze familles ouvrières au 
moins. Et s'ils ne sont pas des parasites, en 
effet, jusqu'à la quantité qu'il en faut à une 
société civilisée, ils le deviennent par le sur- 
croît, bien plus nuisible qu'utile. Au con- 
traire, il n'y a jamais assez de producteurs ; 
car il n'y a qu'insuffisance de production et 
désordre- 

On parle de « génération consciente » : il 
ne faut pas, dit-on, que « l'homme perpétue 
ses tares physiques dans un être nouveau ». 
Ceci n'implique pas cela. Le positivisme a 
aussi le souci d'éviter la dégénérescence, mais 
il n'a recours qu'aux moyens efficaces, socia- 
lement, parce qu'ils n'outragent pas la mo- 
rale et la saine raison. C'est par « l'influence 
privée et publique de la religion positive », 
sagement organisée et dirigée par un pou- 
voir spirituel respectable et compétent, qu'il 
obtiendra que ceux qui risquent de trans- 
mettre des maladies ou des infirmités 
s'abstiennent dignement de tout rapport 
sexuel. Cela seul atteint le but, sans fournir 
aucun prétexte aux caprices personnels. 

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76 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

En laissant chaque « conscience » juger 
elle-même s'il sied d'assumer les charges de 
la paternité, sans se priver d'ailleurs d'aucun 
plaisir, on aboutit au contraire de ce qu'on 
poursuit, la disparition des meilleurs, la pul- 
lulation des pires. Les néo-malthusiens ne 
sauraient le contester, puisqu'ils se recon- 
naissent eux-mêmes, modestement, les plus 
a évolués ». 

Les répercussions sociales sont curieuses. 
La « génération consciente », en fait, con- 
fère le monopole de la reproduction au 
hasard, ix l'accident, à l'ignorance, aux pires 
bestialités. Et cela n'a plus de contrepoids. 
Fatalement, c'est la dégénérescence, c'est la 
mort de la race. Voici ce qu'écrit à ce sujet 
M. Vacher de Lapouge, qui n'est pas, j'ima- 
gine, un calotin, non plus qu'un esprit 
timide : « Le mal est si profond que l'on peut 
regarder les grossesses désirées et volontai- 
rement réalisées comme un cas tout excep- 
tionnel ; normalement, la conception est le 
résultat de ce qu'on appelle un accident, de 
rignorance, de la négligence, d'un fait qui 



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LE NÉO-MAI.THUSISME 77 

a déjoué les prévisions ; souvent, dans les 
classes inférieures et aussi parmi les popu- 
lations de la Bretagne et du Nord, réputées 
si fécondes, d'une ivresse à deux qui inflige 
au produit la double tare de Talcoolisme 
héréditaire et de lalcoolisme conception- 
nel. » 

Au surplus, la qualité ne saurait suppléer 
la quantité. La viriculture intensive épuise 
les sources de vie. Une race se défend et 
s'améliore par sélection naturelle et par 
entraînement, et donc par la viriculture 
extensive. Il y faut beaucoup de naissances 
et des décès. € mort ! sœur aînée des 
amours! » s'écrie Proudhon. La mort a son 
rôle dans la nature. La souffrance aussi. 
Dans les meilleures conditions possibles, avec 
toutes les précautions, la nature n'évite point 
les ratés ni le déchet. 11 faut trier. Il faut se 
parfaire soi-même. Plus le choix se fera 
entre beaucoup, plus Teffort sera nécessaire, 
plus il y a de chance que l'élite soit pure et 
grande. Ne nous préoccupons donc pas 
d'abaisser outre mesure l'obstacle répressif 



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78 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

à la surpopulation qu'est la mortalité, surtout 
pour lui substituer l'obstacle préventif qu'est 
la stérilité volontaire. 

M. le docteur Binet-Sanglé écrit de gros 
volumes pour noms persuader que Jésus avait 
hérité des siens toutes les tares physiques, 
mentales et morales. Ce scientiste nous 
fournit là l'exemple cherché contre le scien- 
tisme. Il est fort heureux pour la civilisation 
occidentale que les pauvres artisans de Gali- 
lée aient ignoré la « génération consciente »• 
Même si l'obstacle répressif est la guerre, 
cela vaut encore mieux que les pessaires, les 
cônes et les aiguilles à tricoter, — et non 
seulement pour la dignité, la grandeur, mais 
encore pour la force, la santé, la prospérité 
et la joie humaines. 

D'ailleurs, la mortalité, voire la morti- 
natalité, n'est pas nécessairement plus 
grande en proportion avec une copieuse 
natalité. On a déjà vu que la mortalité, en 
France, est égale, sinon supérieure, à celle 
des nations bien plus prolifiques. On remar- 
que même que les départements qui ont une 



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LE NÉO-MALTHUSISME 79 

faible natalité sont frappés d'une mortalité 
élevée. De plus, dans ces mêmes départe- 
ments, en Normandie et en Bourgogne, le 
nombre des réformés aux conseils de revi- 
sion est au-dessus de la moyenne. « Dans 
tel département de très faible natalité, comme 
l'Eure, note Arsène Dumont, les conseils de 
revision accusent [\o réformés sur loo con- 
scrits examinés. » 

Voilà les résultats de la « génération con- 
sciente » ! Ils ne sont pas ceux qu'on annonce. 
En réalité, tout contribue, ici, à énerver, 
anémier, avilir la race : une sélection insuf- 
fisante, le détraquement physiologique et la 
corruption des mœurs que produisent à la 
longue les manœuvres abortives et la « pro- 
phylaxie anticonceptionnelle », l'épanouisse- 
ment du plus bas individualisme, qui atro- 
phie les centres d'inhibition, qui aboht le 
sens de la responsabilité, qui ne contient plus 
1 appétit de Jouissances immédiates, par 
tous les moyens, et l'intempérance, et la dé- 
bauche, et toutes les dépravations abrutis- 
santes# 



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80 CROÎTRE OU niSPARAÎTRE 



Cette population clairsemée, chétive, sans 
énergie et sans idéal, qui n'a plus que le 
morne désir de s'assurer une existence facile 
et jouisseuse, à tout le moins organisera-t- 
elle une meilleure éducation? gagnera-t-elle 
en intelligence? réalisera-t-elle le mesquin 
bonheur à quoi elle sacrifie tant?... c Le seul 
moyen d atteindre le bonheur, dit Stuart Mill, 
est de n'en pas faire le but direct de l'exis- 
tence. » 

11 semble, d'abord, que l'enfant unique 
doive être mieux élevé, parce que tous les 
soins des parents se concentrent sur lui. 

Mais il y a un fait certain, quoique inex- 
pliqué, c'est que le premier enfant est rare- 
ment le plus sensible, le plus intelligent. Au 
dernier congrès de psychiatrie qui s'est tenu 
à Amsterdam, on a relevé que sur soixante- 
quatorze hommes et femmes de génie, écri- 
vains, poètes, musiciens, hommes d'État, dix 
seulement étaient les aînés. Le plus sou- 
vent les génies sont parmi les derniers nés. 



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LE NÉO-MALTHUSISME 81 

Cooper était le onzième de douze enfants ; 
Balzac a été le dernier né de trois; Napo- 
léon, le huitième; Franklin, le dernier de 
dix-sept. Rembrandt fut le sixième sur six; 
Wagner, le septième; Mozart, également; 
Schumann, le cinquième; Schubert, le trei- 
zième sur quatorze. 

En outre, contrairement à ce qu'on sup- 
pose d'abord, Tenfant unique est le plus 
souvent très mal élevé, et d'autant plus 
que la famille est plus relâchée (i). Une 
famille nombreuse, bien unie, est une 
force organisée, une école de solidarité et 
de continuité, une liberté. Pour ruiner nos 
libertés, on a dissous toutes nos forces. 
Maintenant, on s'en prend à ce qu'il reste 
de la famille. 

Herbert Spencer a fait ressortir le rôle 

(4) « Cet enfant-là lui donnera bien du chagrin. C'est 
un enfant unique, bonne raison pour n'être qu*un vau- 
rien ; il sait qu'il sera riche, autre bonne raison pour 
n'être qu'un vaurien. Et comme il est valétudinaire, 
on ne lui apprend rien ; on ne le gêne, on ne le contre- 
dit sur rien, troisième bonne raison pour n'être qu'un 
vaurien. » (Diderot, Jacques le fataliste.) 

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82 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

moralisateur et auto-éducateur de la parenté 
eftective. « C'est une vérité trop peu reconnue, 
dit-il, que la phase supérieure du dévelop- 
pement mental chez Thomme et chez la femme 
ne peut être atteinte que par Taccom- 
plissement convenable des devoirs pater- 
nels. » 

On s'élève par le commandement comme 
par l'obéissance. Mais il n'y a plus d'autorité 
dans la famille désorganisée. Chacun y 
devient le jouet des caprices de l'enfant. Il 
est paré, caressé, flatté, admiré, et l'on n'en 
fait qu'une poupée sans cœur, un cabotin 
sans cerveau et un affreux égoïste. Ainsi, on 
se targue de l'aimer. Ce n'est pas aimer que 
d'aimer pour soi. L'amour est une force et 
une volonté. L'enfant unique, l'enfant gâté, 
ce sera le névrosé, l'aboulique, qui n'aura 
que des vanités, des fantaisies, des impul- 
sions et des appétits, mais qui sera aussi 
incapable de se résigner au nécessaire, à 
l'inéluctable, qu'à modifier énergiquement ce 
qui est modifiable, — et la vie le conspuera et 
le brisera. 



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L£ NEO-MALTUUSISME 8& 



Les seuls néo-malthusiens qui sachent 
bien ce qu'il veulent et où ils vont, ce sont 
les anarchistes forcenés qui ont juré la des- 
truction complète de toute société, de toute 
civilisation, et les pessimistes absolus qui 
aspirent à l'anéantissement cosmique. 

La baisse de la natalité accompagne tou- 
jours les indices sociaux les plus fâcheux : 
l'accroissement des suicides, des maladies 
mentales, des attentats aux mœurs^ des 
crimes, des divorces, de l'alcoolistoe, de la 
prostitution, etc. 

Les départements qui se dépeuplent le plus 
rapidement sont également ceux qui sont 
en tête de toutes les régressions sociales. 

Le divorce, c'est déjà ce qu'on a nommé 
Tamour libre, et cela ne va pas sans la con- 
ception libre. L'enfant est un embarras, un 
lien. Celui-ci évité, le mariage a perdu sa 
plus simple et sa dernière raison d'être. « Le 
plaisir étant voulu et cherché pour lui-même 
sans la conséquence de progéniture, dit 



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84 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

Proudhon, le mariage devient une institution 
superflue : la vie des jeunes gens se passe 
dans une fornication stérile ; la famille s'éteint, 
et avec la famille la propriété ; le mouvement 
économique reste sans solution, et la société 
retourne à Fétat barbare. » 

La moyenne des divorces, qui était de 
i4 pour 1.000 mariages en i885-i886, de 
20 en i888, a passé à 33,5 en 1906 et à 39,8 
pour le premier semestre 1909. 

Mais 21 départements dépassent toujours 
cette moyenne. Ce sont, en majorité (14 sur 
21), ceux qui accusent ordinairement un 
excédent de décès sur les naissances. Au 
contraire, sur les 1 1 départements qui ont 
le moins de divorces, 9 ont un excédent de 
naissances. 

Du divorce facile à l'amour libre, il n'y a 
qu'un pas ; de Tamour libre à la prostitution, 
la distance est moindre encore. Elle est vite 
franchie. Dans son rapport municipal de 1904 
sur l'organisation d'une nouvelle police des 
mœurs, le conseiller municipal Turot, socia- 
liste et franc-maçon, non des moindres, et 



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LE NÉO-MALTHUSISME 85 

donc néo-malthusien, préconise les maisons 
de rendez-vous en ces termes : « Ces mai- 
sons sont très estimables, dit-il, car les 
femmes qui les fréquentent ne viennent qu'à 
certaines heures du jour ou de la soirée et, 
au dehors, elles ont une vie pareille à celle 
des autres femmes ; elles peuvent avoir une 
famille, des amis ; elles peuvent s'intéresser 
à quelque chose, s'occuper de leur ménage... 
Elles peuvent venir dans ces maisons à 
cause d'un gêne momentanée, d'une note 
pressante, d'un embarras transitoire. » 

Aussi, en quatre ans, de 1900 à 1904, à 
Paris, le nombre de ces maisons, connues de 
la police, s'est élevé de 10 à i5o. Aujour- 
d'hui, elles sont certainement plus de 3oo. 
Les journaux publient leurs adresses 
(2 francs la ligne). Et cela n'empêche point 
les trottoirs d'être envahis, de plus en plus, 
par les filles et les souteneurs. 11 faut être 
conseiller municipal pour ne pas voir que 
faciliter la prostitution occasionnelle, c'est 
recruter pour la prostitution habituelle. Et 
la propagation des maladies vénériennes ne 

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86 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

saurait être considérée comme un moyen 
d'améliorer la race. 

Le trafic de son corps est la criminalité de 
la femme. Celle de l'homme est plus vio- 
lente ; mais elle y correspond trop pour ne 
pas suivre le même développement. On sait 
avec quelle menaçante rapidité. D'après la 
dernière statistique, pour lo.ooo Français, 
on compte parmi les prévenus : 46,3 mariés, 
62,4 veufs et divorcés et 1 15,3 célibataires. 






Ce n'est pas Tordre social, il est vrai, 
mais le bonheur de l'individu qui préoccupe 
les néo-malthusiens. Montrons-leur donc que 
ce bonheur n'est que dans Tordre. « L'indi- 
vidu, en ramenant tout à soi, dit A. Dumont, 
non seulement a abouti à se détruire au lieu 
de se rendre heureux, mais il a rebuté jus- 
qu'à la tendance presque invincible de 
l'inconscient vers son expansion, il est 
devenu stérile. » 

Vérifions-le par les faits. 

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LE NÉ0-MALTHU8ISME 87 

La folie, avec une proportion de plus en 
plus considérable de lypémanie (mélancolie) 
se répand d'une manière inquiétante. En 
trente ans, le nombre des aliénés a passé de 
Bo.ooo à 94.000. Les ambitions déçues, 
l'abus des excitants, des jouissances, l'atro- 
phie de la volonté inhibitrice, l'exagéra- 
tion d'un égotisme insensé y contribuent 
beaucoup. A toutes les époques tourmen- 
tées et troublées il y a ainsi comme une 
épidémie de folie. Elle est d'ailleurs en 
rapport avec les autres maladies morales, 
qui sont aussi des aliénations sociales. Je 
n'ai sous la main qu'une statistique déjà 
ancienne de Bagehot, citée par M. Yves 
Guyot : Pour i.ooo célibataires en âge de 
mariage, dans chaque sexe, il relevait 
296 aliénés chez les hommes et 821 chez les 
femmes; pour i.ooo époux, 76 et 101 ; pour 
1.000 veufs, 174 et 188. Mais en voici une 
toute récente pour la Suisse. En 1907, on y 
comptait sur 1.000 célibataires 9 aliénés ; 
sur 1.000 époux, 7 ; sur 1.000 veufs, 18,7 ; 
enfin, sur 1.000 divorcés, 81,7. 

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88 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

En général, pour la France, ralcoolisme, la 
folio et les suicides sont plus fréquents chez 
les célibataires, les veufs, et surtout chez les 
divorcés que chez les mariés ; et parmi 
ceux-ci, moins fréquents chez ceux qui ont 
des enfants. 

La proportion des suicides est double chez 
les veufs, triple et même quadruple chez les 
divorcés. 

« J'insiste sur les suicides, écrit A. Coste 
[)arce que je constate que leur progression 
est toujours semblable à celle de la folie, du 
vice (alcoolisme, débauche), du divorce, de 
la fainéantise (vagabondage), du vol et de la 
violence (coups et blessures volontaires). Je 
n'identifie pas, bien entendu, ces différentes 
aberrations qui sont très distinctes et qui ne 
se convertissent guère Tune dans l'autre, 
mais elles me semblent toutes les manifes- 
tations diverses d'une certaine débilité céré- 
brale. — Toujours est-il que, depuis une 
cinquantaine d'années, en France, la violence 
simple contre les personnes (abstraction 
faite de la grande criminalité, qui est en 

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LE NÉO-MALTHUSISME 89 

décroissance continue) (i) a doublé \ le vola 
triplé ; le suicide a quadruplé ; le vagabon- 
dage a quintuplé. De toutes les progres- 
sions, c'est celle du suicide qui est la plus 
régulière et la plus continue, et qui semble 
marquer le phénomène le plus simple de 
TafiFaiblissement de la volonté. » 

De 1827 à i83o, on comptait en France un 
suicide par 17.698 habitants (soit 1.739) ; en 
i852, un par 9.840; en 1866, un par 7.486. 
En seize années, de 1872 à i887, le nombre 
des suicides s'accroît encore de 55 p. 1.000. 
De 5.275 en 1872, on va à 8.202 en 1887. 
En 1904, on atteint 8.876, et 9.945 en 1907. 

J'ai devant moi le classement des départe- 
ments par ordre de fécondité établi par 
Arsène Dumont et celui des suicides. Le 
témoignage est décisif : ce sont les départe- 
ment malthusiens qui ont le plus de sui- 
cides, et ce sont les plus féconds qui en ont 
le moins. 

(\) Les Principes d'une sociologie objective ont paru 
en 1899. Depuis, la grande criminalité augmente 
aussi. 



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90 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 



Reconnaissons-le, pourtant. Les néo -mal- 
thusiens ont un argument qui vaut et qui 
porte : la misère. 

Et, en effet, il y a de la souffrance exces- 
sive en bas, une souffrance souvent immé- 
ritée, une souffrance qu'on pourrait éviter en 
partie, à tout le moins lénifier. 

Dans la société dissoute, il n'y a plus 
qu'une seule puissance : l'argent. Et ses 
détenteurs, qu'aucun pouvoir ne règle, ne 
guide et ne contient plus, ne vont pas sans en 
mésuser souvent. Le prolétaire n'est plus un 
élément social organique, un coopérateur, 
mais un moyen pour s'enrichir. Ivre de son 
triomphe et de sa royauté, se croyant géante 
parce que tout était abaissé, formidablement 
puissante parce qu'aucune force ne restait, 
la bourgeoisie se persuada que la civilisation, 
l'œuvre sacrée des siècles, n'était que pour 
elle, présentement. S'étant affranchie de 
tous ses devoirs d'humanité, étalant sa 
morgue, son luxe criard, sa pourriture pes- 



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LE NÉO-MALTHUSISME 91 

tilentielle, elle s'imagina stupidement que le 
peuple ouvrier et paysan persisterait à la res- 
pecter, à l'admirer, à la servir docilement. 
La menace d'une débâcle prochaine l'effare 
ou l'abêtit, et elle ne sait ni vouloir, ni pou- 
voir. Cependant, les bacheliers-fonctionnaires 
s'agitent pour obtenir le statut qui garantira 
leur torpeur. 

Une petite feuille néo-malthusienne pu- 
bliait dernièrement cette émouvante statisti- 
que dressée par M. Bertillon : 

« Sur 1.000 personnes nées à la même 
date, restent vivantes^ en France, selon les 
classes : 

Sur Sur 

1.000 riches 1.000 pauvres 

Après 5 ans 943 665 

— iO ans 938 586 

— 20 ans 866 486 

— 30 ans 796 408 

— 40 ans 695 396 

— 50 ans 557 283 

— 60 ans 398 172 

— 70 ans 235 65 

— 80 ans 37 9 

« Plus de la moitié des pauvres a disparu à 

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92 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

20 ans; la moitié des riches disparaît de 
5o à 60 ans seulement. A 70 ans, le nombre 
des riches qui restent est plus de trois fois 
plus élevé que le nombre des pauvres. » 

Quoi qu'en préjugent ceux qui ont repro- 
duit ce tableau, Textrême richesse est moins 
propice à la vigueur physiologique qu'une 
pauvreté décente. Mais il y a aussi Textrème 
pauvreté. Il convient de faire remarquer que, 
parmi les très pauvres, beaucoup le sont 
parce que leurs parents ou eux-mêmes sont 
malingres, infirmes ou dégénérés; tandis 
que, parmi les riches, beaucoup le devien- 
nent parce que leurs parents ou eux-mêmes 
sont sains et robustes. Toutes choses éga- 
les, la mortalité doit donc être moindre ici 
que là. 

Il n'en est pas moins vrai qu'il y a des 
enfants bien constitués qui languissent et 
meurent de privations et faute de soins; que 
dans nombre de familles ouvrières, tempé- 
rantes et courageuses, un troisième ou un 
quatrième enfant survenant trop vite déter- 
mine Tindigence; que loin de trouver un 

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LE NÉO-MALTHUSISME 93 

appui, il arrive que le propriétaire refuse 
de louer un logement au trop fécond mé- 
nagé ou surcharge le loyer, que le patron 
et le commerçant même, indirectement, par 
le jeu sournois de Tindividualisme économi- 
que, exploitent la détresse de ce père de 
famille pour diminuer les salaires, majorer 
les prix des marchandises vendues à crédit. 
— Il n'en est pas moins vrai que dans les 
taudis malsains, sans air, sans soleil, sans 
feu et trop souvent sans pain, la misère tor- 
ture et tue le corps, dessèche les cœurs, 
empoisonne les âmes (i). Et cela excuse 



(1) Le capitalisme a voulu exploiter la femme. Dans 
rindustrie textile, par exemple, on compte 339.469 
femmes sur 825.000 travailleurs, près de la moitié. 
Voici ce qu'en disent MM. Léon et Maurice Bonneff 
{la Vie tragique des travailleurs) pour la région du 
Nord : 

4c L'ouvrière se marie jeune. Elle ne cesse pas d'aller 
à l'usine : sur 470 ménages ouvriers, M. le docteur 
Verhaeghe en a noté 362 où la femme continue à tra- 
vailler en « filature » ou en « tissage », soit 72,02 
p. 100 des ménages. 

« Ses grossesses successives la retiennent à peine. 
Et la famille flamande est prolifique (sur 970 familles, 



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94 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

toutes les aberrations de l'ignorance et de la 
haine, — même le néo-malthusisme. 



Mais si Ton peut excuser en passant ceux 
qui se fourvoient, ce n'est point pour les 
suivre. 

872 ont des enfants). I.e total de ces enfants s'élevant 
à 3.837, donne une moyenne de plus de 4 enfants 
par ménage, 203 familles ont eu chacune 5 à 10 en* 
fants; 55 comptent de il à 20 enfants. 

« Mais les familles sont trop pauvres pour nourrir 
tant de petits. La mortalité des enfants est considé- 
rable. Chez les enfants de filles*mères, elle atteint 60 
p. 100. Sur 168 femmes mariées, 447 ont perdu des 
enfants; le total de ces petits cadavres se monte à 240 
(pour 495 naissances)» soit 49 p. 100; 537 familles 
ont perdu ensemble 1.462 enfants (soit plus de 2 par 
famille); 110 en ont perdu de 3 à 5; 77 ont vu mourir 
de 5 à 10 de leurs enfants. 

« De quoi meurent tous ces petits? Sur 1.285,622 
(près de la moitié) sont morts de gastro-entérite et 
d'atbrepsie. Ces causes de mortalité sont consécutives 
le plus souvent au manque de soins, au défaut d'hy- 
giène alimentaire et notamment à l'allaitement artifi- 
ciel par des soigneuses ignorantes et routinières. 

« Les enfants de ces ouvriers, privés de soins mater- 
nels» meurent donc littéralement de faim et de mauvais 
traitements. 



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LE NÉO-MALTHUSISME 95 

Le paupérisme ne provient point de la 
surpopulation, en France du moins, mais 
de la désagrégation sociale. Or, le néo-mal- 
thusisme ne se soutient qu'en niant les grou- 
pes organiques : Famille, Patrie, État. C'est 
contre le prolétariat^ et de toutes manières. 

C'est le sirtravail, d'après Karl Marx, qui 
crée la « réserve », la « population de sur- 
plus », par quoi le capitalisme maintient et 
étend son exploitation de Thomme. h^ con- 
currence des travailleurs les pousse à ac- 
croître ce surtravail, qui grossit Tarmée de 

« C'est dans les ménages où la mère est forcée de 
travailler à Tusine que meurent le plu« d'enfants. Dans 
cette énorme quantité de décès, ne sont point comp- 
tés ceux des adolescents tuberculeux. » 

Le travail des femmes, quel qu'il soit d'ailleurs, est 
toujours antisocial, et donc malthusien. « Ainsi, dit 
M. Henry Qéraent, dans les professions libérales, il y 
a 70 célibataires hommes et 92 femmes pour 100 ; dans 
le commerce, 56 hommes et 69 femmes ; dans les ser- 
vices publics, 27 hommes et 58 femmes. Ces chiffres 
sont inquiétants, car ils montrent que "plus la femme 
choisit ce qu'elle croit être une situation indépendante 
dans les bureaux des diverses administrations ou 
parmi les employés de commerce, elle s'éloigne du 
mariage et de la maternité. > 



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96 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

réserve. D'où le chômage, le paupérisme. Mais 
la surpopulation humaine n'est pour presque 
rien dans ce phénomène de Tanarchie éco- 
nomique, d'ailleurs très exagéré par Tauteur 
du Capital. 

Marshall a constaté chez les ouvriers des 
Trade-Unions une tendance au malthu- 
sisme. On reconnaît là le complément de 
l'imbécile Ca canny, (va doucement), père 
du sabotage, et Tétroit empirisme de l'ou- 
vrier anglo-saxon. Mais si le syndicaliste 
français est néo-malthusien, ce n'est que par 
malentendu. Il vise plus haut que le trade- 
unioniste. Il sait déjà que le mieux-être ne 
se réalise que par une plus grande produc- 
tion et il n'ignore plus que les principales 
conditions d'une plus grande production 
sont une meilleure organisation du travail et 
une diminution des frais de production. 

La classe travailleuse ne peut rien que 
par sa force de travail et dans l'ordre. 

Les enfants imposent TefFort quand même, 
stimulent les activités, les volontés et accélè- 
rent donc le progrès sous toutes ses formes. 



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LE NÉO-MALTHUSISME 97 

Le paradis de lubricité, de gourmandise et 
de fainéantise dont on veut nous émerveiller, 
s'il se réalisait jamais, deviendrait promp- 
tement un cimetière. Le syndicaliste veut 
vivre. Il rêve aux épopées, à déployer l'hé- 
roïsme de ses énergies exaltées, aux con- 
quêtes d'humanité... 

Le machinisme exige une main-d'œuvre 
surabondante pour une plus parfaite division 
du travail; le commerce qui répand les pro- 
duits exige des moyens de transports perfec- 
tionnés, et il y faut aussi une densité de po- 
pulation que la France n'a pas encore at- 
teinte, puisque son réseau de voies ferrées, 
par exemple, est insuffisant. Là encore, la 
Belgique, la Suisse, la Grande-Bretagne, 
l'Allemagne nous dépassent, et de beaucoup. 

Le syndicalisme s'oppose essentiellement 
au néo-maltbusisme comme à lantimilita- 
risme et au sabotage. Par la suite, on verra 
quel remède il apporte à cette inquiétante 
maladie de la dépopulation française. 

Au fond, c'est pour jouir et paresser qu'on 
ne veut plus d'enfants. Mais Ton ne fait bien 

7 

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98 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

la noce qu'à la ville, on ne somnole bien, sans 
souci du lendemain, sans responsabilité, 
sans tracas, que sur un rond-de-cuir de fonc- 
tionnaire. Ainsi, nous avons la désertion 
des campagnes qui fait renchérir les vivres, 
c'est-à-dire diminue les salaires, et la fonc- 
tionnarisation à outrance qui alourdit d'au- 
tant plus les charges de la production que 
celle-ci, par la réduction constante du con- 
tingent des producteurs, est plus lente et 
plus défectueuse. 

Actuellement, la moitié de nos départe- 
ments ont moins d'habitants qu'il y a un 
siècle. Notre léger accroissement général ne 
va qu'aux grandes villes. Et c'est la campa- 
gne même, on l'entend bien, non les gros 
bourgs, qui fournit cet exode lamentable. Au 
dépeuplement physique s'ajoute une sorte de 
dépeuplement social. Proportionnellement, 
il y a moins de producteurs de pain et plus 
de « producteurs de fumier », comme Auguste 
Comte nommait les parasites. Au milieu 
du siècle, les villes ne comptaient que 
pour 9J\ p. 100 de la population. Aujourd'hui, 

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LE NÉO-MALTHUSISME 99 

la proportion est de 4^ P- loo. En 1891, 
il y avait à Paris 1.200.000 provinciaux; de- 
puis 1906, il y en a 1.900.000. 

Avec le ralentissement de la production, 
le protectionnisme s'impose. Un peuple de 
rentiers et de fonctionnaires ne peut sup- 
porter la concurrence d'un peuple de soldats 
et d'ouvriers. Le prix de la vie s'élève donc, 
de plus en plus, cependant que les frais gé- 
nérauxdel'Étatgrossissent. Nous en sommes, 
avec les dépenses des départements et des 
communes, à un budget de 5 milliards, — et 
rien ne peut arrêter cette mortelle ascen- 
sion. 

Certes, tous les budgets du monde gros- 
sissent, et parfois plus vite que celui de la 
France; mais, ailleurs, il y a un mouve- 
ment de population et de civilisation qui per- 
met de les supporter. En France, la popula- 
tion restant à peu près stationnaire, les 
charges s'alourdissent pour chacun. Notre 
dette est de 33 milliards, en y ajoutant la 
dette viagère de 42 milliards, celle de l'An- 
gleterre de 19, celle de l'Allemagne de 20. 

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100 CROÎTRE OU DISHARAÎTRE 

Nous travaillons pour nos rentiers et nos 
sinécuristes. 

Les néo-malthusiens, qui paraissent avoir 
moins de goût encore pour le service 
militaire que pour le service civil^ réflé- 
chiront peut-être à ceci que, pour tenir 
634.000 hommes sous les armes, rAllemagne 
n'a qu'un soldat sur 89 habitants, tandis 
que la France, pour 602.000 seulement, a un 
soldat sur 65 habitants. 

Dans une étude récente, publiée dans la 
Revue, M. le docteur Lowenthal a montré 
que, pour cent naissances vivantes, il y avait 
sous les armes en temps de paix : en Rus- 
sie, 20 hommes ; en Allemagne, 3o ; en Au- 
triche-Hongrie, 22 ; en Italie, 3o ; en France, 
79. L'impôt du sang est donc trois fois plus 
lourd en France que pour la moyenne des 
autres pays. 

Un des grands dangers de l'oliganthropie, 
c'est le « courant d'air », l'endosmose, c'est- 
à-dire l'invasion, d'abord pacifique, des 
étrangers, sur lequel j'aurai à revenir, 
puisque cela nous a été présenté sérieuse- 

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LE NÉO-MALTHUSISME 101 

ment comme un remède à la dépopulation. 
Remède de Gribouille, en tout cas. 

Le docteur Jules Rochard a écrit : « La 
population étrangère croît sur notre sol 
treize fois plus vite que l'élément indigène, 
de telle sorte que, si cela continue, dans 
cinquante ans, la France comptera lo millions 
d'étrangers. » 

Comment pourrait-il en être autrement 
pour un pays riche comme la France et qui 
n'a que 74 habitants par kilomètre carré, en- 
touré, envié, menacé par des pays pauvres 
qui ont à faire vivre 200 habitants et plus sur 
la même superficie, — 3oo même comme en 
Saxe. 

Sans doute, les néo-malthusiens répon- 
dront qu'il leur est indifférent que ce soient 
des Français ou des Chinois qui occupent 
notre sol. C'est prétendre qu'il leur est indif- 
férent d'être ou de n'être pas. Et cela relève 
de la médecine mentale. Le sentiment natu- 
rel delà vie, de la conservation physiologique, 
la réaction à la douleur ne se discutent point. 

D'ailleurs, les travailleurs étrangers, quand 



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102 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

les immigrés ne sont pas bonnement des 
aventuriers ou des apaches, viennent con- 
currencer les nôtres ; ils sont*célibataires, ils 
ont peu de besoins, ils n'ont pas de frais 
sociaux, ils restent en dehors des organisa- 
tions syndicales. 

La femme c émancipée » des devoirs et des 
joies du foyer et de la maternité devient aussi 
une redoutable concurrente qui avilit les 
salaires. 

Les ouvriers syndiqués Tignorent-ils ? Ne 
voient-ils point, précisément, que les salaires 
atteignent leur maximum et qu'ils participent 
mieux à la civilisation là où la population 
est plus dense, où ils sont nombreux et forte- 
ment organisés? 



Le bonheur social dépend de Tordre, le 
bien-être économique de l'intensité de la pro- 
duction. Il y faut d'abord une nombreuse po- 
pulation prolétarienne. 

D'après les néo-malthusiens, c'est dans le 



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LE NÉO-MALTHUSISME 103 

centre de l'Afrique, dans ces déserts désolés 
où l'on ne rencontre pas un habitant par ki- 
lomètre carré, que l'abondance régnerait, et 
c'est dans les nations très peuplées que la 
disette devrait sévir. Or, c'est le contraire qui 
est vrai. 

L'avenir est aux peuples féconds, — en 
hommes et en richesses. On ne l'est pas en 
richesses, d'ailleurs, si on ne Pest pas en 
hommes. 

En Amérique, les Peaux-Rouges ont été 
éliminés : il leur fallait trop d'espace pour 
subsister. 

Le progrès est l'épreuve des races : seules 
survivent celles qui montent leur volonté et 
leur génie à sa hauteur. Le repos est mortel. 
Celui qui s'arrête est renversé par les plus 
courageux. Travaille, invente, engendre, dis- 
cipline-toi, élève-toi. La terre est aux éner- 
gies qui savent la mettre en valeur. La vie 
n'est que pour ceux qui l'aiment de tout cœur. 

L'idéal humain — ô francs-maçons et néo- 
malthusiens ! — ne peut être un rêve de goret. 



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CHAPITRE IV 
LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 



D'après l'ouvrage de M. Emile Levasseur, 
la Population française^ on peut estimer la 
densité de la population française par kilo- 
mètre carré ainsi: en Gaule- barbare, 12 à 
i3 habitants ; en Gaule sous Antonin, 16 ; 
sous Charlemagne, i5ài8; en 1 3^8, 36 à 41 ; 
en i58i, 36; en 1700, 4^; en 1716, 34; en 
i77o,46,3;en i789,49,2;en 1801, 5o, g; en 
i85i,65,8;en 1872,68,2; en 1896,72,8; en 

1909^74,3- 

La gradation de ces chiffres peut faire illu- 
sion. Il leur faut un commentaire. 

D'abord, considérons le développement 
économique correspondant. Celui-ci est bien 



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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 105 

plus rapide. On s'étonnera alors qu'en près 
de six cents ans, de 1828 h igog, la densité 
de la population française n'ait pu que dou- 
bler. L'Allemagne n'y a mis que soixante ans. 
Si, en outre, Ton compare notre pays avec 
les pays qui l'entourent et qui ne le dépas- 
sent point en civilisation, on remarque com- 
bien la densité de la France (74) est inférieure 
à celle de l'Italie (110), de l'Allemagne (116), 
du Royaume-Uni (127), des Pays-Bas (15/4) 
et de la Belgique (240). 

L'accroissement si lent de notre population 
ne provient que de la diminution de la morta- 
lité et de rimmigration. Nous gardons nos 
infirmes, nos malingres, nos malades, nos 
enfants et nos vieillards, nos vicieux, nos 
faibles d'esprit et nos criminels. 

Au dix-huitième siècle, la natalité était de 
36 à 41 naissances par 1.000 habitants; au- 
jourd'hui, elle atteint péniblement 21. Avec 
12 millions d'habitants en plus, nous avons 
annuellement 200.000 naissances en moins 
qu'en 1780. 

Sans doute, la France a connu déjà des 

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106 CROÎTRE or DISPARAITRE 

périodes de dépopulation,, par exemple sous 
Charlemagne, au milieu du quatorzième 
siècle et à la fln du règne de Louis XIV. « Les 
textes connus du neuvième siècle, nous dit 
M. É. Levasseur, loin d'autoriser Topinion 
que les familles étaient nombreuses dans 
la Gaule carlovingienne sont de nature à 
nous faire croire plutôt le contraire. » El 
parlant de son temps, au début de la guerre 
de Cent ans, Pétrarque écrivait: « L'on ne 
croira pas qu'il y eut un temps où l'univers a 
été presque entièrement dépeuplé, les villes 
sans citoyens, les campagnes incultes et cou- 
vertes de cadavres. » 

Mais cette dépopulation était accidentelle. 
Elle tenait à des causes brutales : la famine, 
la guerre, le brigandage, les épidémies. Dès 
que ces causes disparaissaient, le pays se 
repeuplait rapidement. La race n'en était que 
mieux épurée, plus vigoureuse, plus intelli- 
gente et plus énergique. La volonté de vivre 
n'était pas atteinte. 

Aujourd'hui, il en est tout autrement. 
Notre dépopulation est due à une maladie 



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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 107 

sociale très grave, — et mortelle si notre in- 
souciance, notre égotisme et notre anarchie 
générale la prolongent trop longtemps. 

L'accroissement continu — mais faible et 
bien inférieur à celui des autres pays — de 
la population française signifie donc que la 
dépopulation a d'abord été sourdement qua- 
litative. 

Depuis un siècle et demi, la natalité fran- 
çaise décroît. Dans les vingtdernières années, 
elle a été même au-dessous de la mortalité : 
de 38.000 en 1890, de 10.000 en 1891, de 
20.000 en 1898, de 18.000 en 1896, de 26,000 
en igoo, de 20.000 en 1907, enfin ce déficit 
fut de 3o.ooo au moins en 1909. Cela ne 
s'était jamais produit qu'après un excès de 
mortalité, non par insuffisance de naissances, 
à la suite d'une épidémie ou d'une guerre 
meurtrière: en i854 (69.000), en i855(35-Ooo) 
en 1870 (io3.ooo), en 1871 (t^t^f^.ooo). 

Notre dépopulation n'est donc plus seule- 
ment relative et qualitative, elle est absolue 
et quantitative. Ce n'est plus seulement le 
renoncement, l'abrutissement, c'estle suicide. 



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H)S CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

Mais il est encore des Français qui veulent 
vivre, — par leurs traditions et pour leurs 
possibilités. C'est ceux-là qu'il faut instruire. 

Enfantin et Michclet assignaient à la France 
le rôle de « Christ des nations » et de « na- 
tion martyre » . M alheureusement, les crucifiés 
ne ressuscitent plus. La France ne vaudra 
pour rHumanité que si elle est d'abord vi- 
vante, saine et forte. Et son histoire pro- 
clame qu'elle peut valoir beaucoup. 

Elle est une catégorie de l'Humanité néces- 
saire. Un ramas de Germains et de Slaves, 
puis de Jaunes et de Noirs n*y suppléerait 
point. Au reste, tout un passé de gloire biffé, 
un énorme capital spirituel englouti, un ca- 
ractère humain dénaturé, avili, aboli, ce sont 
lli des puissances en moins. L*Humanité en 
serait appauvrie, affaiblie, diminuée, — et de 
sa plus exquise floraison, et du meilleur de son 
Ame. 

Longtemps, le suicide de l'individu fut 
considéré, non sans raison, comme un crime 
contre la société, pour l'exemple découra- 
geant qu'il donne, sans doute, comme pour 

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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 109 

le capital social qu'il anéantit. Avec son 
admirable sens social, TÉglise, si indulgente 
pour les fautes réparables, se refuse ici à 
toute miséricorde. De même, le suicide d'une 
nation est un crime contre l'Humanité; car 
cette nation ne s'est pas faite toute seule. 
Tout ce qu'il y a eu de beau, de grand, 
d'héroïque dans les peuples anciens a con- 
couru à la former. Ce qu'elle a reçu ainsi, 
elle en est comptable envers l'Humanité. 



Comme nous avons pris la haine du passé 
qui nous rappelle nos grandeurs et ce à quoi 
elles nous obligent, nous nous refusons à 
envisager l'avenir qui nous indique nos 
devoirs présents. D'ailleurs, on élabore de 
captieuses théories pour déguiser cette stu- 
pidité et cette lâcheté. Mais le savoir n'a pas 
d'autre fin que de prévoir pour nous per- 
mettre de pourvoir congrûment. 

D'après ce qui est, présentement, nous 
pouvons établir ce qui sera dans un siècle, 

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110 CROÎTRE OU DISPARAITRE 

demain, si nous ne secouons notre mortelle 
torpeur, si nous ne réagissons contre tous 
les ferments de décomposition que l'indivi- 
dualisme métaphysique et révolutionnaire a 
fait surgir, si enfin nous ne réinstaurons pas 
les conditions d'ordre et de progrès qui sont 
l'élément vital de toute société. 

Et voici ce qui est: 

Par périodes décennales, le coefficient de 
natalité par i.ooo habitants baisse continû- 
ment : 



1770-1780 


38 


1851-1860 


26,7 


1801-1810 


32,5 


1861-1870 


26,4 


4811-1820 


34,6 


1871-1880 


24.5 


1821-1830 


30,8 


4881-1890 


23,8 


1831-1840 


28,9 


1891-1900 


22,1 


184M850 


27,4 


1901-1908 


20,9 



En igog, il ne dépassa guère 19 et resta 
au-dessous du coefficient de mortalité. 

De 1826 à 1876, les naissances n'ont dimi- 
nué que de 5oo par an; de 1876 à 1900, de 
4.000 par an; enfin de 1900 à 1907, de 12.000 
par an. 

On voit comme la chute s'accélère* Et il 
n'y a pas d'arrêt. 



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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE Ul 

Il y a environ 1 1 millions de familles fran- 
çaises. Le sixième, soit 1.800.000 n'ont pas 
d'enfants; le quart, soit 2.900.000 n'en ont 
qu'un; un autre quart, soit 2.600.000 en ont 
deux; le cinquième seulement, soit 2.200.000 
en ont plus de trois. La moyenne est de 
deux enfants par famille. Soixante départe- 
ments ont régulièrement plus de décès que 
de naissances. 

Sans doute, on constate aussi un fléchis- 
sement chez tous les peuples européens ; mais 
il a commencé beaucoup plus tard qu'en 
France, il est bien moins rapide, et il a plu- 
tôt tendance à se ralentir encore. 

Ainsi, entre lés périodes de 1877-1879 et 
1904-1906, le coefficient de natalité a passé : 
de 44 à 36,3 en Hongrie; de 39,3 à 34 en 
Allemagne; de 38,8 à 34,8 en Autriche; de 
37 à 32,3 en Italie, de 36,4 à 3o,9 en Hol- 
lande; de 35,4a 27,4 en Angleterre; enfin de 
3i ,8 à 26,3 en Belgique. 

Mais pour tous ces pays, hormis l'Angle- 
terre et la Belgique surpeuplées, contraire- 
ment à ce qui se produit en France, la 



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112 



CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 



mortalité diminue plus vite que la natalité. Il 
en résulte que l'excédent de naissances sur 
les décès s'accroît toujours, tandis que nous 
en sommes au honteux déficit. 

De i87(>-i88o à 1906, les excédents de 
naissances sur les décès pour 1 .000 habitants 
ont passé : 



Pour la Hongrie, de 

— rAIlemagne, de 

— TAutriche, de . 

— ritalie, de . . 

— la Hollande, de. 

— TAngleterre, de 

— la Belgique, de. 

— la France, de . 



Au début du siècle, la France était au 
deuxième rang pour le chiffre de sa popula- 
tion : elle a reculé au cinquième. L'Alle- 
magne, rAutriche-Hongrie et l'Angleterre 
l'ont dépassée. Bientôt, ce sera l'Italie. 
E]n 1909 encore, il y aura eu 800.000 Alle- 
mands, 5oo. 000 Anglais, 4^0. 000 Autrichiens, 
35o.ooo Italiens en plus, et 3o.ooo à 40.000 
Français en moins. 

Depuis 1870, les territoires n'ont pas 



7,7 


à 


H,« 


13,1 


à 


U,9 


8,2 


à 


12,3 


7.5 


à 


11,1 


13.5 


à 


15,6 


14,5 


à 


12,1 


10,2 


à 


9.2 


2,9 


à 


0,7 



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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE H3 

changé, et les populations des principaux 
États européens se sont accrues ainsi en mil- 
lions : 



Allemagne, de . . 


40,8 


à 64 soit 


23,2 


Angleterre . . . 


32 


41,9 


9.9 


Autriche-Hongrie. 


37,5 


45,4 


T,9 


Italie 


26,6 


32,5 


5,9 



La population russe aurait passé de 78 à 
129 millions, soit un énorme accroissement 
de 56 millions. Dans vingt ans, il y aura 
deux Allemands pour un Français. 

En totalisant les populations des princi- 
pales puissances européennes, l'Angleterre, 
l'Allemagne, l'Autriche, et depuis son unifi- 
cation ritalie, M. Levasseur a trouvé que 
l'élément français comptait pour 38 p. 100 
sous Louis XIV, 25 p. 100 à la veille de la 
Révolution, 21 p. 100 après Waterloo, i5 
p. 100 en 1872, 12 p. 100 vingt ans après. 
Maintenant, c'est à peine 11 p. 100. Dans 
trente ans, ce sera 7 p. 100. 

Aujourd'hui, l'Allemagne a une armée 
active de 684.000 hommes bien choisis, vigou- 
reux, et la France ne peut recruter que 

8 



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114 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

Coîî.ooo soldats, en s'imposant des charges 
(écrasantes, en prenant dans le tas misérable 
des malingres, des infirmes, des tuberculeux, 
des apaches (i ). Nos effectifs n'en devront pas 
moins se réduire de Bo.ooo hommes tous les 
(juinze ans, alors que les effectifs des nations 
rivales ne cesseront de grossir. 11 est ques- 
tion d'avoir recours à nos protégés noirs, — 
et c'est bien là le pire expédient qui se puisse 
imaginer. Mais nous en sommes à préférer 
tout à Teffort. Nous en sommes au point où 
Rome fît appel aux Barbares. 

En attendant, c'est l'indiscipline et la muti- 
nerie, la propagation de toutes les tares 
physiques et morales. Qui dira les ravages 
que peuvent faii'e par contamination un 
tuberculeux et un souteneur dans une cham- 
brée ! Il en résulte que la mortalité, par 
exemple, est bien plus élevée dans l'armée 
française que dans l'armée allemande, — et 

(i) D'après le docteur Lowenthal, la proportion pour 
mille de soldats mis à la réforme a triplé depuis trente 
ans et doublé depuis dix ans. Les crimes et délits 
militaires ont augmenté de 50 p. 100 depuis dix ans. 



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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 115 

malgré toutes les précautions, les crèmes au 
chocolat, les conférences civiques et la tapa- 
geuse sollicitude de la « fée barbue » , et tous 
les bluffs. 



- * 



A grandes phrases pompeuses, et pour 
mieux nous exciter à la guerre civile dont ils 
vivent, des prophètes suspects nous annon- 
cent la pacification universelle. 

Cependant le Japon s'arme, amasse son 
trésor de guerre, la Chine s'instruit, toute la 
formidable masse des Jaunes est en efferves- 
cence. Mais pour que la menace se précise, 
il faut encore quelques années. Cela semble 
lointain. Or voici qui est plus proche pour des 
Français : l'Allemagne en est à 64 millions 
d'habitants, et son sol, d'après l'estimation 
de M. Vacher de Lapouge, n'en peut nourrir 
que 5o millions. Sa population s'est pourtant 
accrue de 910.000 unités en 1906, à peu près 
autant en 1907, en 1908. Tout ce qu'il y a de 
vrai dans Malthus est là, et c'est contre la pra- 
tique malthusienne, à tout le moins tant que 

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116 CROITRE OU DISPARAÎTRE 

l'anarchie spirituelle laissera TEurope sans 
police, sans conscience et sans direction. 

L'Allemand Rominel, dans son livre, Au 
Pays de la revanche ^ le dit avec la grâce pru- 
sienne : « Le terrain compris entre les Vosges 
et les Pyrénées n'est pas précisément fait 
pour que les 38 millions de Français y vé- 
gètent sans s'accroître, alors que loo mil- 
lions d'Allemands y pourraient si parfaite- 
ment vivre et proispérer selon la loi divine. » 
Et encore : « La politique de races est impi- 
toyable. Le moment approche où les cinq fils 
pauvres de la famille allemande, alléchés 
parles ressources et la fertilité de la France, 
viendront facilement à bout du fils unique 
de la famille française. Quand une nation 
grossissante en coudoie une plus clairsemée, 
qui, par suite, forme centre de dépression, 
il se forme un courant d'air, vulgairement 
appelé invasion, phénomène pendant lequel 
la loi et la morale sont mises provisoirement 
de côté. » 

Il y a les congrès de la paix, la Cour d'ar- 
bitrage de la Haye, la diplomatie. On nous 

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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 117 

console de notre stérilité en nous assurant 
que notre alliance avec les Slaves très féconds 
rétablit l'équilibre. Équilibre instable, sécu- 
rité précaire. Une génération qui joue ainsi 
le passé et l'avenir de l'être collectif dont elle 
n'est qu'un moment est insensée ou criminelle. 
La patrie, l'effort des siècles, les possibilités 
ne sauraient dépendre de la sottise et de la 
fourberie des diplomates. Quelque chance 
qu'on se ménage, quelque mirifique martin- 
gale dont on ait le secret, au jeu, il est in- 
faillible qu'on perde un jour. Et ici, on 
engage plus que tout, ce qui ne se peut rat- 
traper. 

Supposons même qu'à force de conces- 
sions, de patience, — voire de lâchetés, — 
nous évitions indéfiniment un dénouement 
sanglant : la France n'en disparaîtra pas 
moins. Les peuples voisins déborderont sur 
elle et la submergeront. Peu à peu, la race 
sera absorbée. Le sol restera, le nom peut- 
être; mais le sang, l'esprit, l'âme ne seront 
plus. 

J'aiparlédéjà de la dépopulation qualitative. 

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118 CROÎTIIE OU DISPARAÎTRE 

Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet. Sans 
doute, pour Tabsurde suffrage universel, 
la brute alcoolique, le dégénéré valent Tin- 
dividu sain et robuste; mais la société tient 
compte des valeurs. M. Vacher de Lapouge, 
entre autres, a indiqué les graves altérations 
anthropologiques, provenant en majeure par- 
tie d'une sélection à rebours, qui se sont pro- 
duites depuis deux ou trois siècles. Il y a là, 
peut-être, l'explication de bien des choses : 
par exemple, l'odieuse tyrannie de la crapule 
radicale, par la bassesse, la ruse vile, la sot- 
tise et que jamais le Franc n'eût pu exercer 
ni subir si longtemps. 

Cependant l'Allemagne s'emploie à ruiner 
notre industrie et notre commerce. Elle 
inonde le monde de sa vilaine pacotille. De 
1891 à 1907, son commerce extérieur a passé 
de 9 milliards à plus de 19 ; celui de la France 
de 8 à 1 1 seulement. Nous sommes au qua- 
trième rang. La prolifique Hollande nous le 
le dispute et va nous l'enlever. 

Cela n'est pas sans importance. Notre com- 
merce extérieur ne se développe pas plus que 



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LA DEPOPULATION FRANÇAISE 119 

notre population. Ce sont nos négociants, 
nos industriels, nos ouvriers qui en pâtis- 
sent, — et davantage que s'il s'agissait de 
o fr.5o de salaire en plus ou en moins. Le 
produit français, par le goût qu'il formait, 
l'art qu'il enseignait, la loyauté qu'il manifes- 
tait, faisait l'éducation du monde. Peu à peu, 
il élevait les peuples arriérés à la civilisation, 
il les affinait, les spiritualisait. Gela n'est pas 
indifférent, j'imagine, que ce soit la hideuse 
camelote et la falsification allemandes qui 
supplantent l'article français (i). 

Alors qu'il y a plus de 4 millions d'Alle- 
mands au dehors, qui sont pour la plupart 
des prospecteurs, des commis-voyageurs, il 
n'y a pas5oo.ooo Français, Les peuples nous 
oublient. Ils ne connaissent plus que les 

(1) Voici un simple fait rapporté par M. Louis Ber- 
trand, dans son livre Le Mirage oriental, après un 
voyage à Constantinople, au Caire, à Beyrouth : 

« Maintenant, les images qu'on expose aux yeux du 
populaire, ce sont des illustrations de faits divers con- 
temporains, — par exemple des épisodes de la guerre 
russo-japonaise : sujet passionnant qui excite Tenthou- 
siasme des foules musulmanes ! A Damas, je remarquai 



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120 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

comptoirs allemands et anglais, — même 
dans' nos propres colonies. 

En i85i, il y avait en France 878.500 
étrangers, soit 10, 58 pour 1000 Français. En 
1907, il y en avait i.Sso.ooo, soit 33 p. 100, 
— sans compter les métèques. Dans un demi- 
siècle, il y aura autant d'étrangers et de mé- 
tèques que d'aborigènes. 

Si pourtant, depuis vingt ans, le mouvement 
d'immigration ne paraît pas s'être plus déve- 
loppé, c'est qu'un régime d'irresponsabilité 
est toujours de mensonge. Nos maîtres ne 
se soucient que de dissimuler. Chaque degré 
de notre chute se marque par un expédient 
parlementaire. De même qu'on se prépare à 
incorporer les nègres dans notre armée qui 
fond, on a promulgué la loi du 26 juin 1889 
qui impose la qualité de Français à certaines 

fort un de ces chromos, où l'on voyait un détachement 
d'infanterie nippone culbuter des moines russes bran- 
dissant des crucifix sur le front des troupes; et j'ad- 
mirai rimpudeur- des Allemands qui fabriquent ces 
barbouillages, et qui n'éprouvent aucun scrupule à 
flatter ainsi, dans leur clientèle orientale, le fanatisme 
religieux et les passions anti-européennes. > 



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LA DEPOPULATION FRANÇAISE 121 

catégories d'étrangers résidant en France 
depuis un certain temps, sans remplir les 
charges militaires. On pousse de plus en plus 
à la naturalisation (3.ooo par an) . Ainsi , durant 
quelque dix ans, on a maintenu à peu près 
les chiffres dans les statistiques officielles, 
par là on a facilité Tinjustifiable propagande 
néo-malthusienne : on a habilement masqué 
notre dégringolade. Nous n'en avons que 
mieux dégringolé. Le mot « français » n'a 
pas créé la chose, car il y faut des siècles. 
Au surplus, les émigrés, et surtout ceux qui 
se laissent naturaliser, ne sont pas l'élite des 
autres pays. C'est pourquoi aussi, avec la 
quantité, la qualité s'abaisse toujours. 

M. Emile Macquart et, dans les Documents 
du progrès, M. le docteur Félix Regnault, 
proposent sérieusement de systématiser cet 
expédient de politicien sans scrupules en 
favorisant l'infiltration étrangère. M. Remy 
de Gourmont, qui décidément gâche une belle 
intelligence par plaisir du paradoxe, va 
jusqu'à écrire dans le Mercure de France : 
« L'invasion ne ferait peut-être pas tant de 



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122 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

mal que cela à la France. Ce n'est qu'un 
moment à passer. 11 faut que les races se 
renouvellent. » Dans le Journal des Écono- 
misleSj on soutint aussi, et gravement, cette 
thèse sophistique que l'immigration est tout 
profit pour un peuple puisqu'elle lui fournit 
gratuitement des producteurs adultes. On 
cita, à ce propos, les États-Unis, dont l'acti- 
vité intense, la prospérité seraient dues à 
l'immigration. Mais les Yankees eux-mêmes 
n'en sont pas bien persuadés, puisqu'ils 
s'efforcent maintenant, autant qu'il leur est 
possible, d'enrayer l'immigration. 

En quelques mois, on peut faire un trap- 
peur, un défricheur, un pionnier; en deux 
générations, on peut faire un citoyen de 
Chicago : un vrai Français a mis des siècles 
à se former. La bonne volonté du métèque 
et la consécration légale n y peuvent rien. 

M. le docteur Hillemand prétend que 
Pierre Laffitte a démontré historiquement, 
« par l'exemple de Rome, de la France, de 
la Prusse, etc., que plus une nation est 
mêlée physiologiquemenl, plus grande est 



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LA DEPOPULATION FRANÇAISE 123 

sa valeur sociologique, si ramalgame a été 
rendu suffisamment consistant par la pra- 
tique d'une langue commune, d'où il suit que 
l'immigration d'éléments étrangers est une 
condition favorable à la grandeur d'un peuple, 
pourvu que cette immigration ne dépasse pas, 
par son abondance et sa soudaineté, les 
facultés d'incorporation et d'assimilation du 
peuple récepteur. » 

Cette réserve s'applique à notre situation 
présente. Car il faut reconnaître que « les 
facultés d'incorporation et d'assimilation 
d'un peuple récepteur » sont d'autant moin- 
dres que sa civilisation est plus profonde, ses 
morts plus nombreux, son passé plus riche, 
et aussi qu'il est moins prolifique. 

D'ailleurs, cette sage restriction ne corrige 
qu'à moitié une grossière erreur. 



Dans son Anthropologie, M. Paul Topinard 
nous dit : < En France, où la nature est 
cependant si homogène et l'unité si complète, 



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124 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

il y a des Français, mais pas de race fran- 
çaise. On y découvre, au nord, les descen- 
dants des Belges, des Wallons et autres 
Kymris; à l'est, ceux des Germains et des 
Burgondes; à l'ouest, des Normands; au 
centre, des Celtes, qui, à l'époque même où 
leur nom a pris naissance, étaient formés 
d'étrangers d'origines diverses et d'auto- 
chtones ; au midi, enfin, des anciens Aquitains 
et des Basques, sans parler d'une foule de 
colonies, comme les Sarrasins qu'on re- 
trouve çà et là, les Tectosages qui ont laissé 
h Toulouse l'usage des déformations crâ- 
niennes, et les trafiquants qui passèrent par 
la ville phocéenne de Marseille. » 

Cela revient à dire que rien ne se crée de 
rien. On le savait. A l'origine, la race fran- 
çaise est le produit complexe d'un mélange 
ou d'une association de plusieurs races, la 
civilisation française est la résultante d'une 
combinaison d'autres civilisations. Soit. Mais 
nous savons, par toute notre histoire, que 
cette combinaison, cette association, ce mé- 
lange furent heureux. Par tout ce qu'ils ont 



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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE ]25 

donné, nous pressentons tout ce qu'ils donne- 
ront encore. Comme l'a dit M. le docteur 
Laumonnier, celte civilisation est « l'aire de 
convenance et d'adaptation optima » de cette 
race. Notre caractère propre, notre âme, 
tout ce qui nous différencie est notre raison 
d'être désormais. La petite Lorraine Colette 
Baudoche qui refuse de s'unir avec le Prus- 
sien Asmus, ce n'est pas seulement une 
Messine qui se souvient de 1870, mais encore 
une pure Française dont le sang répugne 
à s'abâtardir. 

Allemands et Français, nous sommes 
composés de trop de morts, et qui s'opposent, 
pour que nous les puissions confondre. 

Que des Allemands, en France, s'unissent 
à des femmes françaises, nous n'aurons 
même pas une race nouvelle à assimiler, à 
enraciner, nous aurons des Allemands et 
des Français. Mais il en va comme au jeu 
de hasard : inéluctablement, le plus riche 
ruinera le plus pauvre, l'Allemand prolifique 
absorbera le Français stérile. Et l'Allemagne 
même y perdra. N'étant plus stimulée par 



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126 CROItBE ou DISPARAÎTBE 

la concurrence des autres nations, et sur- 
tout de la France, elle s'amollira, elle ne main- 
tiendra plus son caractère, elle perdra aussi 
sa raison d'être. Alors l'Asie déversera sur 
l'Europe ses masses humaines affamées de 
pain, de haine et de gloire. 

Pierre Laffîtte n'a pas tenu compte de ces 
deux faits bien connus des anthropologistes : 
la dégénérescence des métis et le retour à 
l'un des types primitifs. 

Chez les métis, non seulement la mortalité 
est plus grande, la natalité moindre, parfois 
la stérilité complète (i) ; mais encore l'intel- 
ligence, la moralité, la socialité sont infé- 
rieures à chacun des types moyens des deux 
générateurs. La société métisse, c'est Haïti, 
c'est Libéria. Dans le métis de nègre et de 
blanc, oii prédomine le sang noir, Topinard 
a trouvé que la capacité cérébrale était 
moindre que chez le nègre pur. 

(1) D'après Daily, € il n'y a pas un seul cas de popu- 
lation métisse, vivant par elle-même, qui ne soit à la 
veille de disparaître par voie d'extinction ou de des- 
truction. » 



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LA DEPOPULATION FBANÇAISE 127 

L'aventurier cosmopolite, le métis social 
n'est pas un meilleur produit. Les races so- 
ciales, — et cela plus elles sont avancées en 
civilisation, c'est-à-dire caractérisées, — ne 
sauraient se confondre sans perdre toutes les 
qualités qui les distinguent et additionner les 
défauts qui leur sont communs. 

L'étranger est essentiellement parasitaire. 
Il vient vivre sur un capital que ses ascen- 
dants n'ont point contribué à créer, et pour 
en emporter ce qu'il pourra chez lui. Céliba- 
taire le plus souvent, il ne participe que fai- 
blement aux frais sociaux. Il commet plus 
de crimes. Il est moins retenu par l'opinion 
publique. Il est porté à bafouer notre idéal 
dont le sens lui échappe. Il gâte notre goût, 
il adultère notre langue, il trouble nos 
mœurs. 

Même s'il s'installe définitivement sur 
notre sol, s'il tâche à s'adapter, si Ton en 
fait un électeur, s'il en vient à aimer la terre 
hospitalière qui a accueilli sa misère, ni lui, 
ni ses enfants ne sentiront comme nous. Il 
n'adhérera que d'esprit, non de cœur. Il 



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128 CROITRE OU DISPARAÎTRE 

souhaite d'être Français, il en a compris 
Tavantage et l'honneur ; mais ses morts pro- 
testent. A l'ordinaire, sa raison les fera taire ; 
mais dans les conjonctures tragiques, où le 
sentiment l'emporte, où le sort de la patrie se 
décide, il suivra son instinct — qui, alors, se 
heurtera au nôtre. « Nous sommes de plus 
en plus gouvernés par nos morts », a dit 
Auguste Comte. Ce que nous pouvons être 
en dehors d'eux est peu de chose, — ce que 
serait un petit enfant nu, abandonné dans la 
brousse africaine. 

Si, présentement, il y a tant de trouble 
dans les esprits et dans les cœurs, c'est que 
d'autres morts se font entendre chez nous, 
et avec l'impudence qu'autorise notre scepti- 
cisme de décadence. 

<( Il n'y a point de place dans l'histoire, 
dit Arsène Dumont, pour une nation dépour- 
vue d'une puissante individualité et point 
d'individualité pour une nation formée de 
détritus par les alluvions accumulées, de 
l'immigration étrangère. Un peuple, comme 
une famille, comme une race animale, va 

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LA DEPOPULATION FRANÇAISE 129 

s'accentuant dans son genre et fortifiant ses 
caractères propres, s'il parvient à se main- 
tenir pur de mélanges pendant un grand 
nombre de générations ; mais il est évident 
qu'il ne peut repousser les apports du dehors 
que si lui-même est assez prolifique pour 
égaler la densité croissante des populations 
limitrophes. » 



On a attribué notre dépopulation à l'énorme 
consommation d'hommes jeunes et vigoureux 
faite par la Révolution, TEmpire, puis par la 
dernière guerre et la Commune. Ces héca- 
tombes n'ont pu avoir pourtant qu'une 
minime influence, puisque les femmes y 
ont échappé. Une épidémie qui les atteint 
comme les hommes a bien plus d'impor- 
tance. D'ailleurs, il s'agit de la baisse de la 
natalité, non de la mortalité, et l'on sait 
qu'après une guerre la natalité s'élève tou- 
jours. « Une nuit de Paris, comme disaient 
Condé et Napoléon, répare un jour de champ 
de bataille. )> 

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130 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

Herbert Spencer nous dit : « L'évolution 
individuelle est en antagonisme avec la dis- 
solution procréatrice. Soit à cause du déve- 
loppement plus considérable des organes qui 
concourent à la conservation de l'individu, 
soit en raison de leur plus grande com- 
plexité de structure, soit parce que leur acti- 
vité est accrue, la quantité de matériaux 
qu'ils exigent et qu'ils absorbent diminue 
d'autant la réserve des matériaux destinés à 
perpétuer la race. Et il y a lieu de croire que 
cet antagonisme entre Tindividualisation et 
la procréation se marque d'une façon toute 
particulière en ce qui concerne le système 
nerveux, à cause des dépenses particulières 
qu'exigent la formation et le jeu de ses orga- 
nes. » 

Cela peut expliquer le léger fléchissement 
de la natalité que les principales nations 
européennes accusent, non la dépopulation 
française. 

Dans le fait que, pour loo naissances de 
filles, il y en avait 107 de garçons en 1801, 
io5 en 1882-1886, 104 en 1893-1896 et io3 en 

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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE . 131 

1902-1906, c'est-à-dire que la proportion des 
garçons diminue, M. Alfred Fouillée croit 
reconnaître un signe de fatigue physiolo- 
gique. 

On sait que dans les villes naissent plus 
de filles et dans les campagnes plus de gar- 
çons ; mais cela doit être attribué surtout à 
une meilleure alimentation dans les villes. 

Au surplus, si les jeunes ménages ont sur- 
tout des garçons, si les pratiquants du self 
restraint désirent surtout un garçon et, quand 
ils ont d'abord une fille, se laissent aller plus 
volontiers à une deuxième ou à une troi- 
sième tentative, encore que ce désir soit 
rarement plus vif que celui d'éviter les 
soucis, les devoirs et les charges de la 
parenté, on ne saurait vraiment en conclure 
que la diminution des naissances masculines 
témoigne d'un affaiblissement physiologique. 
La fatigue apparaît plutôt dans les villes, et 
elle est bien plus un effet de la dépopulation — 
j'entends de la maladie morale dont la dépo- 
pulation relève — qu'une cause. Elle tient à 
l'arrivisme, à la vanité, à l'égoïsme exacerbé, 

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ISS CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

à l'abus des jouissances physiques, et c'est 
pour mieux s'y livrer qu'on ne veut plus 
d'enfants. C'est le même individualisme dis- 
solvant qui pousse le paysan vers les villes 
et les ménages à être inféconds. Quand on se 
déracine, le plus souvent on se désolidarise, 
on se désocialise. 

En somme, les Français ont un premier 
enfant aussi souvent que les autres. « C'est 
à partir du second et des suivants qu'on con- 
state les abstentions », nous dit M. Levasseur. 
Fréquemment, les familles qui perdent un 
enfant s'empressent de s'en donner un autre 
l'année suivante. U y a aussi les « petits ravi- 
sés » dont nous entretient M. Paul Bureau, 
et qui sont parfois l'importune conséquence 
d'un accident d'hygiène. La pelure d'oignon, 
dont parlait quelque gente dame du dix- 
huitième siècle, se crève parfois. 

Les Français, transportés dans un milieu 
favorable, sont suffisamment féconds, comme 
en Algérie, excessivement, comme au Ca- 
nada. Il y a là 46 naissances pour i .000 habi- 
tants, au lieu de 20 en France. Onze mille 

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LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 133 

Normands ont produit un million et demi 
d'habitants, deux millions si Ton compte les 
émigrés aux États-Unis. En 1768, quand 
Louis XV céda aux Anglais ces « quelques 
arpents de neige », ils n'étaient encore que 
63.000. La moyenne des enfants est de 7 à 8 
dans les ménages de souche anglaise et de 
12 dans les ménages de souche française. 

Notre dépopulation est donc bien volon- 
taire. On a relevé plus de soixante motifs qui 
déterminent les Français à n'avoir pas d'en- 
fants. Le mal est certain. Il est mortel. Quel 
est le remède ? On l'indique d'un mot : l'ordre. 
Mais il faut préciser. 



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CHAPITRE V 

LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION 
FRANÇAISE 



Un fait social constaat est déterminé par 
des faits sociaux. Les antécédents physiques 
ne sont jamais que des éléments composants. 
C'est donc une grave faute de méthode que 
de s'en tenir à ceux-ci. Il vaut mieux les 
omettre, comme font les empiriques, que de 
leur supposer un rôle prépondérant. Parfois, 
les rebouteurs sont préférables aux vétéri- 
naires qui se prétendent médecins. Le plus 
chimérique socialiste est souvent moins loin 
de la réalité sociale que l'outrecuidant écono- 
miste. 

Ainsi, par exemple, un anthropologiste 

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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 135 

sera porté à donner à la dépopulation fran- 
çaise une origine biologique, et un écono- 
miste une cause mercantile. C'est trancher 
du supérieur par l'inférieur, du complexe 
par le simple, du tout par la partie. 

On a vu d'où provient la fatigue physio- 
logique dont quelques indices apparaissent 
dans les villes. II en est de même pour toutes 
les soi-disant causes biologiques qui se 
peuvent relever. 

Sans doute, il y a une stérilité involon- 
taire. Sur 11 millions de familles françai- 
ses, 1.800.000 sont sans enfants. Les pro- 
fesseurs Pinard et Richet estiment que la 
majeure partie, soit plus d'un million, doivent 
leur impuissance aux maladies vénériennes 
contractées dans la jeunesse par un des con- 
joints, surtout par l'homme. Mais la stérilité 
complète est aussi fréquente à l'étranger. Le 
professeur Neisser, de Breslau, déclare que 
4o à 5op. 100 des mariages stériles doivent 
leur stérilité à des affections gonorrhéïques. 
Noeggerath nous assure que, sur i.ooo hom- 
mes mariés à Nev^-York, 800 sont ou ont été 

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136 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

atteints de gonorrhée. La Russie, notamment, 
qui a le plus fort taux des naissances en 
Europe (48 p. i.ooo), a bien plus d'avariés 
que la France. 

Au surplus, s'il cessait d'être exact que 
les Français ont un premier enfant aussi 
souvent que les autres et qu'on dût l'impu- 
ter à la propagation des maladies vénérien- 
nes, il resterait à creuser encore pour trou- 
ver les racines sociales de cette impure 
floraison. Qu'elle s'épanouisse surtout dans 
les grandes villes, cela ne laisse point d'être 
significatif. 

En 1896, le docteur Ganu affirmait que 
« l'ovariotomiea fait plus de mal à la France 
en dix ans que les balles en 1870 ». D'après 
lui, il y avait alors Soo.ooo Françaises sans 
ovaires. L'ovariotomie strictement thérapeu- 
tique serait pourtant rarement indiquée. 
Mais les femmes qui sollicitent, paraît-il, 
cette opération et les chirurgiens qui les 
opèrent savent ce qu'ils veulent. Et ce qu'ils 
veulent, s'ils ne l'obtiennent point de cette ma- 
nière, ce sera d'une autre, non moins nocive. 



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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 137 

M. Vacher de Lapouge s'écarte autant de 
la méthode positive quand il écrit : « Le 
rôle de la volonté proprement dite est encore 
moindre qu'il ne paraît. C'est qu'en réalité 
cette apparente volonté est la conséquence 
d'un rétrécissement ou d'une perte complète 
de l'instinct de la paternité, et surtout de la 
maternité, et je regarde cette perte comme 
une conséquence du conflit des hérédités 
mentales. L'indifférence de l'avenir, le peu 
de souci de laisser des enfants, la dysgéné- 
sie réelle paraissent des syndromes com- 
muns de cet état neutre qui chez les races 
métissées précède immédiatement la dislo- 
cation. L'instinct le plus nécessaire à l'es- 
pèce, le plus primordial, le plus loin hérité 
se trouve tellement affaibli qu'il est mis en 
échec par des considérations de l'ordre le 
plus misérable, et cet affaiblissement a une 
importance qui dépasse de beaucoup celle 
des causes occasionnelles, * 

Il est douteux que le métissage en France 
ait déjà l'énorme importance que lui accorde 
ce savant. Le prouverait-on dûment qu'il 

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138 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

faudrait remonter aux sources sociales de 
tout ce qui nous entraîne contre notre cou- 
rant naturel, contre Tinstinct de vivre et de 
se développer. J'ai déjà fait remarquer que 
ce phénomène collectif est de même nature 
que le suicide. Or le suicide est propre à 
rhomme, animal social. 

On a soutenu que la population croît cha- 
que fois que le rapport entre les ressources et 
les besoins augmente, et décroît s'il diminue. 
Cela n'est vrai que si Ton entend bien que 
les ressources dépendent de l'organisation 
sociale et les besoins de l'éducation sociale. 
Si l'on ne donne à cette formule vague qu'un 
sens économique, on se trompe encore. 
M.YvesGuyota écrit : « Toutes les causes 
qui peuvent raréfier le travail, par conséquent 
abaisser le salaire, provoquer le chômage, 
rendre la vie matérielle plus onéreuse, gre- 
ver d'une cherté factice les objets d'alimenta- 
tion indispensables, constituent des obsta- 
cles économiques au développement de la 
population. » La logique économique ne vaut 
que pour les choses économiques. Dans les 

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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 189 

questions sociales, qui les dominent, cette 
logique nous fourvoie. Le prix des subsistan- 
ces, le taux des salaires, la misère peuvent 
influer sur la mortalité, non sur la natalité. 
Or la mortalité n'est pas en jeu. Au reste, ce 
sont les plus pauvres qui ont le plus d'en- 
fants. 

Des socialistes s'en prennent au machi- 
nisme, qui remplace les hommes. Mais les 
départements qui ont encore un excédent de 
naissances sont précisément ceux où le ma- 
chinisme est le plus développé, le Nord et le 
Pas-de-Calais, par exemple. La machine, au 
contraire, surexcite l'activité industrielle, et 
donc nécessite une main-d'œuvre de plus 
en plus nombreuse. D'ailleurs, les pays de 
grande industrie comme la Belgique, l'Alle- 
magne, l'Angleterre ne se dépeuplent point. 



La mortalité, ai-je dit, n'est pas en cause. 
Elle diminue en France comme dans les 
autres pays. Elle était de 26,2 pour 1.000 

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140 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

habitants en 1806-1810, de 28,2 en 1841- 
i85o et de 22 en 1881-1890. En 1906, elle 
citait de 1 4,8 en Hollande, 18, 2 en Allemagne, 
22,5 en Autriche, i5,6 en Grande-Bretagne, 
20,8 en Italie, 34,7 en Russie et 19,9 en 
France. 

Elle serait bien moindre pour nous, s'il n'y 
avait encore une trop forte mortinatalité de 
1 p. 1.000 habitants ou de 9,4 p. 100 enfants 
nés vivants (au lieu de 6,1 en Angleterre, 
0,7 en Allemagne, 7,9 en Italie), et si le cin- 
quième de nos bébés, soit 170.000, ne mou- 
raient point avant deux ans. La loi Théophile 
Houssel,qui interdit aux mères d'être nour- 
rices au sein tant que leur propre enfant n'a 
pas sept mois, a fait beaucoup. Elle ferait 
plus encore si elle était mieux appliquée. On 
sait ce que fut l'industrie abominable des rem- 
plaçantes. Sous l'Empire, le docteur Le Bon 
disait que cette industrie faisait « plus de vic- 
times que n'en font la guerre, le choléra et tous 
les fléaux réunis ». Certaines remplaçantes 
se chargeaient de sept nourrissons. Brochard 
put citer deux communes du département 



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LES FACTEURS DE LA DEPOPULATION FRANÇAISE 141 

d'Eure-et-Loir d'où aucune de ces petites 
victimes ne revenait. Et ces nourrices-là 
étaient très recherchées. Là-dessus, un haut 
fonctionnaire répliquait : « II y aura tou- 
jours trop d'enfants ! » Un maire avouait : « Je 
sais que ces enfants sont voués à la mort; 
mais c'est le bien-être de ma commune! » 
Cela n'empêche point M. le professeur 
Debove, qui s'en tient à un détail, de dire de 
la loi Roussel : « Indiscutablement, cette 
loi est excellente, mais certainement aussi 
elle a eu pour effet de restreindre le nombre 
des naissances. Dans les pays à nourrices, 
celles-ci se font rares. C'est que la jeune 
mère n'est plus pour sa famille et son mari 
un « placement de rapport ». Ce n'est 
peut-être pas sentimental, mais c'est la 
vérité. » 

L'excessive mortinatalité et la mortalité des 
premiers mois, c'est encore du malthusisme. 

Ainsi, d'après M. de Foville, « la France 
est devenue plus riche en vieillards et plus 
pauvre en adolescents que tous les autres 
États européens. » 



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us CBOtTRE OU DISPARAITRE 

Sur i.ooo habitants, il y a en France 
5'U> adultes de ao à 60 ans et 127 vieillards 
de Go ans et plus ; en Italie, 485 et 96 ; en Autri- 
olu\ 478 et 74; en Angleterre, 473 et 78; en 
Allemagne» 4?^ et 78. Avant peu, pour un 
garçon de moins de vingt ans en France, il y 
en aura deux dans chacune des grandes 
puissances rivales. Nous ne renouvelons 
pas notre capital humain. 

Ce sont bien les naissances qui diminuent: 
950.000 en 1875 ; 8ao.ooo en 1904; 790.000 
en 1908 ; — r>o.ooo garçons en moins chaque 
anniV. 

Pour i.ooo femmes mariées, on compte, 
par an, •u>r> naissances en Russie, 202 en 
Allemagne, 190 en Angleterre, i85 en Italie 
et n5 en France. Sous le premier Empire, 
la moyenne des enfants par ménage était 
do quatre, bientôt elle ne sera plus que de 
deux. 

Les mariages sont aussi nombreux en 
France. Il yen avait 284.000 en i85o-i854, 
3o2.ooo en 1908-1907 et 3i6.ooo en 1908. 
L'augmentation n'est due qu'à l'accroisse- 



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LES FACTEURS DE LA DEPOPULATION FRANÇAISE 143 

ment de population d'abord et aux divorces 
maintenant. Dans tout le cours du siècle, la 
nuptialité s'est maintenue entre 7 à 8 p. 1000. 
C'est à peu près le taux de l'Allemagne, de 
la Hollande et de la Grande-Bretagne. Nous 
avons même plus de femmes mariées de i5 
à 45 ans. Nous n'avons pas plus de céliba- 
taires. 

En France, les mariages sont donc aussi 
nombreux qu'ils peuvent l'être. Peut-être 
même le sont-ils trop. La récente loi Lemire, 
en simplifiant les formalités, a facilité encore 
les unions légales ; mais, contrairement à ce 
que se proposait le naïf législateur, les nais- 
sances ne se sont pas accrues. Les vertus 
françaises n'ont pas été fortifiées par un 
texte. 

On ne se marie aussi aisément, aussi 
inconsidérément, que parce que le divorce 
s'élargit de plus en plus. En s'unissant, on 
est bien résolu à en profiter. Aussi les motifs 
les plus grossiers l'emportent. Les considé- 
rations morales qu'on ne pouvait négliger 
lorsqu'il s'agissait de s'engager pour la vie 

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144 CROITRE OU DISPARAÎTRE 

entière ne comptent plus. En douze ans, le 
nombre des divorces a doublé. Seuls, les en- 
fants restent un embarras pour les divorcés. 
Le mieux est de n'en pas avoir. 



Arsène Dumont a groupé presque tous les 
antécédents sociaux de la dépopulation fran- 
çaise sous la dénomination pittoresque, mais 
imprécise, de « capillarité sociale » . En somme, 
ce sont les diverses manifestations de la dé- 
sorganisation économique, politique, reli- 
gieuse et morale. 

Voici, d'après ce démographe, la règle de 
la capillarité sociale : « Le progrès de la na- 
talité est en raison inverse de la capillarité 
sociale. Le progrès de l'individu, soit en va- 
leur soiten jouissances, est en raison directe 
delà capillarité sociale. D'où cetteconséquence 
que le développement de la race en nombre 
est en raison inverse du développement 
individuel en valeur ou en jouissances. Plus 
un foyer de culture est lumineux, plus il exerce 



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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 145 

d'attraction, et plus il exerce d'attraction plus 
il est lumineux. C'est « uneffetqui s'augmente 
par son effet même ». Plus l'attraction exer- 
cée est considérable, plus ceux qui la subis- 
sent sont rapidement consumés au foyer. Le 
plébéien met le but plus haut que le fils de 
l'aristocrate. Il est aussi plus âpre à la jouis- 
sance, quand il se tourne de ce côté. La 
démocratie se trouve ainsi représenter la 
viriculture intensive, comme à l'extrême 
opposé le régime des castes représente la 
viriculture extensive. » 

Mais la viriculture intensive a pour condi- 
tion la viriculture extensive. Le sangs^épuise 
comme le sol quand on ne le nourrit pas et 
qu'on le surmène. Si donc la capillarité so- 
ciale est inhérente à la démocratie, il faut se 
résoudre à condamner la démocratie. 

La capillarité sociale, c'est le désarroi, — 
chez les individus et dans la société : chez 
les individus, qui aspirent à être ou paraître 
plus qu'ils ne sont, non à se perfectionner 
dans ce qu'ils sont, on l'entend bien, mais à 
être ce qu'ils ne sont pas, à se montrer autres, 

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146 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

comme Mme Bovary ; dans la société, qui 
n'a plus de quais, plus de cadres, qui n'or- 
donne plus, qui ne se défend plus contre la 
décomposition. Sans doute, comme Ta dit 
Arsène Dumont, « tout homme tend à s'éle- 
ver des fonctions inférieures de la société à 
celles qui sont au-dessus ». Tant qu'elle est 
sagement canalisée, cette ambition est légi- 
time, elle stimule les énergies ; mais si elle 
inonde au lieu d'irriguer, si elle n'est que 
l'explosion d'un individualisme exaspéré, elle 
est funeste, elle est mortelle. 

11 n'est pas donné au commun des hommes 
de s'élever par leurs propres moyens. Quand 
on se désorbite de la solidarité et de la con- 
tinuité, on n'est plus qu'un passant égaré, 
une épave flottante dans le chaos. Le génie 
seul peut être égotiste, et donc excentrique, 
parce qu'il est l'expression synthétique d'un 
moment social. Il porte en soi-même son 
centre d'attraction. Proprement, il est divin. 
C'est un Moïse, un Confucius, un Aristote, 
un saint Paul, un Mahomet, un Comte. Il y 
en a un par millénaire, et l'Humanité n'en 

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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 147 

supporterait pas plus. Le génie incomplet, 
raté est un monstre, parfois criminel. 

Après la France, ce sont deux grands États 
démocratiques qui accusent la baisse la plus 
rapide de la natalité: les États-Unis et l'Aus- 
tralasie. 

Cela donne à réfléchir. Mais notre démo- 
cratie reste à organiser. « Si la capillarité 
sociale nie famille et forte natalité, écrit Du- 
mont, réciproquement une forte organisation 
de la famille niera la capillarité sociale ou 
du moins s'opposera à ses mauvais effets sur 
Tindividu et sur la race. » On en peut dire 
autant de tous les groupes organiques : cor- 
porations, classes, régions, églises, etc.. Ce 
n'est pas la démocratie, c'est le délire méta- 
physique et révolutionnaire quia dissous les 
libertés vitales, confondu les catégories orga- 
niques, et qui n'a plus laissé subsister qu'un 
seul titre de valeur sociale, que chacun pou- 
vait espérer acquérir, et par les pires moyens : 
l'argent. 

Tout s'y rapporte et s'y mesure ; mais ce 
n'est pas pour ordonner ni pour élever. 



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148 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

Il n'y a pas de progrès sans ordre. L'anar- 
chie ne va qu'avec la sauvagerie. Quand elle 
n'en émane pas, elle la ramène. Dans une civi- 
lisation, elle est donc mortelle, et d'autant 
plus que la civilisation est plus avancée. C'est 
pourquoi la France dissociée ne se perpétuera 
plus bientôt que par ses sauvages, ses misé- 
rables, ses incultes, ses brutes, ses tarés et 
ses retardés. Et ainsi se découvre le sens 
émouvant d'un fait maintes fois constaté, 
mais toujours mal défini : à savoir que la 
pauvreté, l'ignorance et la grossièreté coïn- 
cident toujours, « au moins en France », dit 
A. Dumont, avec une forte natalité ; tandis que 
Paisance, l'instruction, la délicatesse, « tout 
ce qui constitue la civilisation », accompa- 
gnent la stérilité. 



Sans assise et sans norme, c'est en vain 
qu'on chercherait à s'organiser et à s'amé- 
liorer. 

Aussi ne se propose-t-on plus que de jouir. 



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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 149 

L'héroïsme avec lequel on s'y applique est 
touchant. Tenons le riche, qui n'est que le 
riche, c'est-à-dire le producteur de fumier, 
pour plus pitoyable que le dernier des gueux, 
des « las d'aller ». 

Rien ne pouvant plus nous faire conver- 
ger vers quelque but qui nous dépasse et 
nous survive, on rapporte tout à soi. A quoi 
bon alors des descendants? Quelle œuvre 
auraient-ils à continuer? quels souvenirs 
auraient-ils à conserver et à transmettre ? Le 
plus sûr moyen d'échapper au dur jugement 
de la postérité, c'est de tuer les générations 
futures, à tout le moins de les pourrir. 

L'individualisme dénature comme il déso- 
cialise : il désexue, il déclasse, il déracine» 
il dévoie, il déforme. 

D'après M. L. March, « la France est le 
pays où les industries féminines ont pris le 
plus grand développement ». Dans l'indu- 
strie, chez nous, il y a deux fois plus de femmes 
employées (5i pour loo hommes) qu'en Alle- 
magne, en Angleterreet aux États-Unis (25). 
On sait que le travail au dehors, en commun, 

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150 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

provoque une démoralisation profonde de la 
femme, démoralisation propice au néo-mal- 
thusisme, à la prostitution et à la propaga- 
tion des maladies vénériennes. Le nombre 
des prostituées s'accroît progressivement 
avec celui des ouvrières. En outre, Tenfant 
est un terrible embarras pour la femme qui 
travaille. Si Tenfant survient pourtant, en 
dépit des parents, malgré Tanémie, les fa- 
tigues de la mère, exerçant durant la gesta- 
tion un métier souvent malsain, dans un ate- 
lier ou un magasin sans air et sans jour, il 
mourra, deux fois sur trois, dans les premiers 
mois. S'il survit, le plus souvent, il restera 
chétif ou infirme. 

M. le professeur Debove indiquait derniè- 
rement, comme une des causes importantes 
de la dépopulation, les lois sur le travail des 
femmes et des enfants et sur la scolarité : 
l'enfant ne pouvant plus être exploité devient 
une charge au lieu de rapporter, et Ton n'en 
veut plus. Mais la chute de la natalité fran- 
çaise a commencé bien avant l'application de 
ces lois. On pourrait dire plus justement 

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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 151 

qu'elle a son origine dans Tindividualisme 
économique qui a pris son essor après la 
Révolution, qui a permis Texploitation de la 
femme et de l'enfant, en désorganisant le 
prolétariat, en détruisant la famille, les cor- 
porations, tous les groupes sociaux. 

Ce sont les départements où des conditions 
économiques rigoureuses maintiennent un 
certain classement, c'est-à-dire reforment un 
prolétariat agricole ou industriel, qui ne se 
dépeuplent point. 

Mais résultant de forces brutales, inhu- 
maines, la fécondité de ces travailleurs 
aggrave leur misère et permet qu'on les ex- 
ploite plus encore. La mortinatalité est exces- 
sive. La race dégénère. Le déchet est consi- 
dérable. Et d'autant plus que cette population 
n'échappe point à l'individualisme moral qui 
l'entraîne à la débauche et à l'ivrognerie. 
On n'a pas les vices et les insanités qu'on 
veut. 

En Suède, Gerhard Westfeld a observé 
que le chiffre des naissances masculines di- 
minue parallèlement à l'augmentation de la 

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152 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

consommation alcoolique dans ce pays. « On 
peut en dire autant, ou à peu près, hélas ! 
de notre Normandie », ajoute le docteur 
E. Monin. 

Mais il ne faut pas trop se hâter de con- 
clure. La Bretagne prolifique s'intoxique 
autant pour le moins que la Normandie qui 
se dépeuple. En quarante ans, de i856 à 1906, 
Taccroissement de la population, qui a été 
de 8,83 p. 100 pour la France entière, 
s'élève à 14, 77 pour la seule Bretagne. Aux 
États-Unis, la natalité n'est guère supérieure 
à la nôtre. Dans certains États, elle y est 
même inférieure, et c'est précisément dans 
ceux-ci que la vente de l'alcool est prohibée. 

En France, l'ivrognerie favorise certaine- 
ment la fécondité, ce qui est, d'ailleurs, dé- 
plorable. 

Utilisant les travaux démographiques de 
Dumont, M. le docteur Félix Regnault écrit 
dans les Documents du progrès : « Le pro- 
létariat industriel est fécond. L'ouvrier vit 
insouciant, il vit au jour le jour. Il accepte 
les enfants qui ne lui occasionnent pas un 



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LES FACTEURS DE LA DEPOPULATION FRANÇAISE 153 

grand surcroît de dépenses. Il suffit d'éle- 
ver une usine dans une commune pour voir 
la natalité de celle-ci s'élever. Dans les pre- 
mières décades du dix-neuvième siècle, le 
canton de Lillebonne (Seine-Inférieure) avait 
une natalité très faible. Les tisserands à domi- 
cile formaient la majorité de la population ; 
ce sont là des ouvriers, mais un genre d'ou- 
vriers qui possèdent les qualités paysannes, 
qui sont économes, rangés, casaniers, pré- 
voyants, peu féconds. Quand se furent fon- 
dées les grandes usines de tissage et les 
grandes filatures dont chaque jour 5oo 
ou 600 ouvriers franchissent le seuil, la 
natalité doubla, atteignit le chiffre énorme 
de 40 p. 1.000... Le prolétariat agricole est, 
lui aussi, fécond. Dans le canton d'Isigny 
(Calvados), la constitution d'un prolétariat 
agricole amena le relèvement d'une natalité 
auparavant très faible et produisit une natalité 
naturelle la plus élevée que l'on connaisse, 
au point que ce canton forme, au milieu de 
la Normandie, une exception démographi- 
que. » 



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154 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

L'influence économique de l'industria- 
lisme, ici, n'est pas beaucoup plus im- 
portante que rinfluence physiologique de 
l'alcoolisme. M. L. March a constaté 
que « les départements où la natalité a 
le moins diminué sont moyennement des 
départements de grande culture ou de grande 
industrie. La natalité paraît avoir surtout 
baissé dans les régions de petite culture ou 
de petite industrie. » Je le répète, cela ne 
tient nullement au genre de travail, à sa rému- 
nération, mais uniment à ce que de grandes 
forces économiques concentrées, comme 
toutes les forces, rétablissent un certain 
ordre. 

L'ouvrier d'une grande entreprise ne pré- 
tend point à diriger, il reste dans son corps, 
parfois même il tente de s'y fortifier par le 
syndicat, il se relie, il ne perd pas la saine 
et heureuse insouciance qui convient à sa 
fonction productrice. A cet égard, l'indivi- 
dualisme révolutionnaire ne Ta pas conta- 
miné. Ni les inquiétudes d'une responsabilité 
d'administration, ni la fièvre de l'ambition 



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LES FACTEURS DE LA DEPOPULATION FRANÇAIS: 155 

ne le détournent de se reproduire. Si tout 
notre parlementarisme ne s'employait à di- 
viser le prolétariat et à l'abrutir, c'est par ce 
prolétariat que se reconstituerait la société 
française. 

Aujourd'hui, être fort, être grand, c'est être 
riche. Valoir, c'est posséder tant. C'est d'un 
temps où l'argent est l'universel mètre des 
choses et des gens que de ne donner plus 
qu'une acception pécuniaire aux mots « va- 
leurs » et « biens ». 

L'épargne est le plus honnête moyen de 
valoir ainsi, et c'est parfois de l'assassina t. Ce- 
pendant qu'ils préconisaient le malthusisme, 
les économistes n'ont jamais manqué de re- 
commander l'épargne au populaire. Ces deux 
« prévoyances > antisociales sont de même 
sorte. Aussi notre régime parlementaire, qui 
nepeutsupporter aucune association d'intérêt 
social ou d'idéal moral, n'a pas assez de solli- 
citude pour les sociétés d'épargne, et Técole 
laïque enseigne surtout aux pauvres marmots 
qu'un sou est un sou, et qu'en se privant cha- 
que semaine d'un sucre d'orge, d'une image. 



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166 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

si beaucoup de leurs petits camarades péris- 
sent, à vingt ans ils posséderont deux à trois 
cents francs pour aller faire la noce à la 
ville. 

M. de Foville le dit en excellents termes : 
« A tous les degrés de Téchelle sociale sévit 
Vauri sacra fames^ et grands et petits aiment 
mieux faire des économies que de faire 
des enfants. Et l'État n'encourage que trop 
cette préférence. L'État est prodigue, lui; 
mais pour pouvoir Têtre, il veut que nous 
ne le soyons pas. Aux moutards qui vien- 
nent user leurs culottes sur les bancs de 
Técole primaire, l'instituteur ne parle plus 
du Dieu devant lequel leurs parents s'age- 
nouillaient; mais il leur par le, en termes émus^ 
de la Caisse d'Épargne, notamment de la 
Caisse scolaire. » Ainsi, le capital déposé 
aux caisses d'épargne a passé de 1.280 mil- 
lions en 1880 à 4-981 millions en 1908. Il y 
avait 4 déposants par 1.000 habitants en 
x835, 34 en 1860, io4 en 1880, i85 en 1900, 
198 en 1907. 
Dans la Réforme sociale^ je trouve un 

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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 157 

document décisif. En Allemagne, Mom- 
bert a examiné 78 territoires de l'Em- 
pire en les classant d'après leur degré de 
fécondité et en recherchant dans chacun 
d'eux le nombre de livrets de Caisse d'épar- 
gne par 1.000 habitants. Voici les résultats 
de son enquête : 



Moyenne de fécondité 
pari. 000 femmes mariées 


Livrets de Caisse 
d'épargne par 1.000 habitants 


386 


140 


333 


206 


297 


264 


362 


324 


230 


331 



L'épargne inspire de bas calculs, désoli- 
darise, stérilise, et elle ne peut plus être 
le fonds d'une famille, la fondation d'un 
capital utile. A chaque génération, notre 
régime successoral en fait de la poussière* 

On a remarqué que les pêcheurs ont beau- 
coup d'enfants parce que la mer ne se par- 
tage point. 

En condamnant l'indivision au nom d'un 
principe abstrait, les légiste sont cru redres- 
ser la nature et la société. Tous les enfants 



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158 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

égaux devant ce qu'il y a de plus sacré dé- 
sormais après soi-même : Targent. Chacun 
a (( droit » à son morceau, — et tant pis pour 
le groupe familial s'il se désagrège, pour la 
production nationale si elle en souffre. Au 
nom do Tégalité, il faut que chacun ait son 
« dû ». 11 faut surtout qu'aucune force sociale 
ne s'oppose plus à la piraterie politicienne 
et financière. 

Mais la nature et la société ne se laissent 
point manier ainsi. La loi se tourne. Pour 
préserver sa terre d^un destructeur émiette- 

ent, la famille rurale eut tout de même 
son <( aîné », — en évitant les « cadets ». 

Mais la loi tyrannique et rétrograde n'a 
pas seulement pour conséquence désastreuse 
de priver la population française de tous les 
« cadets i> qui ne viennent point fragmenter, 
ruiner le domaine patrimonial. Quand par 
accident, ignorance ou imprévoyance, il y a 
néanmoins pluralité d'enfants, ceux-ci n'ont 
plus le cœur de peiner sur un maigre lopin 
viager. Pour le « citoyen » qui a ses « droits f , 
la ville présente plus d'attraits. 



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LES FACTEURS DE L.\ DEPOPULATION FRANÇAISE 169 



Issu de l'anarchie, le parlementarisme 
doit l'entretenir. Pour s'épanouir, il lui faut 
Taggraver. Toute force sociale lui es-t con- 
traire. Il ne peut supporter rien de ce qui 
s'agrège et de ce qui dure. Aussi sa législa- 
tion pulvérise et interrompt. Elle ne connaît 
que le passant, l'individu. Si, néanmoins, 
l'instinct social et la santé morale résistent 
à sa contre-éducation et à sa malfaisante 
contrainte, elle les moleste et les rançonne de 
toutes manières. 

Ainsi, ceux qui se marient sont surchar- 
gés. Pour chaque enfant qui survient en- 
suite, le ménage encourt une pénalité savam- 
ment graduée. Le père de famille est le con- 
tribuable à merci. Il offre de la prise et il se 
défend mal. Il a un fonds, il est stable, il 
est timide. Par contre, notre système d'im- 
position, notre individualisme économique 
instituent de véritables primes au vagabon- 
dage, au célibat, à la stérilité, au viager, à 
tous les genres de vie parasitaire. Et chaque 



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160 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

année le rezzou de la tribu radicale-socia- 
liste devient plus audacieux et plus exigeant. 
Pour qu'il y ait encore des Français qui con- 
sentent à travailler et à enfanter, il faut que 
l'instinct social soit singulièrement vivace 
chez eux. 

Cela commence à l'école. Arsène Dumont 
a établi que, « dans un département, une forte 
proportion d'époux et d'épouses totalement 
illettrés coïncide généralement avec une nata- 
lité élevée ». Est-ce à dire que l'instruction 
soit antisociale? Non, — pas plus que le 
bien-être, l'aménité, la délicatesse des mœurs, 
etc. C'est constater, uniment, que l'enseigne- 
ment d'État est pernicieux. 

Le pouvoir temporel est inapte à l'éduca- 
tion, et l'instruction sèche ne peut que four- 
nir des sophismes pour justifier toutes les 
aberrations. Les trois quarts des Français 
lisent pour se gâter et s'abrutir. Pour le 
mieux, on ne vise qu'à faire des diplô- 
més, et les diplômes, a-t-on dit, c'est une 
lettre de change tirée sur l'État qu'il faut 
payer tôt ou tard par une place ou par une 



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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 161 

révolution. Les titres des trois volumes de 
Jacques Vinglras, par Jules Vallès, nous en 
présentent un saisissant raccourci : UEn- 
fanl^ Le Bachelier y L'Insurgé. 

L'enseignement officiel déclasse, désa- 
nime et déracine. Il ne fait que des fonction- 
naires, des journalistes et des bohèmes. 
Suivant Timpulsion qui prévaut de la pa- 
resse, de la vanité ou des appétits, le jeune 
Français n'aspire qu'à être fonctionnaire, 
littérateur ou politicien. 

Or, pour préparer un enfant à quelqu'une 
des professions libérales encombrées ou aux 
fonctions publiques, il faut dépenser de i5 
à 40.000 francs. D'autre part, pour marier 
une fille à l'un de ces messieurs, il faut lui 
constituer une dot équivalente. A ce prix, 
Tenfant est considéré comme un produit de 
grand luxe. 

Ces chiffres cités par la Réforme sociale 
sont instructifs : A Munich, en 1895, la 
population totale se composait : bourgeois, 
20,57 p. 100; ouvriers, 52,98; fonction- 
naires, 26,45. Les naissances se répartissent 

11 

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162 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

ainsi: bourgeois, 18,7: ouvriers, 65,4; fonc- 
tionnaires, 15,9. Ce qui signifie que les 
ouvriers avaient i3 p. 100 plus d'enfants, 
les bourgeois 2 p. 100 moins, et les fonction- 
naires, 11p. 100 moins qu'ils n'en devaient 
avoir proportionnellement à la part de la 
population totale qu'ils formaient. 



Le bas matérialisme qu'on prêche, l'irré- 
ligion qu'on impose ne sont pas la moindre 
partie de cette œuvre abominable de désocia- 
lisation. 

C'est au catholicisme qu'on en a surtout, 
parce que cette grande doctrine a fondé 
la civilisation occidentale et parce qu'elle 
reste l'armature de la société française. 

Mais il faut s'entendre. La religion, ici, 
n'a d'efficace que dans son sens social. Il ne 
s'agit donc point des croyances," mais de 
l'organisation positive qu'elles ont réalisées 
et qu'elles continuent à vivifier, c'est-à-dire 
de l'Église. Lorsqu'un Briand, tout mielleux, 

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LES FACTEURS DE LA DEPOPULATION FRANÇAISE 163 

tente de susciter unmouvementschismatique, 
c'est un fourbe, certes, mais non un imbé- 
cile. Il sait ce qu'il fait. Il laisserait volontiers 
les catholiques croire à la Sainte-Trinité, à 
condition qu'ils ne constituent point un État 
organique dans l'État parlementaire, un 
ordre dans l'anarchie générale. Un positi- 
viste seul peut révéler à l'Église ses vertus 
essentielles. r 

Si les pieux Bretons sont féconds, des 
départements conservateurs et dévots comme 
l'Orne donnent le détestable exemple, depuis 
plus d'un demi-siècle, des excédents de 
décès sur les naissances. D'autre part, l'ou- 
vrier des manufactures, socialiste, anticlé- 
rical, est prolifique à souhait. A Paris, les 
riches affichent plus d'attachement au culte 
que les pauvres. Eh bien, ceux-ci ont trois 
fois plus d'enfants que ceux-là ! 

Sans doute, TÉglise condamne tout ce qui 
peut déterminer l'infécondité, volontaire ou 
non; mais les statistiques ne laissent point 
d'être troublantes. Serait-ce que, des pres- 
'îriptions de leur foi, les croyants ne suivent 

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164 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

plus que ce qui s'accorde avec leurs humeurs^ 
leurs préjugés, leurs plaisirs ou leurs intérêts ? 

En Prusse, de 1875 à 1900, on trouve ce 
nombre d'enfants par mariage : entre catholi- 
ques, 5; entre protestants, 4; entre juifs, 3,7; 
entre dissidents, 3,4; mariage mixte, 3,i. 
En Suisse, dans les mariages catholiques, 
il y a 0,67 divorces p. 1000; dans les ma- 
riages protestants, 2,65; dans les mariages 
mixtes, 4»02. 

M. Henri Joly avance « qu'il est probable 
que le mariage mixte dissout à la fois et la 
religion de l'un et la religion de l'autre ; 
que le mariage mixte est un signe d'indiffé- 
rence, un acheminement au scepticisme ». 
Si le mariage mixte, en effet, est un signe 
d'indifférence souvent, il n^en est pas toujours 
ainsi. Et quand un protestant très convaincu 
s'unit à une catholique très pieuse, le ré- 
sultat est aussi fâcheux. Pourquoi, sinon 
parce que les époux réagissent l'un sur 
l'autre, se font une croyance spirituelle à 
eux, qui n'est plus ni du catholicisme, 
ni du protestantisme, individualisent leur 

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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 16S 

théologisme et peu à peu se soustraient à la 
discipline des dogmes, à la direction spiri- 
tuelle de leurs pasteurs ? 

Ce n'est pas seulement la croyance qui so- 
cialise, c'estsurtout l'organisation spirituelle, 
l'Église, la religion en un mot. Une croyance 
théologique peut être aussi insensée, aussi 
irréligieuse, aussi anarchique que la pire 
métaphysique matérialiste. Témoin le spiri- 
tisme et le déisme romantique. Quant aux 
sanctions ultra-terrestres, ce sont évidem- 
ment des croyances plus sociales que théolo- 
giques. Ceux qui se bornent à rêvasser sur 
un Dieu vague, épars dans l'Univers et assez 
discret pour ne gêner aucune divagation, 
aucun dévergondage, aucun égoïsme, et les 
belles madames qui vont à la messe pour 
exhiber leurs toilettes et tenir leur rang 
d'argent sont aussi irréligieux que le plus 
crapuleux des athées. « Il y a deux sortes 
d'athéisme, a dit Joubert : celui qui tend à 
se passer de l'idée de Dieu et celui qui tend 
à se passer de son intervention dans les 
affaires humaines. » 



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166 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

L'irréligion est donc bien un facteur d 'anar- 
chie, — et donc de dépopulation. Au fond, 
ce n'est pas aux dogmes catholiques que s'en 
prennent la brute anticléricale et le monstre 
intellectuel. Ils sont d une même inaptitude 
de l'esprit et du cœur à les comprendre. 
C'est à la règle qui contiendrait ses vaniteuses 
divagations que celui-ci en a ; c'est au frein 
moral qui limiterait son grossier égoïsme 
que celui-là en veut. Ce n'est pas le théolo- 
gisme du catholicisme qui les enrage, c'est 
son positivisme. 






A la campagne, on reste encore discipliné 
par quelques réalités vivantes. Parce que la 
collectivité se connaît, elle réagit sur les indi- 
vidus. Il y a encore une opinion publique. 

A la ville, dans le tourbillonnant chaos 
d'une foule qui se côtoie et se heurte sans 
s'organiser, on ne subit plus la pression des 
devoirs sociaux. Chacun n'est limité que par 
ses désirs, sa « conscience », — soi-même : 



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LES FACTEURS DE LA DEPOPULATION FRANÇAISE 167 

On est ce qu'on paraît, et l'argent est le meil- 
leur vernis. L'argent y est donc tout, et l'on 
en veut le plus possible, par tous les moyens, 
dont le plus honnête, ai-je dit, est la double 
prévoyance : épargne et malthusisme. Il n'y 
a encore une police que pour ceux qui en 
manquent. 

Tout concourt à la désertion des campa- 
gnes. Le dégoût des travaux agricoles chez 
un peuple qui les a tant aimés et qui doit 
tout à l'heureuse fertilité de son sol a été 
provoqué aussi par la centralisation, l'absen- 
téisme, la gabegie, les impôts qui écrasent 
de plus en plus la propriété foncière. La 
moyenne annuelle de l'impôt est de 5o francs 
par an pour l'Anglais, 62 francs pour l'Ita- 
lien, 58 francs pour l'Allemand et 99 francs 
pour le Français. Et si celui-ci est agricul- 
teur, il doit verser au fisc,4i P- 100 de son 
revenu, soit i38 francs. Dans son excellent 
ouvrage, la Dépopulation en France^ M . Henry 
Clément fait remarquer qu' « une propriété 
de famille est dévorée par le fisc et les pro- 
cédures dans un maximum d'environ quatre- 



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168 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

vingts ans ». D'autre part, les économies, les 
capitaux sont aspirés, raflés par la grande 
flibuste financière. 

Mais si Ton ne tient plus à sa fonction 
propre, si l'on ne se considère plus comme un 
agent social, si Ton veut acquérir beaucoup 
d argent, vite et sans peine, c'est pour pa- 
raître, c'est pour jouir bassement. Dans un 
État où aucune direction n'est plus éveillée, 
contenue par une responsabilité précise, tous 
les vols, tous les attentats contre la société 
sont tolérés, voire consacrés. C'est la produc- 
tion, c'est-à-dire le travail et jla terre qui 
payent. S'il s'élève des protestations, les dé- 
magogues détournent l'attention populaire 
sur quelques mirages évoqués à propos. Ce 
n'est point pour autre chose que la presse 
démagogique est stipendiée par la plouto- 
cratie. Chaque politicien dont l'ascension 
rapide surprend les naïfs a son patron à la 
Bourse. C'est un Jacques Reinach qui « fait » 
un Bouteiller. L'association de Robert Ma- 
caire et de Bertrand est ingénieuse. L'un 
ahurit le patient par sa jactance, cependant 



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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 169 

que l'autre explore les poches. Le parlemen- 
tarisme n'a pas d'autre signification. Mais 
nous aimons l'éloquence. 

Nous savons pourquoi le citadin ne veut pas 
d'enfant. On lui a suggéré, on lui a imposé, 
il s'est fait enfin une conception de la vie 
antisociale, c'est-à-dire négatrice de la soli- 
darité comme de la continuité. S'étant délié 
de sa terre et de ses morts, logiquement il se 
dégage des siens, de ses compatriotes, de la 
postérité. Désormais, il ne vivra que pour le 
présent et pour soi-même, c'est-à-dire pour 
l'illusion de rien. Ainsi, avec le sentiment 
social, s'obscurcit et s'atrophie le sens vital. 
Les grossières apparences avec quoi on s'ef- 
force de le suppléer ne duperont point long- 
temps. L'homme ne vit que par et pour les 
autres, — socialement. 



A Rome, la dépopulation s'accompagna des 
mêmes symptômes morbides de décomposi- 
tion. Auguste s'en inquiéta. Rome avait alors 



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170 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

2 raillions d'habitants ; mais les campagnes 
étaient désertes. En vain Virgile célébra les 
travaux de la terre : rien ne valait le pain et 
les spectacles démocratiques. 

M. le comte J. Imbart de la Tour écrit: 
« Le mouvement de diminution commença 
avec la Fronde, s'accentua avec l'industria- 
lisme sous Colbert, avec Louis XIV et 
Louis XV. La Touraine perd le quart de sa 
population, TAuvergne le cinquième, le Dau- 
phiné le sixième... Le Régent, pour repeu- 
pler, exempte de six années de tailles 
les soldats libérés qui défricheront les 
terres abandonnées. » Mais c'est surtout 
depuis soixante ans que le mal s'est pro- 
pagé. 

En 1801, il y avait en France trois villes au- 
dessus de 100.000 habitants, il y en a quinze 
aujourd'hui, et leurs habitants comptent 
pour un septième de la population totale. 
D'après M. RenéLavollée,au commencement 
du dix-neuvième siècle, « les trois quarts de 
la race française vivaient aux champs... 
Aujourd'hui, l'écart entre les districts ruraux 



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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE Ifl 

et les districts urbains est retourné au profit 
de ces derniers ». En 1846, la population 
urbaine ne représentait pas le quart de la 
population totale; elle en constitue aujour- 
d'hui près de la moitié (cinq douzièmes). 

Depuis 1871, 8 millions de ruraux ont 
déserté les champs. Plus d'un million et 
demi sont venus. s'échouer à Paris et dans la 
banlieue. De 1901 à 1906, la population pari- 
sienne s'est accrue de 180.000 habitants, et 
les autres grandes villes dans les mêmes 
proportions. En 1789, Paris avait 65o.ooo 
habitants; en 1840, un million; en 18H9, 
2.3oo.ooo; en 1906, 2.763.000. En un siècle, 
Toulouse et Bordeaux ont triplé le chifl're 
de leurs populations; Lyon, Marseille, Lille 
l'ont quintuplé; Le Havre Ta sextuplé ; Rou- 
baix Ta décuplé. 

Ce sont surtout les régions agricoles qui 
sont abandonnées. Où il y a une grande 
ville, l'immigration compense l'excédent des 
décès sur les naissances. En additionnant la 
population des petites communes de moins 
de 2.000 habitants, on atteint difficilement le 



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172 CROtTRE OU DISPARAÎTRE 

total de 22 millions, et, tous les ans, il faut 
abaisser ce chiffre de loo.ooo. 

Voici les chiffres cités par IM. Imbart de la 
Tour : « En 1866, il y avait en France 8 mil- 
Iionsd'habitantsurbains;eni886,i3.8oo.ooo, 
soit une augmentation de 5.3oo.ooo, tandis 
que les campagnes en perdaient 2 millions. 
En 1846 la population rurale comprenait 
75,53 p. 100 de la population totale; en i856, 
72,30; en 1866,69,54; en 1876, 67,56; en 1886, 
64, 5i ; en 1896, 60,9; eten 1906 la proportion 
est encore en décroissance (1)... En 1866, les 
professions agricoles représentaient 5i,5 p. 
100; en 1876, 5 1,4; en 1886, 47>8 en 1896, 
43,5. » 

En 1873, sur 10.000 Français, 5.270 se 
livraient à Tagricultureet 845 au commerce; 
en 1881, 5.io3 et i.o63; en 1891, 4-758 et 
1.076. 

Sans doute, comme Ta dit Adolphe Coste, 
« les villes sont, en définitive, les seuls 
organes d'entente, d'instruction et de coo- 
pération qui entretiennent et développent la 
(1) 57,9 p. 100. 



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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 173 

vie des sociétés et qui fassent passer les 
populations brutes de l'état amorphe à Tétat 
organisé > ; mais encore faut-il que leur exten- 
sion soit en rapport avec le développement 
de la population nationale et delà civilisation 
sociale. 

Ainsi, alors que la population de Paris 
doublait en un demi-siècle, celle de Londres 
triplait, celle de Vienne quadruplait, celle 
de Berlin quintuplait. Il n'y a pas à s'en 
réjouir. Si l'on constate ailleurs le même 
exode des campagnes vers les villes; si, dans 
toute l'Europe, depuis quelques années, on 
semble délaisser peu à peu l'agriculture 
pour l'industrie, — ce n'est point pour nous 
rassurer. Chaque année, l'Allemagne, par 
exemple, n'en accroît pas moins sa popu- 
lation de près d'un million. Si, en multipliant 
ainsi les bouches à nourrir, elle restreint 
sa production agricole, il est évident que 
l'impérieuse nécessité l'incitera — malgré 
M. d'Estournelles de Constant — à s'emparer 
de notre plantureuse Bourgogne. Comme 
une simple loi de dévolution n'y suffira 

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174 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

peut-être pas, elle y emploiera son artillerie. 



En France, sur 112 villes de plus de 
20.000 habitantâ» 78 ont plus de décès que 
de naissances. Si^ dans les grandes villes, il 
semble qu'on se marie plus et si les nais- 
sances paraissent plus nombreuses, il ne faut 
l'attribuer qu'à une plus grande proportion 
d'adultes parmi les immigrés. Ainsi, la 
France entière ne compterait que 610 per- 
sonnes de i5 à 59 ans pour 1.000, et Paris 
seul 728. « Si l'on compare le nombre des 
mariages à celui des mariables (18 à 60 ans), 
dit Arsène Dumont, pour 65 mariages en 
Fi ance, on n'en trouve plus que 54 à Paris. 
Pareillement, si l'on compare le nombre des 
naissances en moyenne pour 100 femmes de 
1 5 à 45 ans , on constate qu'il y a 1 o naissances 
en moyenne dans le département de la Seine, 
alors que l'on en compte de 12 à i5 dans 
l'ensemble des autres départements. » 

Dans les villes, on meurt plus tôt. U y a 
125 vieillards pour 1.000 à la campagne, et 



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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 176 

seulement 81 à Paris. La mortinatalité y est 
plus considérable, et pour tous les immigrés. 
M. Vacher de Lapougea cité cette statistique 
de Wieth Knussen qui montre une curieuse 
connexion entre la proportion d'étrangers au 
département, d'une part, et la mortinatalité 
d'autre part : 



RoBbn dt 
déptrtoaMta 


Sur 1.000 rMM- 
lés (1901) eoB- 
bin Bét dau u 
MtndépartemBt 


MoBbri dt ftB- 

mi8 nariéM di 

15 à 4S uf 


lailMOCM légi- 
tiaM, Bort-Bte 
MBprii, ponr 

ri«Ml 891-1901 


■ort-Bit pmr 
1.000 BBinaaM 


Seine 1 
1" groupe 13 

2- - 20 

3- — 18 

4- — 18 
Ô- — 17 


574 
476-230 
229-170 
169-128 
127- 88 
87- 26 


622.900 
848.400 
876.100 
852.800 
875.600 
860.200 


121 
176 
160 
167 
181 
224 


546 
445 
434 
428 
402 
382 


France 86 


196 


4.826.000 


168 


436 



Est-ce là, comme le croit M. Vacher de 
Lapouge, un facteur biologique de la dépo- 
pulation ? Non pas. J'ai dit pourquoi le Fran- 
çais coupe les racines qui l'animaient. Quand 
le foyer subsiste, quand la famille reste une 
force sociale, l'homme sait oii est le devoir, 
où le bonheur. Il aime ce qui le prolonge, le 
continue, l'élève. Quand cette cellule sociale 



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176 CROITRE OU DISPARAÎTRE 

so dissout, en eflFel, rhomme ne nous appa- 
raît plus soumis qu'aux lois de Tanimalité; 
mais nous savons d'expérience qu'il perd 
alors tous ses caractères d'humanitéetqu'il en 
meurt. Comme animal, l'homme est inférieur 
à n'importe quel fauve et il doit disparaître. 
La prostitution, qui détourne les jeunes 
gens du mariage, qui propage les maladies 
vénériennes, est d'origine urbaine, elle ne 
s'étale avec cynisme que dans les grandes 
villes. Elle en constitue aussi une attraction. 
D'après Parent-Duchâtelet, sur i.ooo pro- 
stituées, 876 seraient originaires du départe- 
ment de la Seine. Paris est le refuge de toutes 
« les jeunes bêtes sans tanière », comme dit 
Maurice Barrés. Sur les sept jeunes Lorrains 
déracinés que cet auteur nous présente, un 
péril sur l'échafaud et un autre n'y échappe 
que parce que la police des villes est mal faite. 
Et Barrés n'a pas noirci le tableau. Les trois 
quarts des quémandeurs de secours sont des 
immigrés. Sur trois délinquants arrêtés par 
la police parisienne, deux sont des provin- 
ciaux. « S'il suffit, par hypothèse, a dit 

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LES FACTEURS DE LA DÉPOPULATION FRANÇAISE 177 

A. Tarde, de trois agents pour maintenir dans 
Tordre une ville de loo.ooo âmes, n'allez pas 
croire que, pour une ville d'un million 
d'âmes, il suffise de trois cents agents. Non, 
pour que la sécurité reste égale, il en faudra 
bien davantage. Pourquoi? parce que les élé- 
ments mauvais, précédemment dispersés, qui 
se rassemblent dans un grand centre, ne s'y 
additionnent pas seulement, ils s'y multi- 
plient les uns les autres pour ainsi dire. » 

La débauche, l'extrême misère, la crimi- 
nalité, incontestablement, sont des facteurs 
de dégénérescence, — donc de dépopulation, 
— et des facteurs qui s'aggravent les uns les 
autres, et par leurs résultats mêmes. 

Pour combattre la désertion des campa- 
gnes, on parle de créer une dot terrienne, 
d'organiser le homesieady l'instruction agri- 
cole, l'enseignement ménager, de protéger, 
d'assurer le travail agricole... De même que 
la plupart des remèdes qu'on propose pour 
combattre la dépopulation française, ce sont 
des palliatifs. Il y faut plus. C'est ce qu'il 
reste à examiner. 

12 

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CHAPITRE VI 
CONTRE LA DÉPOPULATION 

I. — Les expédients. 

Le dépeuplement est l'aspect actuel, pour 
les Français, de la question delà population. 
C'est celui qui nous inquiète. Mais Tautre 
aspect, le surpeuplement mondial, n'est pas 
à négliger. N'envisager exclusivement que 
Tun ou l'autre aspect, c'est mal poser la ques- 
tion. Mauvaise condition pour la résoudre, 
et donc pour bien traiter cette grave maladie 
de la dépopulation. 

Les spécialistes démographes, à tout le 
moins, fournissent les matériaux de leurs 
statistiques ; mais les amateurs, les politi- 



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CONTRB LA DÉPOPULATION 179 

ciens, les utopistes, les scientistes, les jour- 
nalistes, les littérateurs, les philanthropes 
n'y peuvent rien entendre. Comme le dit bien 
M. le docteur Ch. Fiessinger, dans son livre 
Erreurs sociales et maladies morales^ « le 
problème de la dépopulation, abordé en sur- 
face et par ses côtés secondaires, n'aboutit 
qu'à des solutions puériles et inefficaces ». 
11 en est même de dangereuses et de no- 
cives. Si la légiféra ti on ne peut développer 
et créer la vie sociale, elle a une terrible 
puissance pour la détraquer et la détruire. 
La société, c'est l'organisation des forces 
naturelles pour les fins humaines. Toute ques- 
tion sociale est donc de constitution ou re- 
constitution. L'hygiène sociale, c'est de ré- 
gler. De même qu'une bonne hygiène fait 
maigrir les obèses et grossir les trop maigres, 
une force régulatrice pousse et retient où il 
faut. Ce qui nous guérira de la dépopulation 
présente obviera à la surpopulation future. 
Mais nous sommes si bas aujourd'hui 
qu'on ne peut repousser les plus douteux 
stimulants provisoires. Même malade, il faut 

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180 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

vivre avant tout, il faut durer. Parmi les ex- 
pédients législatifs qu'on propose, il en est 
qui ralentiront la chute de la société fran- 
çaise et lui laisseront le temps de se re- 
prendre. Malheureusement, il en est aussi 
qui ne peuvent qu'aggraver la fièvre qui 
répuise. On les reconnaîtra. On choisira. 
En tout cas, cela témoigne que tout ressort 
n'est pas brisé et qu'il se forme enfin une 
volonté de saine réaction qui s'éclairera. 

C'est un bon exercice de méthode. A l'exa- 
men, on constatera encore que rien ne sup- 
plée l'ordre. De même que les procédés 
néo-malthusiens ne retiennent que là où il 
faudrait pousser, on verra que les trucs 
l^islatifs des repopulateurs, quand ils ont 
quelque effet, ne poussent que là où il fau- 
drait plutôt retenir. 

D'ailleurs, la plupart de ces mesures, qui 
paraissent originales et ingénieuses, ont été 
éprouvées déjà. « Souvent, écrit M. Jules 
Roche, en bien des pays, pour bien des 
causes, les gouvernants eurent à s'alarmer 
du ralentissement ou de la diminution du 

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CONTRE LA DÉPOPULATION 181 

nombre des naissances et tentèrent de con- 
jurer ce péril par tous les systèmes imagi- 
nables de peine ou de récompense : jamais 
ils n'aboutirent au moindre résultat. » 

Ainsi, à Sparte, on restait soldat tant 
qu'on n'avait pas donné trois fils à la patrie. 
Les célibataires endurcis étaient fouettés par 
les femmes dans les temples d'Hercule. 

A Rome, Camille astreignit les célibataires 
à épouser les veuves des citoyens morts au 
service de la Cité. « César donna des récom- 
penses à ceux qui avaient beaucoup d'enfants, 
dit Montesquieu ; il défendit aux femmes qui 
avaient moins de quarante-cinq ans et qui 
n'avaient ni maris ni enfants de porter des 
pierreries et de se servir de litières, méthode 
excellente d'attaquer le célibat par la vanité. » / 
Auguste prescrivit de réserver les emplois 
publics aux pères de famille. Les lois cadu- 
caires, Julia et Papia Poppœa, établirent des 
incapacités, dont celle d'hériter, des charges 
pour les célibataires, les paires solitariij et 
des privilèges considérables aux familles 
nombreuses. « Ces lois furent odieuses et à 

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182 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

bon droit, dit Arsène Dumont, puisqu'elles 
étaient vexatoires et qu'elles encourageaient 
les délateurs ; mais de plus elles furent tota- 
lement inefficaces. Quand Constantin les 
abrogea, elles avaient duré trois siècles, et le 
mal qu'elles devaient empêcher avait suivi 
librement son cours. N'eussent-elles point 
été éludées par des fidéicommis, le résultat 
eût été le même. Quand le monde romain rou- 
lait à sa ruine, que pouvait cette toile d'arai- 
gnée pour arrêter une telle avalanche ! » 

Au seizième siècle, pour réprimer les in- 
fanticides trop fréquents, on prescrit de dé- 
clarer les grossesses. Au siècle suivant, le 
roi fait promulguer deux édits de Colbert, 
en novembre et en décembre 1666, le pre- 
mier qui exempte de la collecte et des autres 
charges publiques les pères de dix enfants, 
des tailles les pères de douze, et le second 
prohibant l'accroissement des communautés 
religieuses. Le premier de ces édits fut rap- 
porté en janvier i683, sans avoir donné 
aucun résultat appréciable, et le second tomba 
aussitôt en désuétude. 



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CONTRE LA DÉPOPULATION 183 



La Révolution a tout dissocié (i). Elle a 
fait de Tindividu abstrait l'unité sociale. En 
fait, c'était privilégier le célibataire et le mé- 
nage stérile. Toutes les mesures fiscales ou 
autres qu'on propose maintenant en faveur 
des familles nombreuses ne peuvent que 
restreindre très faiblement le privilège du 
célibat et de l'infécondité. Les immunités 
d'impôt, les primes ne compenseront jamais 
les charges d'une famille. 

Jusqu'ici, d'ailleurs, on a très peu fait en 
ce sens. N'est-ce point réagir? Le parle- 
mentarisme ne le permet pas. 

A Lille, — et peut-être dans quelques au- 
tres villes, — les familles ouvrières qui 
ont plus de trois enfants sont inscrites 

(4) Et c'était nécessaire pour détruire, s'il y avait à 
détruire; mais, après, il eût fallu reconstruire. L'ar- 
gent, qui ne peut être tout que par la dissolution des 
forces sociales, pour ne pas reprendre son rang su- 
balterne, pour rester tout, s'y est opposé. Mais de 
telles tyrannies ne durent pas. L'anarchie se dévore 
elle-même. 



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184 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

d'office à l'Assistance publique. Quelques Ad- 
ministrations publiques, Contributions indi- 
rectes, Douanes, Postes et Télégraphes, etc., 
allouent à leurs employés un supplément de 
traitement annuel par enfant au-dessus de 
trois (20 à DO francs). Les Compagnies de 
chemin de fer, le Crédit foncier, etc., font 
de même. Des Conseils généraux et munici- 
paux accordent de minimes subventions 
aux familles nombreuses. La loi de 1901 
sur les dévolutions successorales a rendu 
progressif le taux des droits de mutation 
par décès, le déterminant non plus d'après 
l'actif total de l'héritage, mais d'après le 
quantum des parts individuelles. La loi mi- 
litaire du 21 mars igoS spécifie que les ré- 
servistes, pères de quatre enfants vivants, 
passent de droit dans l'armée territoriale et 
les pères de six enfants vivants dans la ré- 
serve de l'armée territoriale. Enfin, à l'ar- 
ticle 94 du projet de Timpôt sur le revenu, 
adopté par la Chambre le 7 février 1907, 
une réduction de 8 francs par personne à 
sa charge — soit 0,02 par jour ! — sera 



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CONTRE LA DÉPOPULATION 186 

consentie à tout contribuable ayant un revenu 
de moins de 12.000 francs. 

Tout de même, on pourrait faire plus. Au 
moins autant qu'en Allemagne, en Autriche, 
en Suisse, pays où les nombreuses familles 
ne sont pas Texception comme en France. 
Ainsi, tout le projet de l'impôt sur le revenu, 
hormis la ridicule exonération énoncée à 
l'article 94, favorise effectivement le célibat 
et le concubinage, puisque les revenus des 
époux sont taxés au total. 

Parmi les associations qui se sont formées 
pour combattre la dépopulation française, 
il convient de citer : 

i^ La Ligue contre la mortalité infantile, 
composée surtout d'hygiénistes et de gyné- 
cologues. Elle réclame une répression plus 
énergique de l'avortement provoqué, une 
surveillance plus active des sages-femmes et 
des maisons d'accouchement. Enfin, elle 
s'applique à dénoncer aux pouvoirs publics, 
sourds et aveugles pour tout ce qui n'est pas 
profit de parti, « les funestes effets de la 
propagande par brochures, conférences, etc.. 



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186 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

en vue de prévenir les grossesses et d'en 
arrêter le développement normal ». 

2* La Ligue des pères el mères de famille 
nombreuse, fondée récemment par M. le capi- 
taine Maire, poursuit le remaniement de notre 
système d'impôt. 

3® \J Alliance nationale pour Vaccroisse- 
ment de la population française^ fondée en 
1896 par M. le docteur Jacques Bertillon, et 
qui compte 600 membres environ, a pour but 
« d'attirer l'attention de tous sur le danger 
que la dépopulation fait courir à la nation 
française et de provoquer les mesures fisca- 
les ou autres, propres à augmenter la nata- 
lité ». Et, d'après V Alliance, voici ces me- 
sures : « a) Dégrèvement des contribuables 
ayant plus de trois enfants, en chargeant les 
autres d'un impôt complémentaire inverse- 
ment proportionnel au nombre des enfants ; 
6) modification des droits de succession en 
ligne directe, en plaçant les enfants uniques 
dans la position où ils seraient s'ils avaient 
des frères ; c) modification du régime des suc- 
cessions dans le sens de la liberté; d) abré- 



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CONTRE LA DEPOPULATION 187 

viation du service militaire pour les soldats 
mariés ou pères de famille, et pour les fils 
aînés des familles de quatre enfants ; e) pré- 
férence accordée aux familles nombreuses 
par l'État, les Conseils généraux et muni- 
cipaux, ainsi que par les grandes adminis- 
trations privées pour les places et faveui's 
dont ils disposent; f) extension des mesu- 
res de protection de l'enfance. » 

La diversité des palliatifs indique assez 
qu'on ne dispose point du remède spécifique. 
Mais tant de bonne volonté rassure. On 
regrette néanmoins que, faute d'une doctrine 
sociale, cette bonne volonté ne sache s'orga- 
niser, converger et s'employer utilement. 



Les exemptions d'impôts pour les pères 
de famille nombreuse et les surcharges pour 
les célibataires ne peuvent être assez im- 
portantes pour susciter un intérêt matériel à 
se marier, à faire des enfants et à les élever; 
mais c'est évidemment un mouvement de 



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18S ClM>tTRE OU DISPARAITRE 

réaction contre l'individualisme révolution- 
naire et une atténuation de ses conséquences 
antisociales. 

En ce sêny, M. Duval-Arnould, conseiller 
municipal, a proposé de dégrever de la taxe 
mobilière, k Paris, les loyers inférieurs à 
3oo francs (au lieu de 5oo) et les loyers de 
3r>o i 1.499 francs quand le nombre des 
pièces du logement sera inférieur au nombre 
des enfants. 

M. Paul Leroy-Beaulieu conseille à l'État 
de réserver ses petits emplois pour les pères 
de famille. Mais cela ne peut que développer 
encore le fonctionnarisme qui est un des 
facteurs de la dépopulation, et les maigres 
émoluments des petits emplois, douaniers, 
cantonniers, postiers, hommes d'équipe, etc., 
ncî permettent guère d'entretenir convenable- 
ment une nombreuse famille. Quant aux 
emplois mieux rémunérés, ils sont réservés 
aux diplômés de l'Université que l'État s*est 
engagé à pourvoir afin de maintenir son 
monopole d'enseignement et aux clients qui 
soutiennent le régime. Sans l'abrutissement 



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CONTRE LA DEPOPULATION 189 

systématique et la corruption organisée, le 
parlementarisme ne tiendrait pas. 

Le projet présenté par M. Tabbé Lemirc, 
le 20 octobre 1908, qui assure aux agents de 
l'État lefi moins rétribués une allocation de 
famille en rapport avec le nombre de leurs 
enfants, est plus caractéristique. Il nous 
rappelle que Tunité sociale est vraiment la 
famille et que le juste salaire doit en tenir 
compte. C'est un scandale pour l'économie 
politique orthodoxe, mais une vérité so- 
ciale. 

En 1900, le sénateur Piot proposa un 
impôt sur les citoyens sans enfant et la ré- 
partition du produit intégral de cet impôt 
entre les familles nombreuses. M. le doc- 
teur Mangenot demande une allocation de 
1 20 francs par an et par enfant au delà de 
trois à tout ménage ne gagnant pas 1 franc 
par tête et par jour. M. Paul Leroy-Beaulieu 
va jusqu'à 5oo francs qui seraient versés aux 
parents de tout nouveau-né à partir du troi- 
sième enfant. M. Vacher de Lapouge encou- 
ragerait la maternité par un billet de loterie. 

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19<> CROITRE OU DISPARAÎTRE 

8a tombola des accouchées de l'année distri- 
buerait un gros lot d'un million de francs 
et de nombreux petits lots. Enfin, pour 
M. Charles Richet, « il n'y a qu'un remède, 
un seul et unique remède, c'est une forte 
prime accordée à la naissance de tout enfant 
qui n'est pas un premier-né ». Il faut que 
la prime soit « assez importante pour qu'il 
y ait intérêt pécuniaire à avoir beaucoup 
d'enfants ». Elle serait, par exemple, de 
5oo francs à la naissance d'un deuxième en- 
fant, i.ooo francs pour le troisième, autant 
pour les suivants, et serait touchée en deux 
parties, la première à la naissance, la seconde 
un an après, si l'enfant survit. Il y faudrait 
3oo millions par an, soit un milliard en quatre 
ans qu'on trouverait par un impôt de 25 p. i oo 
sur l'héritage des enfants uniques et de 
5o p. loo sur l'héritage collatéral. M. Charles 
Richet nous assure qu'en quatre ans nous 
obtiendrions ainsi un excédent d'un million 
de naissances. 

Tous ces expédients, dégrèvements, immu- 
nités, primes, ne peuvent agir que sur les 



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CONTRE LA DÉPOPULATION 191 

familles les plus nombreuses et les plus mi- 
sérables. Or, précisément, ce sont les autres 
qu'il faudrait déterminer à être fécondes. 
Mais là on ne peut rien ; au contraire, en les 
surchargeant, on les retient plus encore dans 
leur stérilité ou leur demi-stérilité. Toute- 
fois, les décharges d'impôt sont préférables 
aux primes. S'ils sont sans influence sur la po- 
pulation, à tout le moins ils allègent un peu les 
familles nombreuses, c'est-à-dire qu'ils adou- 
cissent, — bien peu d'ailleurs, — la lourde 
pénalité dont notre individualisme les écrase. 
Quant aux primes, à tous égards, c'est un 
lamentable expédient. Il est à remarquer 
qu'il est recommandé surtout par des scien- 
tistes. Une fois de plus, on constatera leur 
radicale inaptitude, dénoncée par Auguste 
Comte, à comprendre le social. S'est-on de- 
mandé dans quelles conditions naîtrait et 
comment serait élevé Tenfant procréé pour 
un numéro de loterie ou quelques billets de 
cent francs ? La plus haute prime prévue et 
possible est de i.ooo francs au troisième 
enfant. Accordons-la même au premier. Eh 

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192 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

bien ! l'État en aurait pour son argent. Il se 
créerait une industrie nouvelle ; mais on pré- 
voit qui s'y livrerait. L'enfant d'ouvriers ou 
de paysans honnêtes revient à plus de 
1.000 francs. On fait donc appel aux plus 
basses parties de la nation, aux plus ta- 
rées, moralement et physiquement, aux non- 
valeurs sociales, — celles-là mêmes qui 
ne sont que trop prolifiques, — et on leur 
donne mission de reproduire la race fran- 
çaise. On pourrait tout aussi bien transformer 
nos hospices, nos dépôts de mendicité, nos 
prisons et nos bagnes en haras humains, et 
cela nous coûterait moins cher. Mais pour 
nous, mieux vaudrait encore disparaître par 
extinction ou être absorbés par l'immigra- 
tion étrangère que d'être submergés par la 
boue des bas-fonds et la sanie des ulcères. 
Le rétablissement des tours, préconisé 
par MM. Paul Deschanel et Saint-Saëns, 
entre autres, soulève les mêmes objections. 
Institués en 1811, après l'interdiction delà 
recherche de la paternité, les tours multi- 
plièrent les avortements et les infanticides. 

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CONTRE LA DÉPOPULATION 193 

On les a nommés, non sans raison, des 
<r boîtes à infanticide ». En outre, la propor-^ 
tion des non-valeurs sociales, infirmes, va- 
gabonds, imbéciles, criminels, parmi les 
enfants élevés par l'Assistance publique, est 
considérable. Les tours furent définitivement 
supprimés en 1862. On ne voit pas que leur 
création ou leur suppression ait influencé le 
mouvement de la population. 

Malgré de graves inconvénients, la re- 
cherche de la paternité serait préférable. On 
sait qu'elle fut établie par un édit de Henri II, 
de février i556, qui contraignait sous pei/ie 
de mort — uniment — toute femme enceinte 
non mariée à déclarer sa grossesse. D'abord, 
le séducteur désigné devait se marier ; plus 
tard, il ne fut obligé qu'à verser une certaine 
somme à la mère et à subvenir à l'entretien 
de l'enfant. Il y eut des abus, comme pour 
tous les arrangements sociaux artificiels. La 
Convention, par la loi du 2 novembre 1798, 
restreignit donc la recherche de la paternité. 
Bonaparte ayant déclaré brutalement : « La 
société n'a pas intérêt à ce que les bâtards 

13 

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194 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

soient reconnus », le Code civil s'y conforma. 
Sous la troisième République, M. Gustave 
Rivet fit une active campagne en faveur de la 
recherche de la paternité, sans succès d'ail- 
leurs. 

Cette réforme est pourtant accomplie au 
Portugal depuis. 1867, en Espagne depuis 
1889, en Italie, dans le canton de Zurich, etc. 
En Allemagne, le nouveau Code civil admet 
sans restriction la recherche de la paternité. 
La natalité illégitime a diminué ; mais si, par 
là, les infanticides sont moins fréquents, les 
avortements paraissent s'être accrus. 

En France, il est évident que la recherche 
de la paternité abaisserait la mortalité infan- 
tile. De 1891 à 1900, pour 1.000 naissances, 
le nombre de décès a été de i54 pour les en- 
fants légitimes et de 265 pour les enfants na- 
turels. En Suisse, dans les cantons où la 
recherche de la paternité est admise, la mor- 
talité des enfants illégitimes est moindre que 
dans les cantons où elle ne Test pas : 287 
pour 1.000 au lieu de 270. Mais, on le voit, 
en supposant même que la recherche n'incite 



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CONTRE LA DEPOPULATION 195 

pas à plus de « prévoyance » chez les pères 
responsables désormais et ainsi affaiblisse 
encore la natalité générale, le gain obtenu 
sur la mortalité infantile restera faible. La 
solution ne saurait être dans une baisse 
quelconque de la mortalité. Tout ce que nous 
ferons de ce côté ne comblera pas le déficit 
des naissances, et ce sera au détriment de la 
qualité. La mortalité infantile est en majeure 
partie un procédé d'épuration sociale, plus 
encore que de sélection vitale. 

Quoi qu'en pense M. le professeur Bou- 
chard, Thygiène ne supplée pas la morale. 
Sur 800.000 naissances annuelles environ, 
il y a 4o.ooomort-nés, et Ton constate iSo.ooo 
décès durant les douze premiers mois. Sans 
doute, on pourrait épargner quelques cen- 
taines de ces existences, sans dommage pour 
la vigueur de la race et la prospérité sociale; 
mais on resterait encore loin de compte (i). 

(1) Notre mortalité infantile est de 450 p. d.OOO au 
lieu de 70 en Norvège (taux le plus bas de l'Europe). 
Mais il convient de faire remarquer que cela est com- 
pensé par un bien moindre déchet ensuite. Nous con- 

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IM CROITRE OU DISPARAITRE 

Pour maintenir la race et la nation françaises, 
c'est Soo.ooo naissances annuelles en plus 
qu'il nous faudrait. 



M. Guyau avait observé que Timpôt sur les 
successions était croissant suivant le nombre 
d'enfants : « i* A cause des morcellements 
de la propriété qui plus elle est morcelée, 
plus elle perd de valeur ; 2** à cause des 
frais de vente et de partage d'autant plus con- 
sidérables qu'il y a plus d'enfants. » C'est la 
conséquence de notre individualisme, et 
toute réaction est salutaire. En proposant un 
impôt décroissant sur les successions sui- 
vant le nombre d'enfants, Guyau s'engageait 
dans cette réaction. 

M. le docteur J. Bertillon voudrait que le 
fils unique n'eût que la moitié de l'héritage ; 
deux enfants, chacun le tiers ; trois, chacun 



servons mieux nos adultes et nos vieillards. L'excessive 
mortalité du premier âge est imputable à une sorte 
(i 'indifférence malthusienne et aux suites des pra- 
tiques restrictives. 



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CONTRE LA DÉPOPULATION 197 

le quart. Au delà de trois, l'État ne prélève- 
rait plus rien. M. Gustave Rouanet partage- 
rait l'héritage en trois au moins, l'État se 
substituant aux héritiers manquants. 

Le projet Toutée, qui fît quelque bruit, con- 
siste principalement dans l'intercalation de 
cet article de loi : « Art. 744 bis. — Toutes 
les successions donnent lieu à partage. A 
chaque héritier sont attribuées, en outre de 
sa part, autant de parts égales à la sienne 
qu'il a d'enfants vivants ou représentés. Tout 
enfant unique, appelé à succéder à ses ascen- 
dants ou de leur chef, reçoit à ce titre la 
moitié de leur héritage, l'autre moitié allant 
à celui ou à ceux auxquels la succession re- 
viendrait à son défaut. » 

Toutes ces dispositions ingénieuses rap- 
pellent les lois papiennes qui n'empêchèrent 
point la décadence romaine, la « disette 
d'hommes » et finalement l'invasion des Bar- 
bares. Comme l'a dit Arsène Dumont : « De 
jeunes époux se préoccupent médiocrement 
de l'ouverture de leur succession et moins 
encore des droits de mutation qu'auront à 



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198 CROÎTRE OU DISPARAITRE 

payer après leur mort les enfants auxquels 
ils n'ont pas donné la vie. » S'ils s'en préoc- 
cupent vraiment, ce sera aussi bien pour les 
décourager de travailler à édifier une for- 
lune qui reviendra à VÈVdl que pour les en- 
courager à procréer des enfants pour leur 
réserver cette fortune. Et ceci est moins sûr 
que cela. Quant au système Toutée, il ne 
vise que la classe riche qu'il n'importe pas 
plus d'accroître que la classe la plus misé- 
rable, celle que les Anglais nomment le 
u résidu ». De plus, ce système accentue le 
vice capital de notre régime successoral : la 
division à Tinfini, la pulvérisation de la pro- 
priété, l'éparpillement du patrimoine familial, 
qui sont autant de facteurs de dépopulation. 
C'est le producteur direct, c'est-à-dire le 
j)rolétaire, paysan ou ouvrier, qui doit re- 
peupler. Or toutes les interventions d'État, 
on le voit, portent au-dessus ou au-dessous. 
M. Constant Dulau a déposé, le 16 mai 1901, 
un texte de loi pour l'organisation dans tous 
les départements d'un service d'assistance 
maternelle gratuite, tant h domicile que dans 

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CONTRE LA DEPOPULATION 190 



les asiles-ouvroirs, où les femmes enceintes 
seront admises sans enquête et avec garantie 
du secret. On vient de promulguer la loi 
prescrivant que « la suspension du travail 
par la femme, pendant huit semaines consé- 
cutives, dans la période qui précède et suit 
l'accouchement, ne peut être une cause de 
rupture, par l'employeur, du contrat de louage 
de services, et ce à peine dédommages-inté- 
rêts au profit de la femme ». Pour la com- 
pléter, un projet allouant des indemnités 
aux ouvrières en couches vient d'être déposé. 
M. Sébastien-Charles Leconte, poète et ma- 
gistrat, désirerait plus : « que toute femme 
en état de grossesse fût en quelque sorte 
sacrée, ainsi que toute femme allaitant un 
enfant, que tout travail lui fût épargné hors 
de sa maison, et qu'elle n'en continuât pas 
moins à toucher le salaire qu'elle loucherait 
si elle continuait à travailler». Au quatrième 
mois de la grossesse, la femme enceinte 
pourrait bénéficier de ces dispositions jus- 
qu'au quarante-cinquième jour après l'accou- 
chement, et pendant dix mois encore si elle 

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900 CSOitBE OU DISPARAÎTRE 

allaite. Toute mère ne vivant pas de son tra- 
vail aurait droite dans les mêmes conditions, 
à une indemnité mensuelle, proportionnelle à 
ses besoins et au nombre de ses enfants. Les 
ressources seraient fournies par un impôt 
sur les successions sans héritier direct. 
«'Xous sommes le seul peuple civilisé qui 
meure faute de naissances, dit M. Leconte... 
Nous sommes le seul peuple civilisé qui 
n'ait pas une loi d'assistance nationale aux 
mères. L'Angleterre, T Allemagne, l'Autriche, 
la Suisse, la Belgique en ont inscrit le prin- 
cipe dans leur législation. L'Allemagne, 
rAulriche, la Suisse ont établi le repos pour 
la mère dans les semaines qui suivent et 
précèdent raccouchement. Le repos avec 
indemnité pécuniaire. Ces nations, qui n'ont 
pas à craindre le manque de naissances, ont 
trouvé de l'argent pour indemniser les accou- 
chées de leur chômage forcé. Mais chez 
nous, il n'y a rien de fait, et un embryon de 
loi, proposé par M. Strauss, est en discus- 
sion depuis une vingtaine d'années. Chez 
nous pourtant, c'est une mesure de salut 

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CONTRE LA DÉPOPULATION 201 

public qui ne comporte pas de demi-termes. » 
Pour M. le docteur Sicard de Plauzoles, qui 
va plus loin encore, jusqu'au socialisme 
d'Étal, la maternité est une fonction sociale. 
« Un seul moyen peut arrêter le mal et sau- 
ver la France d'une déchéance fatale et irré- 
parable, dit-il : c'est l'organisation de la 
maternité en service national. » Ainsi, obli- 
gatoirement, toute femme enceinte ferait une 
déclaration de grossesse, tout travail lui se- 
rait interdit ainsi que l'allaitement artificiel, 
et elle recevrait un secours proportionné à 
ses besoins. 

Qu'opposerai-je à cette généreuse ardeur, 
sinon que l'assistance aux mères est insuf- 
fisante pour restituer à la société française 
ses raisons de vivre et rétablir les conditions 
de l'ordre? Ici, c'est le travail des femmes 
qui est le facteur de la dépopulation. C'est 
lui qui rend les gestations douloureuses et 
qui fait redouter l'enfant. C'est pourquoi la 
« femme émancipée » ne veut plus être 
« une jument poulinière », comme dit élégam- 
ment le père du divorce, M. Alfred Naquet. 

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au i:roItre ol* disparaître 

Elle préfère de beaucoup être une hysté- 
rit|ue. une bt^le de somme ou de plaisir. 
L'assurer économiquement contre « l'acci- 
dent »' de la malernilé, — accident redouté, 
— ce n'esl peut-être pas un moyen de la 
rendre au foyer, son royaume. Comme 
les crèches, l'assistance aux mères faci- 
litera le travail d'atelier aux femmes, et 
donc aidera à la décomposition sociale. 
La femme qui travaille ne peut être une 
bonne mère, ni dans la conception, ni 
dans l'éducation. 11 est sans doute heureux 
qu'elle soit le plus souvent stérile ou qu'elle 
avorte. Mais l'assistance aux mères peut 
aussi enseigner que le travail des femmes 
est incompatible avec leur véritable nature 
et leur fonction sociale. En tout cas, elle 
mitigera des souffrances et elle sauvera quel- 
ques enfants qui périssent faute du lait ma- 
ternel. 

Par tous les moyens, M. Paul Margue- 
ritte veut contraindre tous les ménages fran- 
çais à donner quatre enfants à la Patrie. 
« A ceux qui n'ont qu'un enfant, dit-il, un 

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CONTRE LA DÉPOPULATION 20S 

impôt égal aux trois quarts de leur fortune. 
A ceux qui n'en ont que deux, un impôt égal 
à la moitié. Aux célibataires, un impôt radi- 
cal : leur bourse ou la vie qu'ils donneront 
à d'autres. A ceux qui auront plus de quatre 
enfants, des dégrèvements, des avantages 
de toutes sortes, les justes compensations 
d'une vie lourde... L'État n'a qu'à dire : 
« Vous en aurez, que cela vous plaise ou 
« non. Si c'est nécessaire, je supprimerai la 
« dot, cette honte de notre époque. Si c'est 
« utile, je vouerai à l'opprobre les ménages 
« stériles et les célibataires. » 

Malheureusement, dans le chaos où nous 
nous agitons, les a lois de fer » sont bien 
moins efficaces pour revivifier les mœurs so- 
ciales que telle propagande, — par exemple 
pour l'élargissement du divorce, à laquelle 
participe avec non moins d'entrain M. Paul 
Margueritte, — pour ruiner ce qui subsiste 
encore de ces mœurs. Rappeler l'argent à 
Tordre en lui marquant congrûment sa 
destination sociale, rien de mieux, certes. 
Mais prenons garde. Omnipotent, Targent 



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204 CROiTRE OU DISPARAÎTRE 

est insolent, pourrissant, tyrannique, comme 
Test un valet devenu maître. Il doit obéir, 
non commander. Néanmoins, c'est un élé- 
ment social. Qu'on le remette à sa place su- 
balterne, en faisant surgir les puissances 
sociales supérieures qui le contrôleront, le 
contiendront et le dirigeront. Mais si Ton 
renverse la seule hiérarchie maintenue, la 
dernière barrière de la civilisation, que res- 
tera-t-il ? Il n'y aura plus pour conduire la 
foule sauvage que la ruse des pires gredins 
ou la force physique des brutes. Le parle- 
mentarisme sera parfait. On regrettera alors 
Todieuse ploutocratie. 

Quand on a soutiré du corps social tout le 
sang qui l'animait, c'est en vain qu'on cher- 
cherait à le galvaniser mécaniquement. D'ail- 
leurs, si le peuple français exténué en arri- 
vait à subir le traitement qu'imagine M. Paul 
M arguer itte, il serait naïf d'espérer qu'on en 
profiterait pour stimuler sa fécondité, non 
pour intensifier l'exploitation et la tyrannie 
parlementaires. M. J. Péladan le dit bien : 
a II y a évidemment quelque chose de 



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CONTRE LA DÉPOPULATION 206 

détraqué dans rentendement occidental, et 
les plus honnêtes citoyens parlent le langage 
des clubs de 98. Cette conception d'un État 
qui menace de ruiner par des impôts qui- 
conque ne fournit pas le nombre légal d'en- 
fants, cette taxation en nature semble un 
écho de la Convention : c'est surtout l'aveu 
d'une impuissance exaspérée. » 

MM. Jacques Lourbet et Marins- Ary Le- 
blond sont des fantaisistes moins dangereux. 
Ils se bornent à accorder le vote aux femmes 
ayant trois enfants. En outre, dans le Mer- 
cure de France, MM. Marius-Ary Leblond, 
après Arsène Houssaye et M. Lucien Le 
Foyer, préconisent le mariage à terme, dont 
le moyen âge, paraît-il, a essayé. Pourquoi 
n'imposerait-on pas la polygamie simultanée? 
Elle ne serait pas plus contraire à la société 
occidentale et elle serait certainement plus 
efficace. 

En France, la nuptialité est normale. Ce 
n'est donc pas un facteur de dépopulation. 
On s'en est occupé pourtant. La loi du 20 juin 
1896 avait simplifie déjà les formalités du 

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906 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

mariage. La loi Lemire du 21 juin 1907 a 
fait mieux encore, et, dès la première année 
d'application, les mariages se sont accrus 
de 9 p. 100. Mais la natalité a continué de 
fléchir. Selon Plutarque, les Romains se ma- 
riaient pour être héritiers, et non pour avoir 
des héritiers. 

Sous l'ancien régime, les femmes pou- 
vaient se mariera partir de 12 ans, et les 
hommes de 14. La loi du 20 décembre 1792 
avança cette limite d'un an pour les deux 
sexes. Enfin, le Code civil de 1804 la porta 
à i5 et 18 ans. Faut-il autoriser les unions 
plus précoces? Voici qui répond : en Bre- 
tagne, les mariages sont tardifs et la natalité 
est élevée ; au contraire, elle est faible en 
Gascogne où les mariages sont précoces. 

Il n'y a qu'à supprimer le divorce. Mais 
cela heurte les pires préjugés. Et l'on me 
répondra sans doute que le divorce est passé 
dans nos habitudes, désormais, qu'on aspire 
plutôt à l'élargir, que l'électeur radical-socia- 
liste et la femme émancipée répugnent à 
toute indissolubilité, même à celle du bon sens 

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CONTRE LA DÉPOPULATION 207 

et de rhonnêteté... Soit. Mais, alors, à quoi 
bon s'acharner à remettre des tuiles au toit 
si, d'autre part, Ton sape les fondements? à 
quoi bon se débattre? ^uand un peuple ne 
veut ou ne peut plus supporter aucune des 
conditions de Tordre, de la santé, de la vie, 
c'est qu'il accepte de mourir. 



Tout problème social ne comporte qu'une 
solution morale. Mais il faut l'entendre dans 
le sens organique, religieux. Le moralisme 
prédicateur est autre chose. 

Ainsi la propagande antialcoolique, l'action 
contre le vice et la pornographie ne vont pas 
aux racines sociales de la dépopulation, et 
même de la démoralisation. En Amérique, 
c'est dans les Etats antialcoolistes et vertuis- 
tes, comme le Maine, le Massachusetts, le 
Connecticut, que l'on constate les plus grands 
progrès du malthusisme et, en conséquence, 
la plus faible natalité (i). 

(1 ) M Henri Mazel me signale qu'on vient de découvrir 
dans le Massachusetts que 40.000 naissances n'avaient 

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908 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

Mais le moralisme n'a pas seulement Tin- 
convénient de gaspiller inutilement des éner- 
gies sociales, il est volontiers persécuteur. 
Or Ton n'impose ainsi que les apparences de 
la vertu, — et ce n'est qu'un vice de plus : 
rhypocrisie. Si le Germain et TAnglo-Saxon 
s'en accommodent, l'âme française y perd 
toute grâce. 

Arrêtez les « mort-aux-gosses » qui exer- 
cent ouvertement leur abominable industrie, 
appliquez avec plus de vigilance et de fermeté 
les pénalités prévues, notamment par l'article 
817. — On le veut. Pour rendre la répression 
plus certaine, M. Barthou vient de déposer 
un projet de loi ayant pour objet de correc- 
tionnaliser les délits d'avortement. Mais 
n'est-ce pas déjà trop exiger d'une police et 
d'une magistrature qui ne peuvent plus arrêter 
tel criminel ni le condamner si un intérêt de 

pas été déclarées. Cette erreur ne modifie pas sensi- 
blement le taux de la natalité qui, dans cet État dé- 
mocratique modèle, baisse constamment. En général, 
aux État-Unis, les statistiques sont dressées avec soin 
et leur service admirablement organisé. D'ailleurs, le 
même phénomène inquiétant se produit en Australie. 

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CONTRE LA DÉPOPULATION 209 

parti s'y oppose? Aujourd'hui, une faiseuse 
d'anges est intangible si sa fille est l'amu- 
seuse d'un député du bloc. En 1908, sur 
66 accusés pour crime d'avortement, 53 ont 
été acquittés. 

En tout cas, laissons exprimer toutes les 
idées. Il faut que la démence occidentale se 
découvre. Et puis, la prison n'est pas une 
puissance morale. Si l'on permet à l'État 
parlementaire de censurer les opinions, on 
peut être persuadé que ce n'est pas pour 
Tordre qu'il exercera cette nouvelle tyrannie. 
Tenons-nous donc aux réalités. Ce n'est pas 
lexposé du néo-malthusisme qui est inquié- 
tant, c'est que la foule Tacclame. Persécuter 
le néo-malthusisme, c'est lui donner la con- 
sécration des grandes doctrines. Si l'on par- 
venait, au moyen d'une énergique répression, 
à arrêter cette malencontreuse propagande, 
la natalité n'en décroîtrait pas moins. C'est 
l'opinion publique qu'il faut ranimer et orga- 
niser; mais les prédications édifiantes n'y suf- 
fisent point, non plus le policier et le geôlier. 
Il nous faut surtout de la liberté vivifiante. 

14 

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210 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 



11 s'agit de la dépopulation française. On 
entend bien qu'appeler rimmigration, faciliter 
la naturalisation, c'est proprement se jeter 
à l'eau pour n'être pas mouillé. 

L'homme en soi de Rousseau est une abs- 
traction vide de sens. Ce qui fait l'homme, 
c'est la société. Qu'il soitbrachy ou dolicho- 
céphale, grand blond ou petit brun, noir, 
rouge, jaune ou blanc, le sauvage n'estguère 
plus qu'un primate. S'il a une âme, elle 
n'est qu'en puissance. La socialité seule 
fait et mesure Thumanité. L'individu des 
« droits de l'homme » n'existe pas. 

Toute recherche des origiues ou des cau- 
ses est oiseuse, — et donc celles des causes 
ethnologiques ou autres de l'évolution so- 
ciale. Laissons ces exercices aux pédants. 
Ce que nous avons à retenir, c'est qu'il y a 
des races sociales, et qu'elles sont mieux 
définissables, plus réelles que les races 
anthropologiques . 

Un peuple est le produit d'un mélange 



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CONTRE LA DÉPOPULATION 211 

heureux, une civilisation est le résultat d'une 
coopération efficace parce que bien ordon- 
née. Mélange et coopération nécessaires. 
« Ce n'est pas chaque race qui peut faire 
toutes les inventions », a dit Winiarski. S'il 
est vrai, comme le prétendent, après Gobi- 
neau, Ammon et Vacher de Lapouge, qu'ac- 
tuellement la sélection s'effectue à rebours, 
qu'il y ait absorption, élimination des supé- 
rieurs par les inférieurs, il nous faut l'attri- 
buer à des facteurs sociaux morbides. 

Puisqu'il y a une civilisation française, il y 
a une race sociale française. Cette race est 
peut être même celle qui a atteint le plus 
haut degré d'humanité et qui, par là, est la 
plus menacée. Contre toute la barbarie qui 
la vise à l'intérieur comme à l'extérieur, elle 
a besoin de grandes forces pour se mainte- 
nir. Tarde disait de la sociologie qu'elle 
est « une psychologie collective ». 

C'est s'en tenir à l'apparence, au costume, 
au geste, au langage que de penser « qu'il y 
a moins de dissemblance morale entre un 
Belge et un habitant de Lille qu'entre ce 



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su CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

dernier et ud Marseillais » — plus nettement, 
entre nn Hessois et un Messin qu'entre celui- 
ci et un Gascon. Allons plus au fond. Sup- 
posons une catastrophe, naturelle ou politi- 
que, en France, ou encore un triomphe na- 
tional, une victoire militaire, la chute du parle- 
mentarisme, une découverte, une œuvre d'art 
sublime, un progrès de la pensée quelcon- 
que, etc.. Certes, le Belge ou le Hessois, si 
leurs intérêts nationaux n'en sont pas tou- 
chés éprouveront un peu de la douleur ou de 
la joie du Flamand français, du Provençal, 
du Gascon, du Lorrain: mais non point si 
intimement, avec autant d'intensité, si pro- 
fondément. L'âme française seule en sera 
appauvrie ou enrichie. D'avoir eu la même 
histoire, d'avoir combattu, souffert, œuvré, 
espéré ensemble, il reste quelque chose que 
rien n'efface, — ni le climat, ni le mode ac- 
tuel d'existence, ni même le sang, — une 
manière de comprendre, de sentir, de réagir, 
une sorte de rythme psychologique. C'est 
pourquoi l'immigré, — fût-il le plus près de 
nous, acceptant définitivement notre langage 



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CONTRE LA DEPOPULATION 213 

et nos mœurs, — ne saurait réagir comme 
nous dans les circonstances critiques. Il rai- 
sonne cequidoit être, et la vie est un parti pris. 
Il trouble nos instincts vitaux, nos émotions 
défensives par une logique tout extérieure, 
verbale. Nos coutumes, notre idéal, notre 
ordre, il ne les accepte que par commodité 
personnelle et en les critiquant. Ainsi, il 
nous empêche d'ajouter à notre capital de 
traditions. Au dehors, le Français ne fait pas 
mieux. Il « blague » niaisement ce qu'il ne 
peut entendre. S'il n'est pas fortifié par un 
sentiment ou une idée qui le rattachent à la 
patrie lointaine, il se décérèbre et se démo- 
ralise vite. En général, les premiers mots 
qu'un étranger apprend sont d'argot. La seule 
langue internationale possible, aujourd'hui, 
c'est l'argot. Aux colonies, s'il n'a pas un 
caractère particulièrement vigoureux, l'Eu- 
ropéen retourne bientôt au pire abrutisse- 
ment primitif. C'est ce que les coloniaux ap- 
pellent « se bougnouliser ». Et celui qui se 
bougnoulise ne prend pas la naïveté fétichi- 
que des sauvages, qui comporte déjà une 

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214 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

règle appropriée à leur mentalité ; mais seule- 
ment leur bestialité et leurs vices. L'éduca- 
tion, même celle d'un nègre du centre afri- 
cain, est une œuvre du temps. On peut Tan- 
nihiler rapidemment, on ne la recrée point à 
son gré. 

Il a fallu des siècles pour faire Tàme d'un 
peuple : ce n'est que lentement qu'elle se 
parfait, qu'elle s'élève. Nous sommes de plus 
en plus gouvernés par nos morts, non seule- 
ment intellectuellement, mais moralement. 
Loin de se confondre, les races sociales se 
différencient de plus en plus. C'est d'ailleurs 
ce qui achèvera d'établir la solidarité hu- 
maine. L'égalité chimérique, — en réalité 
la confusion, — c'est la divergence, le chaos 
antagonique. La hiérarchie, la différenciation, 
c'est la spécialisation, la convergence indis- 
pensable. Ainsi se concilient l'indépendance 
et le concours. L'unité n'est pas à chercher 
dans le moyen, l'effort, comme le croient les 
socialistes avec tous les jacobins, mais dans 
le résultat, dans le but. 

« Les divers éléments de la civilisation 

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CONTRE LA DÉPOPULATION 216 

d'un peuple n'étant que les signes extérieurs 
de sa constitution mentale, dit M. Gustave Le 
Bon, l'expression de certains modes de sen- 
tir et de penser spéciaux à ce peuple, ne sau- 
rait se transmettre sans changement à des 
peuples de constitution mentale différente. 
Ce qui peut se transmettre, ce sont seule- 
ment des formes extérieures, superficielles 
et sans importance. Les différences profondes 
qui existent entre la constitution mentale 
des divers peuples ont pour conséquence 
de leur faire percevoir le monde extérieur de 
façons très dissemblables. lien résulte qu'ils 
sentent, raisonnent et agissent de façons 
fort différentes et se trouvent par conséquent 
en dissentiments sur toutes les questions 
dès qu^ils sont en contact... Une aggloméra- 
tion d'hommes d'origines différentes n'ar- 
rive à former une race, c'est-à-dire à possé- 
der une âme collective, que lorsque, par des 
croisements répétés pendant des siècles et 
une existence semblable dans des milieux 
identiques, elle a acquis des sentiments 
communs, des croyances communes... Les 



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2I« CROhtIB OU DISPARAÎTRE 

milieux nouveaux, moraux ou physiques, 
n'agissent profondément que sur les races 
nouvelles dont les croisements ont dissocié les 
caractères ancestraux... Une race ancienne 
péril plutôt que de subir les transforma- 
tions que nécessite Fadaptation à des milieux 
nouveaux... L'acquisition d'une âme collec- 
tive solidement constituée marque pour un 
peuple Tapogée de sa grandeur. La dissocia- 
tion de cette âme marque toujours l'heure 
de sa décadence. L'intervention d'éléments 
étrangers constitue un des plus sûrs moyens 
d'arriver à cette dissociation... Les peuples 
mettent de longs siècles pour acquérir une 
certaine constitution mentale, et ils la 
perdent parfois en un temps très court. » 

Nous voyons les Lorrains et les Alsaciens 
annexés résister depuis quarante ans à la 
germanisation. Ce n'est pas pour leur plaisir, 
j'imagine. Rien ne les y encourage. Si les 
races sociales se pouvaient confondre in- 
différemment, cet héroïsme, si bien exprimé 
par la touchante figure de Colette Baudoche, 
serait sans raison, — c'est-a-dire insensé. 



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CONTRE LA DÉPOPULATION 317 

Voilà la porte ouverte aux utopies les plus 
folles : Tesprit social n'a plus de principe ni 
de fin, le sentiment patriotique ne se justifie 
plus. Faire abstraction du déterminisme his- 
torique, de la filiation, c'est nier la socio- 
logie, la grande conquête positive, et non 
plus seulement pour revenir à Tempirisme, 
puisque l'instinct aussi est détruit, mais pour 
instaurer l'incohérence de l'arbitraire, du 
caprice, du miracle constant. Quand l'insur- 
rection des vivants contre les morts aura 
triomphé, quand le subjectif ne sera plus 
contenu, ce sera le détraquement général, la 
folie déchaînée qui subvertira tout. L'anar- 
chie présente nous y pousse, la discipline 
sociologique seule nous peut retenir. 

« L'étymologie du mot patrie^ dit Auguste 
Comte, et l'usage universel qui confond la 
famille avec la maison, suffiraient pour indi- 
quer l'intime connexité entre la possession 
du sol et l'ensemble de l'existence domes- 
tique. Tous les liens de la simple solidarité 
y reçoivent spontanément une nouvelle éner- 
gie. Quant à ceux qui concernent la pleine 



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218 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

continuité, on neconcevraitpas qu'ils puissent 
se développer et se fortifier assez si nos sou- 
venirs ne reposaient point sur ce soutien ex- 
térieur. Outre cette double influence envers 
le cœur, une telle connexité procure au ca- 
ractère humain un surcroît habituel de per- 
sévérance et de circonspection, quoiqu'elle 
semble y diminuer le courage entrepre- 
nant, elle augmente certainement la résigna- 
tion passive, et même la vraie noblesse, en 
nous faisant mieux sentir à la fois l'indé- 
pendance et le concours. Elle nous dispose 
davantage à regarder une digne soumission 
à la nécessité réelle comme notre meilleure 
garantie contre les volontés arbitraires. » 

L'avenir d'un peuple ne peut être que le 
prolongement de son passé. S'il le méconnaît, 
ce n'est pas pour avancer mieux, mais pour 
se détourner de son destin et pour déchoir. 
« Sans la tradition, dit Gabriel Séailles, le 
mouvement n'est plus le progrès, il détruit 
ce qui est au lieu de l'achever par ce qui 
doit être. » Et il convient d'ajouter : avec 
Paul Bourget : « La tradition est le génie du 



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CONTRE LA DEPOPULATION 219 

prolongement qui fait poser tout ce qui est 
sur tout ce qui fut » ; avec Alfred Fouillée : 
« L'idéal est le prolongement anticipé des 
directions qu'une société prend en vertu de 
son évolution même. » 

Si, économiquement, dans une nation ci- 
vilisée, rimmigré est souvent un parasite, 
socialement, il est presque toujours un élé- 
ment discord, sinon dissolvant. Il ne coopère 
pas efficacement à Tordre ni au progrès, 
parce que ses morts ne s'entendent point 
avec les nôtres. 

On ne le répétera jamais assez : la ques- 
tion, si grave, de la dépopulation n'est pas 
seulement arithmétique. La dépopulation 
quantitative n'est si déplorable que parce 
qu'elle détermine la dépopulation qualitative, 
parce qu'elle est un symptôme pathologique. 
Voilà la question. 

Notre sol est assez riche pour être assuré 
d'être toujours habité. Ce que nous devons 
vouloir, c'est conserver la civilisation fran- 
çaise et, s'il se peut, la perfectionner. Or 
cette civilisation est faite d'une âme, — 

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290 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

qui a ses qualités et les défauts de ses qua- 
lités. Cette âme n'a jamais été parfaite, il y 
aurait quelque avantage pour elle, nous a 
aflirmé M. Paul Guériot, « à prendre' un peu 
de la ténacité anglaise, du sérieux belge, de 
la placidité suisse ». L'éclectisme est aussi 
peu recevable en sociologie qu'en philoso- 
phe. Rien n'est pariait en ce monde. La 
nature crée des caractères, la société les 
accentue. On ne progresse qu'en développant 
son ordre, dans son propre sens, non en 
nivelant, en confondant, en décomposant. 
Les défauts sont toujours plus faciles à imiter 
que les qualités, parce que les qualités sont 
toujours des différenciations. Par le bas, 
tous les hommes se ressemblent, et cela ne 
les distingue guère des bêtes. Les hooligans 
de Londres, par exemple, sont les frères des 
apaches de Paris; mais quelle différence 
entre le trade-unioniste et le syndicaliste de 
la C. G. T. ! Si, dans leurs Congrès interna- 
tionaux, ils s'influencent les uns les autres, 
ce n'est point pour s'améliorer mutuellement. 
Ainsi, les syndicalistes français n'ont pris 



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CONTRE LA DÉPOPULATION 221 

aux trade-unionistes que cette pratique 
absurde, monstrueuse du ca canny^ du sabo- 
tage... Nous avons pris aussi autre chose 
aux Anglais : la maladie sociale du parlemen- 
tarisme, et elle nous tuera avant eux. 

Pour les mélanges de sang, il en va de 
même, surtout pour les types très caractéri- 
sés. Dans les produits des croisements, ce 
sont toujours les qualités qui sont atténuées, 
puisqu'elles sont spéciales, et les défauts qui 
sont accentués, puisqu'ils sont communs. 
Les éleveurs le savent bien. Ils tâchent à 
éviter l'abâtardissement en préservant la 
pureté de la race. D'ailleurs, on l'a déjà 
fait observer, il est reconnu que les croi- 
sements diminuent la fécondité, etparfois vont 
jusqu'à la stérilité complète. C'est certaine- 
ment, sinon le principal facteur, comme Tas- 
sure Vacher de Lapouge, du moins le plus 
notable facteur biologique de la dépopula- 
tion. 

Les descendants des métis reviennent à 
l'un des types du croisement ancestral. Les 
immigrants, même quand ils se marient avec 

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282 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

des Français, font donc souche d'étrangers, 
qui sont d'autant plus réfractai res à notre 
organisation qu'ils dépendent d'une civilisa- 
tion plus ancienne. 

M. Paul Guériot nous a dit « qu'à des 
époques relativement récentes, où l'âme et la 
mentalité françaises étaient déjà constituées, 
la France a accumulé et fixé sur son sol un 
grand nombre d'étrangers », et il nous a 
cité quelques noms glorieux. A des faits par- 
ticuliers, d'autres faits s'opposent. Il y a 
la gueuserie anonyme. Il y a tout le sourd 
travail de démoralisation, de désocialisation, 
qu'on ne peut bien préciser, mais dont les ter- 
ribles effets se font sentir. Si nos dissensions 
politiques sont si graves aujourd'hui, c'est 
qu'il ne s'y mêle point que le bon sens fran- 
çais. Dans nos statistiques criminelles, la 
proportion des étrangers et des métèques 
est considérable, et ce sont eux pourtant qui 
échappent le plus aisément à la police. Il 
est avéré que, dans tous nos troubles, ils 
jouent un rôle prépondérant. Sans remonter 
jusqu'à la Révolution, rappelons-nous la 



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CONTRE LA DEPOPULATION 



Commune. S'il n'y avait eu que de braves 
ouvriers parisiens d'un côté et, de l'autre, 
nos troupiers, malgré les bacheliers déclassés 
et les politiciens desséchés, il y aurait eu 
moins de sang versé. Je ne propose point 
d'interdire l'immigration, et pour cette rai- 
son suffisante d'abord qu'on ne le peut pas; 
mais je demande qu'on ne la favorise pas, 
qu'on ne se laisse point submerger. Les 
États-Unis, que la dépopulation ne menace 
pas encore pourtant, ont pris quelques 
mesures en ce sens. Car l'infiltration étran- 
gère est la conséquence morbide la plus in- 
quiétante de la dépopulation; elle n'en saurait 
être le remède. En matières sociales, il faut 
toujours se défier du « résultat rapide ». 

Encouragement à l'immigration, primes à 
la repopulation, ce sont les mêmes expédients 
de Gribouille. Au fur et à mesure que la dépo- 
pulation s'aggrave, il nous faut, au contraire, 
susciter des obstacles à l'immigration comme 
à la reproduction des tarés et des viciés. 
C'est le seul expédient positif qui puisse com- 
battre immédiatement, avec quelque succès, 

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134 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

les funestes conséquences de la dépopulation 
française. 

Notre anarchie parlementaire attire surtout 
les aventuriers, le rebut social des autres 
nations. Dans l'ordre, ayant une population 
d'une densité suffisante pour assurer la force 
et la prospérité nationales, empêcher la dégé- 
nération de la race, l'immigration n'a plus 
d'inconvénients et peut même avoir l'avan- 
tage, comme l'a montré M. Paul Guériot (i), 
de nous fournir quelques personnalités émi- 
nentes qui ne trouvent point dans leurs pays 
un champ à la mesure de leur dévoûment 
ou de leur génie ; d'un autre côté, l'immigrant 
inadaptable est expulsé naturellement. La 
force seule permet la liberté. L'ordre favo- 
rise l'élite, le désordre fait monter la lie. Et 
il faut se garder. Nous avons déjà assez de 
nous défendre contre les barbares de nos 
bas-fonds, — que la dépopulation fait se 
multiplier, — sans appeler ceux de l'exté- 
rieur. 

(1) La Coopéralion des Idées, n° du 4*' mars 1910, 
< L'immigration et la dépopulation ». 

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CONTRE LA DÉPOPULATION 226 



M. Alfred Fouillée propose d'accorder deux 
voix à l'électeur père de famille. Parla, il va 
sans dire, rien ne serait changé au gâchis 
parlementaire; mais nos maîtres s'intéres- 
seraient peut-être à l'électeur comme père 
de famille et, par contre-coup, aux enfants. 
C'est parce que les vieillards sont électeurs — 
et à bon marché — que la loi d'assistance a 
été votée. Si les enfants étaient des parties 
d'électeurs et que ie député fût une sorte de 
tuteur civique, il y aurait quelque chance 
pour que, dans chaque circonscription, cet élu 
s'occupât d'eux, soit pour qu'ils naissent, soit 
pour qu'ils ne meurent point. Ce qui n'as- 
sure pas, d'ailleurs, que cette sollicitude 
serait intelligente. 

Cependant, plusieurs parlementaires ont 
déposé un article additionnel à la loi de. 
finance prescrivant que, <« à partir du i^^ jui- 
let 1910, l'État contribuera au paiement de 
toute allocation annuelle d'au moins 60 francs 
et de 180 francs au plus, constituée par les 

15 



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236 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

départements et les communes en faveur des 
familles nécessiteuses, de nationalité fran- 
çaise, comptant au moins quatre enfants légi- 
times reconnus de moms d^ treize ans ». El 
M. Steeg, dans un projet de loi qu'il vient de 
déposer, détermine les droits à l'assistance : 
« i"* Par Texistence de quatre enfants au- 
dessous de treize ans; 2° Tindigence spé- 
ciale résultant des charges de famille. » 

A défaut de mobiles plus élevés, il vaut 
mieux que les parents eux-mêmes soient 
intéressés à avoir des enfants et à les 
bien élever. La pension alimentaire que 
les enfants sont tenus de servir à leurs vieux 
parents est insuffisante. M. Albert Lafargue 
désire donc qu'à partir de 82 ans un fils verse 
à son père, — quelle que soit la fortune de 
l'un et de l'autre, — le dixième de son revenu 
de toute provenance, capital et travail. l'État 
percevra et répartira. Le « sou filial », ima- 
giné par M. Henri Mazel, serait dû par tout 
enfant à son père et à sa mère âgés de 60 ans. 
Cela ferait 18 francs par an, 36 francs pour 
les deux. La pension serait en proportion du 



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CONTRE LA DÉPOPULATION 227 

nombre d'enfants. Les jeunes ménages char- 
gés d'enfants seraient exonérés de droit d'un 
quart par enfant. Avec quatre enfants, ils 
ne payeraient plus rien. Ainsi que pour les 
enfants décédés à Tâge adulte, TÉtat-provi- 
dence y suppléerait. 

Cela décèle les ruines. L'assistance aux 
vieillards, voire les retraites ouvrières, sont 
nécessitées par la dissolution de la famille, 
et elles l'aggravent. L'obligation filiale, sous 
quelque forme que ce soit, ne reconstitue pas 
la famille. Les institutions, les libertés so- 
ciales vivantes s'ordonnent spontanément. 
La famille organisée, par exemple, est la 
sauvegarde de l'enfant comme du vieillard. 
Elle est féconde comme elle est heureuse, 
parce qu'elle est une liberté, c'est-à-dire une 
puissance sociale. 



C'est pourquoi, en définitive, comme le dit 
M. Jules Roche, «. la seule œuvre législative 
utile possible, c'est l'élargissement de la 



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338 CROITRE OU DISPARAÎTRE 

liberté de tester » ; mais dans la mesure où 
Ton réagit ainsi contre l'individualisme ré- 
volutionnaire, où l'on contribue à reconsti- 
tuer quelques-unes des forces sociales essen- 
tielles, et d'abord la famille. 

M. Ch. Lyon-Caen, qui est professeur à 
la Faculté de droit, et donc quelque peu or- 
fèvre, écrit : t Personne ne saurait sérieu- 
sement songer à abandonner la règle de 
Tégalité entre les enfants et descendants ap- 
pelés à la succession de leurs parents. Il y a 
là une des conquêtes les plus précieuses de 
la Révolution. Son abandon irait contre le 
sentiment unanime du pays. Il semblerait 
fait pour favoriser des idées aristocratiques 
qui, à son grand honneur, lui répugnent. » 
M. Gh. Lyon-Caen se leurre... Il y a des 
Français qui songent à reconstruire. Ceux- 
là mêmes qui admettent que la Révolution 
fut une crise nécessaire font effort pour ré- 
tablir Tétat normal. Les « conquêtes de la 
Révolution », les progrès de la maladie, on 
veut les enrayer d'abord, et puis guérir. Que 
ces Français, catholiques et positivistes, se 



X 



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CONTRE LA DEPOPULATION 229 

reconnaissent, et ils réaliseront leur propos 
d'une France régénérée. 

Voici, par exemple, M. PaulLeroy-Baulieu. 
Il est loin d'être positiviste. C'est un écono- 
miste. Néanmoins, il s'effraye de Tanarchie. 
Malgré M. Ch. Lyon-Caen,il ose écrire: « Il 
faut toucher à TArche sainte, c'est-à-dire au 
Gode civil. Dans quelle proportion nos lois 
de succession ont-elles contribué à la stéri- 
lité de la nation française? Il est difficile de 
le dire ; mais elles y ont certainement con- 
tribué ; or, cette stérilité apparaît comme une 
cause de déchéance du peuple français. Après 
plus d'un siècle d'expérience, il faut donc 
modifier le Code civil sur ce point ; la quotité 
disponible pour le père de famille doit être 
considérablement accrue ; il faut la porter à 
moitié, quand cette quotité disponible serait 
donnée à un enfant. En un mot, cette quotité 
disponible resterait la même qu'aujourd'hui, 
lorsqu'on voudrait en user envers un autre 
qu'un enfant; mais elle serait notablement 
accrue quand on l'octroierait à l'un des 
enfants. On écarterait ainsi beaucoup des 

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SSO CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

critiques qui s'adressent à la complète liberté 
de tester et qui visent surtout la capta tion 
de la part d'étrangers. » 

Rien de plus absurde, en effet, que notre 
système de partage forcé et égal. Mais quelle 
formidable machine à faire de la poussière, 
à disperser les forces ! Nul n'est tenu de res- 
ter dans l'indivision. Quelque minime que soit 
la part qui lui revienne, chaque héritier peut 
exiger sa parcelle, et en nature. Non seule- 
ment les lots doivent être de valeur égale, mais 
chacun d'eux doit comprendre des biens de 
natui^e semblable. C'est le patrimoine haché, 
pulvérisé, et là-dessus la basoche s'en donne. 
Le groupe familial se désagrégeant au décès 
du père, tout recommencée chaque généra- 
tion, et rien ne s'achève. Aussi le paysan 
ne tient plus à une terre qui ne lui tient plus 
et que guette la bande noire. On a fait très 
justement remarquer, d'ailleurs, qu'ainsi l'on 
ne réalise nullement l'égalité. En fait, le cadet, 
quand il y en a encore, est privilégié, 
puisqu'il a moins apporté au patrimoine 
commun el iju'il a plus d'années devant 

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COÎSTRE LA DEPOPULATION 231 

lui pour travailler à son profit personnel. 

Il reste pourtant Tombre d'une liberté. La 
quotité disponible est fixée à la moitié de la 
succession quand le père a un enfant, à un 
tiers quand il en a deux, à un quart quand 
il en a trois et au delà. Il ne peut donner par 
préciput que le quart à Tun de ses enfants. 
Ainsi, plus il a d'enfants, moins il peut pro- 
fiter de cette ombre. Telles sont les consé- 
quences des libertés rognées ou falsifiées. 
« Comment! s'écrie M. Thaller, la perspective 
d'un nouvel enfant vient apprendre en même 
temps au futur père de famille, au propriétaire, 
qu'un enfant de plus, ce sera pour lui le droit 
de disposer d'une fraction du patrimoine en 
moins! Mais c'est absolument le contraire 
qui devrait être. La quotité disponible devrait 
pouvoir toujours être du tiers ; pour ma part, 
j'irais même jusqu'à demander la moi- 
tié. » 

A l'étranger, on n'éprouve pas cette hor- 
reur de l'indivision. En Angleterre et aux 
États-Unis, la liberté de tester reste entière. 
E]n Autriche, en Norvège, en Italie, en 

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232 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

Allemagne, le père peut disposer de la moitié. 
En Espagne, il est fait trois parts : la pre- 
mière est partagée également, la deuxième 
est libre, la troisième peut être partagée au 
gré du testateur entre ses enfants. 

En France, le nivellement révolutionnaire 
avait en vue surtout d'effacer la distinction 
de « l'aîné » : il n'a réussi qu'à faire de cet 
aîné un enfant unique. Et cela même était 
de la défense sociale. Ainsi, la famille, même 
réduite, se maintenait avec son patrimoine. 
Mais, à la longue, sa résistance s'est fatiguée, 
et nous en sommes peut-être au point où le 
régime successoral devient indifférent. N'est- 
ce point symptomatique que les parents 
usent de moins en moins de la liberté qui 
lour est laissée encore de disposer d'une fai- 
ble partie de leurs biens? 

C'est alors que tout le mal est fait qu'on 
s'emploie à atténuer le virus. Ce sont les lois 
du 3o avril 1894 et du 12 avril 1906 sur les ha- 
bitations à bon marché; du 10 avril 1908 sur 
la propriété rurale; enfin, la nouvelle loi 
sur le bien de famille, du i3 juillet 1909, 

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CONTRE LA DEPOPULATION 



inspirée du homestead^ qui soustrait à toute 
saisie, hypothèque, et à Tobligation de la di- 
vision, tout « bien de famille » ne dépas- 
sant pas la valeur de 8.000 franc». 

La loi sur le « bien de famille » retiendra 
quelques agriculteurs à la campagne. Elle 
n'agira qu'indirectement sur la dépopulation, 
et faiblement. « Telle qu'elle est actuelle- 
ment constituée, dit le docteur Jacques Ber- 
tillon, la propriété a pour effet, en France, 
d'amoindrir la natalité et non de la dévelop- 
per. Cela vient sans doute de ce que l'exis- 
tence d'une propriété quelconque développe 
l'envie folle d'accroître ce petit bien, et sur- 
tout le désir de ne pas le partager. La loi 
nouvelle ne fait rien pour modérer cette pas- 
sion. Elle rend la petite propriété insaisissa- 
ble, mais ne l'empêche pas d'être transmise 
aux héritiers; elle retarde le moment du par- 
tage, mais ne l'interdit pas. Elle ne chan- 
gera donc rien à la mentalité avaricieuse, 
timide et mesquine du petit propriétaire 
français. Pour rendre au petit propriétaire 
français confiance dans l'avenir, il faut donc 

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234 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

une réforme beaucoup plus complète que 
celle du homeslead. Il faut, par exemple, lui 
accorder le Bauerhofrechl allemand, qui 
fait qu'un bien rural inscrit comme Bauerhof 
(la ferme et ses dépendances) est indivisible. 
Des dispositions légales analogues se retrou- 
vent en Autriche, en Espagne, etc. La li- 
berté absolue de tester telle qu'elle existe 
en Angleterre et en Amérique, ou mieux 
encore le système plus modéré de la 
mejora espagnole, aurait des effets analo- 
gues. » 

M. Poubelle préconisait un système ayant 
quelque analogie avec la mejora espagnole. 

Mais la liberté de tester n'est pas une pa- 
nacée. C'est un moyen de Tordre qui n'est 
efficace que s'il est animé par une volonté 
générale de l'ordre. En Hollande et en Bel- 
gique, où notre détestable système successo- 
ral est en vigueur, il y a une grande fécon- 
dité. Au contraire, avec la pleine liberté tes- 
tamentaire, les États-Unis accusent une fai- 
ble natalité et l'Angleterre une natalité 
moyenne. La liberté testamentaire ne vaut 

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CONTRE LA DÉPOPULATION 236 

que pour maintenir la famille, la resserrer et 
la perpétuer; mais si la famille est déjà dis- 
soute, cette liberté perd toute vertu sociale. 
C'est la famille forte qui est féconde, et, par 
là, tout ce qui la peut fortifier élève la nata- 
lité. 

11 en est ainsi avec la dot agraire, si cu- 
rieusement organisée depuis plus de deux 
siècles à Fort-Mardick. Dans cette commune, 
chaque habitant qui se marie reçoit en usu- 
fruit 24 ares de terrain, il n'en faut pas plus 
pour retenir les gens au pays et les engager 
à se marier tôt et entre eux. La natalité de 
Fort-Mardick est Tune des plus élevées qu'il 
y ait en Europe, 4^ p. i.ooo, alors que, pour 
l'ensemble de la France, elle n'atteint pas 
toujours 20. 

Au Canada, où les familles de souche fran- 
çaise sont plus prolifiques encore qu^à Fort- 
Mardick, la liberté de tester est restée en- 
tière. Aussi le domaine familial est-il rare- 
ment divisé; il continue ce qui doit durer, le 
[oyer. Pour lui succéder, le père ne désigne 
pas toujours l'aîné, mais celui qui est 

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836 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

considéré coiiime le plus apte à faire prospérer 
le patrimoine, qui sera transmis, grossi et 
amélioré. La coutume qui s'y ajoute de la sup- 
pression de la dot est non moins favorable à 
l'agrégation familiale. Sous l'ancien régime, 
les Normands pratiquaient la sage renon- 
ciation des filles à la succession, et ils 
étaient aussi féconds qu'ils sont devenus 
stériles sous un régime où la dot n'exclue 
même pas de la succession, puisque « les 
pactes sur succession future » sont inter- 
dits. 

Faut-il donc rétablir le droit d'aînesse? 
Ce serait bien préférable à notre individua- 
lisme dissolvant, certes ; mais ce n'est pas ce 
qu'implique nécessairement la liberté de tes- 
ter, et il y a mieux. L'aîné n'est pas toujours 
le plus intelligent, le plus actif, le plus sen- 
sible; tous les enfants même peuvent être 
incapables et indignes. La liberté de tester 
ne produira ses effets bienfaisants, notam- 
ment pour la repopulation française, qu'avec 
rhéréditi'î sociocratique, l'adoption générali- 
sée, la suppression de la dot et rexhérédation 

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CONTRE LA DEPOPULATION 237 

des femmes et des philosophes. C'est la so- 
lution positive. Il y faut une doctrine orga- 
nisatrice, éducatrice, directrice. 

Et que les « hommes pratiques » cessent 
de sourire. Ce ne sont pas là de pures idéo- 
logies. De même que les mesures fiscales et 
coercitives se sont toujours prouvées impuis- 
santes à relever la natalité d'un peuple, par- 
tout où un sage empirisme a devancé cette 
« théorie » et réalisé spontaViément les prin- 
cipales conditions de vie de cette cellule so- 
ciale, la famille, il en est résulté, avec la 
plus grande liberté sociale, une puissante fé- 
condité, l'extrême densité de population par 
rapport au développement de la civilisation : 
dans l'ancienne Normandi<% au Canada au- 
jourd'hui, comme de tout temps historique 
en Chine. « Si la Chine a dans son sein un 
peuple si prodigieux, dit Montesquieu dans 
ses Lettres persanes^ cela ne vient que d'une 
certaine manière de penf-icr : car, comme 
les enfants regardent leurs pères comme des 
dieux, qu'ils les respectent comme tels dès 
cette vie, qu'ils les honorent après leur mort. 



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2S8 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

par des sacrifices dans lesquels ils croient 
que leurs âmes, anéanties dans le Tien, re- 
prennent une nouvelle vie, chacun est porté 
à augmenter une famille si soumise dans 
cette vie et si nécessaire dans l'autre. » 



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CHAPITRE VII 
CONTRE LA DÉPOPULATION 

II. — La solution positive. 



« Sans la division normale des 
deux pouvoirs, attribut général 
de la religion de THumanité, la 
procréation ne peut être réglée, 
dans notre race, que par des pres- 
criptions publiques autantdépour- 
vues d'efficacité que de dignité. » 

Auguste Comte. 



Pour que la France se maintienne, il lui 
faut, par an, 5oo.ooo naissances en plus, soit 
i.3oo.ooo au lieu de 800.000. Arsène Dumont 
ne demandait qu'une natalité de 25 pour 
1.000 habitants (soit 1 million de naissances 



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340 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

paran), produite parunenuptialitédeS p. i.ooo 
(celle que nous avons) et une fécondité de 3 
enfants par ménage ; mais avec une morta- 
lité réduite à i5 p. i .000 (au lieu de 19), lais- 
sant un excédent de naissances de 10 p. 1.000, 
soit un accroissement annuel de la popula- 
tion française de 400.000, égal à l'accroisse- 
ment anglais et italien, moitié de Taccroisse- 
ment allemand. 

Mais le nombre n'est pas tout. Sinon, il 
n'y aurait qu'à faire appel à l'immigration, — 
pour la France d'abord, pour l'Europe en- 
suite. Les Jaunes sont assez prolifiques pour 
peupler le monde. Et avant les barbares du 
dehors, nous avons ceux du dedans, qui 
se multiplieront avec entrain pour peu que 
la société les y invite et, surtout, favorise 
leur mode d'existence. 

(( Le premier remède à la dépopulation 
dont la France est menacée, dit M. Paul Le- 
roy-Beaulieu, ce serait de changer toute la 
dieection de l'enseignement public et toute 
la mentahté gouvernementale. » Voilà la so- 
lution positive! C'est la société française que 



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CONTRE LA DÉPOPULATION 241 

nous avons à reconstituer. Mais pour prendre 
la direction de l'éducation publique, organi- 
ser la responsabilité gouvernementale, « dis- 
cipliner les intelligences afin de reconstruire 
les mœurs », enfin régler la population, il 
faut une doctrine complète. Après avoir 
essayé tous les orviétans, on y viendra. Mais 
sera-t-il temps encore ? Ne vaudrait-il pas 
mieux, dès maintenant, éviter à notre pays 
tant d'expériences douloureuses et dange- 
reuses ? 

Non seulement nous n'avons pas assez 
d'enfants, mais surtout — et c'est en partie 
la conséquence des pratiques restrictives, de 
l'infécondité volontaire — nous les produi- 
sons dans de mauvaises conditions, d'une 
qualité française inférieure, nous les élevons 
mal. Or la qualité importe plus que la quan- 
tité, car celle-ci doit être limitée et ne peut 
suppléer celle-là, tandis que la qualité ne 
sera jamais assez élevée et peut, à la rigueur, 
suppléer la quantité. En somme, les procédés 
des repopulateurs empiriques sont aussi 
grossiers que ceux des néo-malthusiens. Ils 

16 

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212 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

peuvent même, parfois, être aussi pernicieux. 
En tout cas, ils sont aussi aveugles. Comme 
les uns retiennent où il faudrait pousser, les 
autres poussent où il faudrait retenir. 

Une doctrine, comme le catholicisme ou le 
positivisme, ne se borne pointa exalter ou à 
décourager en bloc les énergies humaines, 
elle les gouverne, elle préside toujours à la 
réaction de Dieu ou de THumanité, c'est-à- 
dire d'un ensemble continu, sur chacun, 
«soit pour comprimer les impulsions égoïstes, 
soit pour stimuler les affections sympa- 
thiques. » 



« Croissez et multipliez », prescrit rÉcri- 
ture ; mais TÉglise règle. D'après Joseph de 
Maistre, la grande loi temporelle de la Pro- 
vidence, c'est que « non seulement tout 
homme n'est pas né pour se marier et se re- 
produire, mais que, dans tout État bien or- 
donné, il faut qu'il y ait une loi, un principe, 
une force quelconque qui s'oppose à la mul- 
tiplication des mariages. » Selon le catholi- 



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CONTRE LA DEPOPULATION ÎÎ43 

cisme^ le mariage n'est pur que pour les purs, 
et il y a un état sublime de pureté au-des- 
sus du mariage. « Je voudrais que vous fu 
siez tous comme moi, dit saint Paul; mais 
chacun reçoit de Dieu son don particulier, 
Tun d'une manière et l'autre d'une autre. » 
C'est dire que tous ne sont pas aptes à en- 
gendrer. Cela ne convient pas plus au génie, 
au héros, au saint, qu'à l'idiot et au criminel. 
J'ai montré déjà qu'il en est de même, pour 
le très riche comme pour le trop pauvre. 

Les scientistes pré tendent que les couvents 
étaient des refuges de névropathes. Si c'est 
exact, on s'explique en partie pourquoi les 
maladies nerveuses font tant de ravages au- 
jourd'hui. Jadis, le monachisme arrêtait leur 
propagation par contagion et restreignait leur 
transmission héréditaire. Si l'on admet, au 
contraire, que les couvents n'étaient que 
pour les saints ou la culture de la sainteté, 
leur utilité humaine n'est pas moins certaine. 
En sentiment, en activité, en pensée, le saint, 
le héros, le génie, sont des aboutissants ex- 
ceptionnels del'Humanité, desileurs uniques, 

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844 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

qui n'ont d'autre mission que d'exhaler leur 
parfum, leur beauté, et de l'épandre sur le 
monde. Ce n'est pas le corps, c'est Tàme 
qu'ils ont à transmettre. 

Le catholicisme ne considère point la pro- 
création comme le but de l'union conjugale, 
puisque l'acte charnel n'est pas essentiel au 
mariajçe. Mais saint Thomas d'Aquin déclare : 
« Tout ce que Ton fait directement contre la 
vie de l'homme est un péché mortel. Or la 
fornication simple implique un dérèglement 
qui met en danger la vie de l'enfant. » Dans 
son Catéchisme du mariage (cité par le jour- 
nal le Malthusien), M. l'abbé J. Hoppenot 
écrit d'après saint Thomas : « Rien ne s'oppose 
à ce qu'un homme marié limite sa famille par 
la continence, pour des motifs légitimes 
d'ordre spirituel ou temporel. *> Suivant le 
même théologien, l'Église s'oppose à l'union 
conjugale dans le cas d'hérédité pathologique, 
de maux contagieux, de débilité ou tares 
quelconques ». 

C'est parce qu'elle sait retenir où il faut 
que l'Église peut pousser où il faut. Pour 



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CONTRE LA DEPOPULATION 245 

remédier à la dépopulation, elle intervien- 
dra avec plus d'efficacité que l'État. « Eh 
dehors de l'idée religieuse, vous chercherez 
vainement la force spirituelle capable de 
vaincre le fléau, ou au moins de limiter ses 
ravages. Pour se sentir obligé de faire son 
devoir et, quoi qu'il en coûte de donner à la 
famille et à la race tous les enfants qu'elles 
réclament, il faut avoir conscience d'une loi 
morale supérieure et croire qu'il y a des rai- 
sons de vivre haut. Il faut avoir une foi, 
une croyance, un idéal. Il faut posséder en 
soi la force transcendante de la religion. » Il 
faut aussi la sentir autour de soi. Mgr Gibier 
ne le reconnaît-il pas en ajoutant : « Bien 
que puissamment aidés par leurs principes 
religieux, beaucoup de chrétiens n'ont pas le 
courage d'accomplir tout leur devoir »? 



Le positivisme est une religion qui se con- 
naît, je veux dire une sociologie. En substi- 
tuant le dévoùment à la dévotion, peut-être 

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246 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

n'exalte-i^îl pas les motifs humains aussi 
haut que le théologisme ; mais du moins il 
les élève sûrement et continûment. 

a Le mode qui prévaut encore, dit Auguste 
Comte, revient, au fond, à tenter la réorgani- 
sation temporelle indépendamment de la spi- 
rituelle, c'est-à-dire à construire Tédifice so- 
cial sans bases intellectuelles et morales. De 
\h résulte, pour satisfaire aux justes exigences 
populaires, la préférence stérile et subver- 
sive accordée aux mesures politiques propre- 
ment dites, dont refticacitésembleimmédiate. 
Au contraire, le positivisme est pareillement 
conduit h faire prévaloir T influence paisible 
et certaine, mais indirecte ou graduelle du 
sentiment et de la raison, secondés par une 
sage opinion publique, sous Tim pulsion sys- 
tématique des vrais philosophes, assistés 
d'une libre adhésion populaire. » 

Pas de solution possible tant que le spiri- 
tuel restera confondu avec le temporel, c'esl^ 
à-dire tant que le pouvoir spirituel ne sera pas 
réorganisé, par Talliancecatholico-positiviste, 
pour « indiquer le but et apprécier l'usage ». 

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CONTRE LA DÉPOPULATION 247 

Le positivisme continue le catholicisme. 
S'il va plus loin, socialement, c'est dans le 
même sens. Il ne le contredit, il ne le contra- 
rie pas, il l'assimile, il Tincorpore. Il est 
assez large pour le comprendre. Tout ce que 
r Église reconquiert, il sait que c'est contre 
l'anarchie, et il ne peut que l'y aider. S'il faut 
demander beaucoup au destin pour obtenir 
peu, l'Église doit penser que, de tout ce que 
veut le positivisme, on ne réalisera que ce 
qu'elle peut accepter. 

Ces deux grandes doctrines condamn en 
le divorce et n'admettent que l'union indisso- 
luble, c'est-à-dire strictement monogame. 
C'est que le mariage n'a pas pour fin le coït 
animal, ni même la procréation; mais l'amé- 
lioration morale réciproque des deux époux. 
D'après Comte, la principale destination du 
mariage est de « compléter et consolider 
l'éducation du cœur en développant les plus 
pures et les plus vives de toutes les sympa- 
thies humaines ». Le mariage positiviste 
sera plus purifié encore par la coutume des 
chastes préliminaires, de l'engagement au 

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us CROITRE OU DISPARAÎTRE 

veuvajje éli*mel, et surtout par Tinstitution 
du inaria<i:e chaste complété par rexlension 
de l'adoption. 

Le positivisme atteint donc les plus pro- 
fondes racines du mal. et seul, avec le catho- 
licisme, il les peut arracher. Son régime 
élimine nécessairement les facteurs de la dé- 
population qualitative et quantitative. 



Avec sa « capillarité sociale », Arsène 
Dumont avait entrevu la vérité. Mais faute 
de principes généraux positifs, d'idée direc- 
trice, de doctrine, par excès de spécialisme 
aussi, il s'en détourna aussitôt. Il prit la 
fièvre de la désagrégation sociale pour une 
suractivité progressive, alors que le progrès 
ne peut être que le calme développement de 
l'ordre. Bref, la capillarité sociale n'est pas 
une manifestation démocratique, mais anar- 
chique. 

La frénésie d'arrivisme et de vaniteuse 
ostentation qui caractérise notre temps, que 



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CONTRE LA DEPOPULATION 249 

Dumont nomme la capillarité sociale, est 
évidemment un symptôme morbide. Chacun 
veut surpasser son rang, ou à tout le moins 
paraître le surpasser : nul ne se tient à sa 
place; on se délie de toute solidarité, on 
rompt toute continuité. En nous faisant per- 
dre l'équilibre physique et moral, cette agita- 
tion compromet la santé et détruit le bonheur. 
Serait-ce que la diffusion de l'instruction a 
rendu tous les Français aptes à remplir les 
plus hautes fonctions sociales et qu'ils préfè- 
rent s'immoler ainsi à la gloire de mieux servir 
THumanité? Hélas ! tant de sottise ne va pas 
avec une telle grandeur. 

Notre instruction livresque n'a pas déve- 
loppé rintelligence. Au contraire. Elle ne 
Ta même pas éclairée sur les choses. Elle Ta 
encombrée de notions vaines et obscurcie de 
mots. On a cultivé la facilité verbale au dé- 
triment de la réflexion. D'un petit primaire 
pourvu de son certificat d'études, il n'y a de 
plus ignorant qu'un bachelier. Il est vrai 
qu'ils peuvent parler de tout sans rien con- 
naître ; mais la saine intelligence populaire y 

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2^ CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

a perdu sa meilleure substance, le bon sens. 
Aujourd'hui, un ouvrier sait presque autant 
de mots qu'un agrégé en Sorbonne, et il est 
presque aussi niais* Les solides réalités sur 
lesquelles son bon sens s'appuyait, il les per- 
çoit de moins en moins. Aussi, plus les ap- 
pétits exigent et les prétentions s'étalent, 
plus les véritables compétences se font rares. 
Parmi les ébénistes du faubourg Saint-An- 
toine, par exemple, s'il y en a beaucoup qui 
peuvent rédiger un article de journal, ri- 
mer un sonnet pour le Salon des poètes et 
s'y appliquent, bien peu savent fabriquer un 
beau meuble sur plan, ou seulement y tâ- 
chent. 

Mais il y a plus. 

La confusion des fonctions nous ramène 
à la barbarie, et rapidement. Elle est pour- 
tant inévitable avec une métaphysique qui a 
proclamé les « droits de l'homme » et un in- 
dividualisme qui a subverti J:outes les valeurs 
et fait éclater tous les cadres sociaux. Puis- 
que rien ne le retient plus et qu'il a tous les 
droits, comment veut-on empêcher le citoyen 



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CONTRE LA DÉPOPULATION 251 • 

français d'aspirer aux plus hautes places, qui 
permettent Texercice le plus étendu des 
« droits ^^ ? 

Sans doute, l'argent maintient en-'^ore 
une apparence de classement; mais le pire 
des imbéciles, des brutes et des gredins peut 
acquérir cette puissance sociale, la seule qui 
subsiste encore, s'il a quelque chance C:i s'il 
est délesté de^ scrupules. C'est pourquoi les 
empiriques n'ont rien trouvé de mieux, pour 
remédiera la dépopulation, que de proposer 
des primes , des exonérations , des emplois , etc . , 
aux familles nombreuses. C'est guérir le 
rhume par la bronchite chronique. 



Au « droit » métaphysique, le positivisme 
substitue le devoir. C'est par là, d'abord, 
qu'il rétablit les valeurs et qu'il reforme les 
cadres. De grandes forces impliquent de 
grands devoirs. La disposition à l'accomplis- 
sement des plus grands devoirs décèle seule 
l'aptitude à tenir les plus hautes places. Avec 

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862 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

une telle ordonnance, il n'y a plus que des 
ambitions légitimes, la capillarité sociale 
disparaît. 

Ainsi, l'argent — comme tout autre pou- 
voir — ne sera pas un droit à jouir, un titre 
au parasitisme ou à la prodigalité et au gas- 
pillage, mais la mesure du devoir de servir. 
« La richesse étant sociale dans sa source 
doit être socialedans sa destination. » Quand 
on ne remploie qu'à des fins personnelles, 
voire familiales, de jouissances ou de faste, on 
lèse le Grand Être, l'Humanité, on afflige 
Dieu, on commet un vol. Proudhon était donc 
parfaitement fondé à dire que la propriété, 
comme la conçoit et en use la bourgeoisie 
propriétaire depuis la Révolution, la pro- 
priété sans devoir, sans contrôle, sans res- 
ponsabilité, est le vol. Et, on l'entend bien, 
ce n'est pas à l'origine qu'est la rapine, 
ainsi que Karl Marx et les socialistes le sou- 
tiennent, c'est à l'usage de tous les instants. 
Proudhon avait bien vu qu'à l'origine la 
propriété est de la liberté, ou mieux de la puis- 
sance sociale. 11 importe peu à la société que 

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• CONTRE lA DÉPOPULATION 253 

cette puissance soit entre telles ou telles 
mains ; mais il importe beaucoup qu'elle ne 
soit paj^ affaiblie, c'est-à-dire morcelée, dis- 
persée, et qu'elle soit dignement exercée, 
pour le plus grand bien de tous. 

Le point de vue métaphysique du droit 
provoque toujours l'antagonisme, et donc le 
désordre. Jusqu'ici, la bourgeoisie a pu do- 
miner la situation. La ruine sociale Tenri- 
chissait. L'anarchie assurait sa tyrannie. 
Mais maintenant elle faiblit, elle est débor- 
dée. Dans La Barricade^ Paul Bourget lui 
signifie qu'elle est condamnée : « Les classes 
sociales n'ont pas le droit de conserver ce 
qu'elles n'ont plus Fénergie de défendre. » 
C^est que la guerre sociale ne saurait per- 
durer. La société ne peut être qu'une coopé- 
ration, car, selon Comte, « l'ouvrier ne peut 
pas plus être contraint à travailler que Ten- 
trepreneur à administrer ». Et qu'est-ce à 
dire, sinon qu'une autorité morale seule, 
dominant l'antagonisme des intérêts, peut 
mettre fin au ^.onflit de l'argent et du nombre? 
Il y a donc des forces supérieures à celles 

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264 CROÎTRE OO' DISPARAITRE 

du nombre et de l'argent, aux forces maté- 
rielles quelconques, et ce sont ces forces ré- 
gulatrices que le positivisme régénère. 

il faut que la richesse, en proportion même 
de sa puissance, implique une responsabilité, 
des devoirs, et si lourds que les incapables et 
les débiles préfèrent dignement s'en déchar- 
ger par le don ou la démission. Au surplus 
le prolétariat organisé, sous la direction du 
pouvoir spirituel, saura les y inciter congrû- 
mcnt. Au moyen âge, la confiscation et 
rcKcommunication eurent quelques avan- 
tages. 

La capillarité sociale, c'est la confusion de 
toates les fonctions, l'indescriptible mêlée 
des caprices, des vanités, des appétits, c'est 
l'arrivisme, d'autant plus exaspéré que les 
caprices sont plus débridés, les vanités plus 
exacerbées et les appétits plus grossiers. En 
replaçant les écluses que sont les classes, 
en rebâtissant les quais que sont les devoirs, 
on filtre le courant, on le canalise. 

Mais aux mœurs sociales, il faut des in- 
stitutions socialisantes. « Rien ne se peut, k 

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CONTRE LA DEPOPULATION 256 

la longue, dit Comte, tenir isolément ; tout 
ne se consolide que par lensemble. » 



La richesse étant réellement une fonction 
publique comme le travail, comme la pensée, 
elle doit être transmise sociocratiquement. 
La transmission familiale, aux fils, est une 
survivance des castes, des fonctions héré- 
ditaires, d'un empirisme souvent défectueux. 
La famille se doit rapporter à la société. Par 
la liberté de tester, son chef exercera donc 
une véritable magistrature civique. 

Toute transmission « qui tend à dispenser 
du travail constitue, en général, un véritable 
abus d'une richesse toujours confiée tacite- 
ment pour une destination sociale, sans 
aucune vaine prédilection personnelle ». Et 
Comte ajoute d'autre part : « Administrateurs 
providentiels des capitaux humains, les riches, 
les patriciens abuseraient de leur office so- 
cial, s'ils employaient leur fortune à consti- 
tuer artificiellement des organes parasites. » 

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266 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

Pour que la pluralité des enfants ne déter- 
mine plus la dispersion de la richesse et pour 
que la concentration de la propriété ne soit 
plus un motif d'infécondité, il faut d'abord 
rentière liberté de tester. La condensation du 
capital réduit le nombre des patriciens, et c'est 
accroître la puissance sociale du patriciat, 
en rendant plus difficile son accès, en amé- 
liorant son recrutement. « De grands de- 
voirs, dit Comte, supposent de grandes for- 
ces. » 

La transmission sociocratique des offices 
sociaux sera complétée par lextension de 
l'adoption que l'institution du mariage chaste 
nécessitera. «• Sans cette libre répartition, 
fait remarquer Comte, les couples propaga- 
teurs se trouveraient d'ailleurs surchargés fré- 
quemment. » En incorporant par l'adoption 
le successeur à la famille, l'hérédité so- 
ciocratique se liera à l'hérédité théocra ti- 
que. 

Ainsi donc, entière liberté de tester et d'a- 
dopter. Mais qui dit liberté, dit responsa- 
bilité. Les abus seraient assez réprimés, 

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CONTRE LA DEPOPULATION 257 

semble-t-il, par a l'obligation générale d'une 
pleine publicité, sept ans avant la réalisation 
normale d'une telle résolution ». Les libertés 
quelconques ne susciteront point d'abus 
quand elles seront exercées au grand jour, 
sous le contrôle d'une opinion publique orga- 
nisée. 

• 

Les éloquentes prédications sur l'impératif 
catégorique, le dictamen de la conscience, 
l'heureuse humilité n'ont jamais persuadé 
personne, — pas même les moralistes dis- 
coureurs. Il est trop avéré que, dans notre 
chaos individualiste, les simples et les probes 
sont aussi les dupes. 

Si le positivisme enseigne qu'il n'y a de 
bonheur vrai que dans la pratique de son 
précepte fondamental : vivre pour autrui, il 
se préoccupe des garanties sociales de ce 
bonheur. <r Pour mieux convenir à leur des- 
tination actuelle et finale, dit Comte, les 
mœurs populaires doivent seulement déve- 
lopper davantageleurcaractèrespontané. Cela 

17 

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258 croître ou DÎSPARAtTRË 

exige surtout que l'instinct prolétaire se pu- 
rifie de toute vaine ambition de grandeur et 
de richesse personnelle. L'empirisme méta- 
physique réduirait volontiers la grande révo- 
lution à élargir au peuple l'accès habituel du 
pouvoir, politique ou civil, au delà des an- 
ciennes limites. Mais cette faculté... est loin 
de satisfaire aux vraies conditions populaires, 
puisqu'elle ne comporte que des améliora- 
tions individuelles, qui ne changent pas le 
sort de la masse sociale, ou plutôt qui ten- 
dent souvent à Tempirer, par la désertion des 
membres les plus énergiques... Les philo- 
sophes et les prolétaires doivent également 
repousser des mœurs qui tendent à dégrader 
leur caractère moral, sans améliorer ordinai- 
rement leur situation physique. Chez les uns 
et les autres, l'absence de toute grave res- 
ponsabilité pratique, et le libre essor, tant 
public que privé, de la vie spéculative et 
affective constituent les principales condi- 
tions du vrai bonheur. Malgré les publica- 
tions de nos économistes sur l'efficacité so- 
ciale des Caisses d'épargne, la saine philo- 



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CONTRE LA DÉPOPULATION 269 

Sophie justifiera pleinement les répugnances 
décisives de Tinstinct populaire, qui y voit 
surtout une source continue de corruption 
morale par la compression habituelle des 
sentiments généreux. » 

Depuis un demi-siècle, cet instinct s'est 
obscurci. Aujourd'hui, le populaire n'a que 
trop de « prévoyance », et cette vertu bour- 
geoise le rend cupide et malthusien. Mais 
ce n'est pas seulement Técole qui Ta gâté 
ainsi, c'est que sa situation est de plus en 
plus précaire. Il n'est plus que campé dans 
la société, comme un barbare. Un brusque 
déplacement industriel, qui n'a pas d'autre 
motif souvent que la commodité personnelle 
de l'entrepreneur, son caprice, ou son avarice, 
ramène le prolétaire à l'ancestral étatnomade, 
le chômage l'affame, la fécondité laccable 
d'une misère sans espoir, abrutissante, sa 
vieillesse languit dans une affreuse solitude. 

Une ' reconstitution sociale peut seule 
rendre au prolétariat sa joyeuse et féconde 
insouciance, parce qu'elle rétablit ses garan- 
ties et le fixe. 



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260 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

Le juste salaire de l'ouvrier, c'est la rému- 
nération qui lui permet d'élever convenable- 
ment sa famille, d'autant plus élevée que 
ses dépenses sont plus grandes, c'est-à- 
dire qu'il produit et qu'il enfante plus. Le sa- 
laire doit être réglé d'après les besoins 
de la famille ouvrière la plus nombreuse 
qu'on peut souhaiter et la plus honnête. Le 
travail est noble. Il ne se paye pas. Le tra- 
vail est une fonction sociale. Toute fonction 
sociale est gratuite. La société ne doit que 
l'entretien du fonctionnaire. C'est dire que le 
salaire ne peut être supprimé, même pour ces- 
sation de travail. L'entrepreneur reste respon- 
sable des chômages forcés. Auguste Comte 
décompose le salaire industriel en deux par- 
ties distinctes et séparables, « l'une relative à 
la subsistance du travailleur; l'autre à son tra- 
vail effectif ». Et il ajoute : « La première 
partie continuerait seule d'être payée dans 
toute suspension d'ouvrage qui ne serait point 
reprochable à l'ouvrier, et aussi en cas de 
maladie, suivant l'usage des administrations 
ministérielles : cette obligation ne devant 

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CONTRE LA DÉPOPULATION 261 

d'ailleurs durer qu'autant que le libre enga- 
gement contracté sous peine de dédit mutuel, 
entre l'entrepreneur et l'ouvrier, pour un 
temps déterminé. » 

La famille prolétaire doit être également 
assurée d'un foyer par la possession d'un 
mobilier et du domicile, la chaumière pour 
le paysan (i), l'appartement pour l'ouvrier, 
sans quoi « le passage décisif de l'état no- 
made à l'état sédentaire ne paraît pas assez 
achevé ». Avant de se marier, l'ouvrier sera 
moralement tenu d'acquérir le mobilier et 
le domicile de la famille qu'il veut fonder, 
a Chacun doit avoir la pleine propriété de 
tout ce qui est à son usage exclusif et con- 
tinu. » 

Au foyer, il faut une âme. C'est rappeler la 
femme à sa plus haute mission morale, c'est 
lui permettre le bonheur. « Affranchir la 



(I) Auguste Comte écrit : « En surmontant l'entraî- 
nement empirique des modernes occidentaux vers les 
arts mécaniques et chimiques, on reconnaît, avec toute 
l'antiquité, que l'agriculture constitue nécessairement 
l'industrie la plus essentielle. » 



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262 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

femme du travail extérieur, c'est-à-dire de la 
misère et de la prostitution, dit Comte, con- 
stitue la condition principale, quoique latente 
jusqu'ici, d'une digne incorporation du peuple 
à la société moderne. » 

L'enfant gêne la capillarité sociale. Il 
oblige à quelque chose qui n'est pas soi. Très 
logiquement, la plupart des féministes sont 
malthusiennes. Capillarité sociale, fémi- 
nisme, travail des femmes, cela signifie dé- 
population et dépravation. 

La femme reconquerra sa douce influence 
morale, aussi indispensable à son propre 
développement qu'à celui de la civilisation, 
en renonçant aux héritages et en condamnant 
le vicieux usage des dots. Toute participa- 
tion à la richesse et au commandement ne 
peut que la dénaturer et la dégrader. Sa 
grandeur est dans l'amour. 

La famille solidement instituée, la femme 
régnant au foyer, surintendante de l'éduca- 
tion, voilà le principal remède à l'alcoolisme, 
à la débauche, à Texcessive criminalité juvé- 
nile, à la dépopulation!... 



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CONTRE LA DÉPOPULATION 263 

C'est Tindividualisme, plus encore que 
l'école laïque et radicale, qui a corrompu le 
prolétariat. Au fond, c'est la plus dure des 
nécessités qui Tout rendu parcimonieux, 
prévoyant. Qu'on lui assure son pain et sa 
liberté, il vivra, il se reproduira. II sera un 
fonctionnaire social qui ne doutera plus de sa 
réelle importance, t La principale opposi- 
tion à la concentration nécessaire du pou- 
voir et de la richesse émane de ceux qui, 
sans pouvoir devenir patriciens, ne veulent 
pas être prolétaires. C'est là que se développe, 
envers toutes les hautes positions, une envie 
que la religion peut seule guérir. » Au reste, 
avec la terrible responsabilité qui s'attachera 
aux offices de commandement, le peuple ne 
désirera « ni la célébrité achetée par de pé- 
nibles méditations habituelles, ni la puissance 
chargée de constants soucis ». Il est remar- 
quable qu'empiriquement le syndicalisme 
actuel, comme le sacerdoce positiviste, dis- 
pose « les prolétaires à flétrir toute tendance 
au déclassement, comme contraire à la di- 
gnité de l'office populaire, et funeste aux 

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264 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

justes aspirations du peuple, toujours trahi 
par ses déserteurs ». 



La capillarité sociale, ainsi entendue, est 
bien le facteur général de la dépopulation 
française. Aucune mesure spéciale ne l'at- 
teindra et ne l'atténuera. Le parasitisme de 
la richesse, l'exploitation de l'autorité poli- 
tique, le charlatanisme intellectuel, c'est-à- 
dire la richesse sans devoir, l'autorité sans 
responsabilité, la pensée sans autre règle 
que la vénalité, autorisent, satisfont même, 
en tout cas exaspèrent les appétits, l'envie, 
les vanités, les prétentions, en un mot la 
capillarité sociale. 

L'ordre positif y met fin. « En substituant 
les devoirs aux droits, on s'inquiète peu des 
possesseurs actuels d'une force quelconque, 
pourvu que l'exercice en soit bien réglé. » 

Il en est ainsi pour tous les pouvoirs. Pour 
le politique comme pour l'économique. Je 
ne parle pas du spirituel. Séparé définitive- 

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CONTRE LA DÉPOPULATION 266 

ment du temporel, voué à une sainte pau- 
vreté, d'abord par l'abolition de la propriété 
intellectuelle, privant « la vénalité d'une 
protection factice qui ne profite qu'aux 
médiocrités », le pouvoir spirituel ne sau- 
rait abuser. Ne pouvant s'appuyer que 
sur la classe énergique et le sexe affectif, 
pauvres et dénués de puissance matérielle 
comme lui, il ne disposera que des moyens 
moraux. 

Reste le pouvoir politique. 

Pour la métaphysique qui a inspiré lab- 
surde et mortel suffrage universel, il dispense 
tous les droits. Pour le positivisme, il est la 
mesure des devoirs de ceux qui le détien- 
nent. 

Le parlementarisme, c'est le pouvoir poli- 
tique sans contrôle, sans règle, sans respon- 
sabilité, et donc sans frein. C'est pourquoi 
tout est politique. C'est pourquoi TÉtat tend 
à absorber toutes les forces nationales 
pour les dissoudre. Les partis sont des 
bandes pillardes, et leur but, c'est la raz- 
zia. 



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266 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

L'ordre comme la liberté politiques exi- 
gent la dictature à vie, c'est-à-dire la con- 
centration, la continuité, la responsabilité. 
Elle se transmettra sociocratiquement comme 
la richesse. 11 faut que chacun se tienne à sa 
place et remplisse sa fonction au mieux. De 
continuelles permutations sont nocives. Aux 
fiévreuses compétitions des droits antagoni- 
ques, Tordre positif substitue la paisible dé- 
termination des devoirs conciliants et leur 
utile émulation. « Les vains débats sur la 
possession du pouvoir sont remplacés par 
l'examen des règles relatives à son sage exer- 
cice. » 

On sollicitera moins les fonctions d'État 
quand elles ne comporteront que de rigou- 
reux devoirs. Et ceux qui les détiennent pré- 
sentement seront certainement les moins 
empressés à les solliciter. 

Une dictature, avant même que l'opinion 
publique ranimée la contienne, se limite 
spontanément à son rôle politique. D'autre 
part, à mesure que le pouvoir spirituel s'uni- 
versalise, ce rôle se restreint. « Il n'y a de 

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CONTRE LA DÉPOPULATION 267 

gouverné temporellement, dit Comte, que ce 
qui ne peut l'être spirituellement. » Un gou- 
vernement responsable, au lieu d'empiéter, 
d'absorber, de monopoliser, fait appel au con- 
cours des libertés sociales qui Tallègent. 
Ainsi se reconstitueront tous les groupes 
sociaux auxquels s'oppose le parlementa- 
risme centralisateur : familles, régions, 
corporations, associations, universités li- 
bres, etc. 



La philosophie positive, c'est la systéma- 
tisation du bon sens commun; la politique 
positive, c'est l'organisation de la coopéra- 
tion, de l'action convergente. 

La religion positive fortifie tous les sen- 
timents sociaux pour subordonner constam- 
ment l'égoïsme à l'altruisme. Son dogme, son 
culte et son régime concourent à élever l'Hu- 
manité comme à l'éterniser, par la Famille et 
par la Patrie. Le positiviste veut donc une pos- 
térité familiale, nationale, humaine qui le juge 
et le glorifie, parce qu'il se veut survivre, pa rec 

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oogl 



268 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

qu'il ne doute point qu'il sera vénéré de ses 
descendants comme lui-même a vénéré ses 
ascendants. « La piété filiale est la base 
de la vertu, dit Gonfucius... Il y a trois 
crimes contre cette vertu, parmi lesquels le 
plus grand est celui de manquer de posté- 
rité. » 

La Chine est féconde parce qu'elle a main- 
tenu les conditions sociales de la fécondité : 
vénération des ancêtres, désir de postérité, 
flétrissure du célibat et de la stérilité, adop- 
tion fréquente, exhérédation des filles, vie 
agricole, dédain de l'argent, etc. De même, 
l'ancienne Normandie comme le Canada au- 
jourd'hui. Si les faits confirment toujours la 
systématisation positiviste, c'est que les lois 
sociales sont universelles. 

Mais, en attendant que la décomposition 
de la civilisation occidentale soit assez avan- 
cée pour qu'elle se puisse donner du champ, 
la Chine, surpeuplée inconsidérément, subit 
de terribles famines périodiques. C'est que 
toutes les forces doivent être réglées. Quand 
on se borne à les faire surgir, des désastres 



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CONTRE LA DÉPOPULATION 269 

sont inévitables. Il n'y a pas d'harmonie spon- 
tanée durable, quoi qu'en aient dit F. Bastiat, 
M. de Molinari et les naïfs libertaires. Par 
exemple, en France, si on laisse à chacun ou 
au hasard la décision de propager l'espèce, 
sans contrôle, après avoir seulement suscité, 
une fois pour toutes, des procédés mécaniques 
stimulants ou restrictifs, on n'obtiendra que 
le a lapinisme » des bas fonds ou la stérilité 
volontaire des « prévoyants », la dégénéres- 
cence et la mort. 11 faut toujours une direc- 
tion intelligente. Pas d'acte social qui ne 
doive être gouverné. Et, on l'entend bien, la 
législation n'y suffit point. Les lois ne valent 
que par les volontés. Il n'y a de force sociale 
que dans un concours résumé par un organe 
individuel. 

En somme, il faut reconstruire la société 
française. Plus on retardera l'effort, plus il 
sera pénible. Mais aucun mot magique, 
aucune thaumaturgie législative, aucun mira- 
cle de violence ne nous en dispenseront. 
Réaction, dira-t-on ? Soit. Pour un malade, 
le retour à la santé est aussi une réaction. On 



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270 CROÎTRE OU DISPARAÎTRE 

ne guérit de l'alcoolisme qu'en cessant d'in- 
gurgiter de l'alcool, on ne guérit de Tanar- 
chie qu'en revenant à l'ordre. Il faut croître 
— dans le sens plein du mot — ou dispa- 
raître. 



FIN 



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TABLE DES MATIÈRES 



Pages. 

Avant-propos . . v 

Chapitre Premier. — La « loi » de Malthus. . . i 

Chapitre II. — La surpopulation 30 

Chapitre III. — Le néo-malthusisme 55 

Chapitre IV. — La dépopulation française . . . 104 
Chapitre V. — Les facteurs de la dépopulation 

française 134 

Chapitre VI. — Contre la dépopulation. — I. Les 

expédients 478 

Chapitre VII. — Contre la dépopulation. — II. La 

solution positive 239 



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2636. — Tours, imprimerie E. Arrault et €•'. 



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PACHEU (JuLBs). — La Psyehoiog^ie des Mystique^ chrétiens. 

Les Faits : Le Poème de la Conscience. — Dante et les Mystique-*. 

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Préface de Georges Dubuy. 1 volume in-16 8 50 

ROM 1ER (LuGiBN). — Ltt Carrière d'un favori, Jacques d'Albou de 

Saiut-Audré, mar^^chal de France (1512-lft6!£). 1 vol in-8« écu.. . 5 •• 
SU AU (PiBaRB). — Lii France à Madagrascar. Histoire politiaue et 

religieuse d'une coloniHution Préface de M La Mtbk dk Vilbas. I vol. 

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WALTZ (RKNit). — Vie de Sénèque. In-8» carré avec portrait. ... 7 50 
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lette. Notes sur l'Education, l vol. in-^6 60 



*> 1 Paria. — Imp. B. CArioiioirT et O*. nie de Seins, 11.^ 

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